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Publié par Christian Hivert

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Le nazisme et le crime capitaliste

Par un monde à relire

 


La nouvelle récente que le Général Jaruszelski est poursuivi pour "crime communiste" invite à la réflexion sur le sens du crime dans l'histoire.  A ma connaissance la notion de crime communiste est nouvelle, elle remplace en l'occurrence l'idée d'un crime commis par un régime communiste. Elle valide le principe que le communisme est lui-même le criminel et non pas le régime incriminé. Il est intéressant de réfléchir à la mesure dans laquelle on pourrait étendre les épithètes politiques du "crime".

Je m'étais déjà interrogé sur la notion de "crime raciste" qui pose certains problèmes philosophiques. Il est apparu lors du meurtre du jeune Ilan que la torture exercée pour un motif raciste constituait une circonstance aggravante. Enoncé de cette manière il n'y a rien de choquant. Si j'énonce cette proposition par contraposée (comme on disait dans mes cours de mathématiques) elle équivaut à: le meurtre et la torture commis pour des motifs non racistes sont moins graves que le meurtre et la torture commis pour des motifs racistes. Vu du côté des victimes cette assertion est inacceptable, il est bien évident que la composante raciste est négligeable par rapport à l'atteinte à la personne humaine, qui transcende toute question raciale ou religieuse. C'est d'abord un être humain que l'on a torturé, et pas un juif, un noir ou un arabe et le crime doit être puni au nom de l'humanité, pas au nom d'une communauté. La seule intrusion du racisme dans la loi doit concerner la discrimination raciale ou l'insulte raciste qui réduit le délit au seul racisme.

Il est toutefois difficile par les temps qui courent de faire admettre que le crime dépasse la communauté raciale ou religieuse. Pourtant, lors des procès de Nuremberg, le concept de "crime contre l'humanité" fut introduit pour cette raison même que l'horreur nazie nous confrontait d'abord à l'être humain et à sa dignité et pas simplement à la communauté juive. Il est peut-être bon de rappeler pourquoi.

Les camps de concentration, puis d'extermination ne sont pas la traduction simple de la volonté d'éradiquer la communauté, mais un édifice complexe destiné à "optimiser" la ressource humaine composée par cette communauté. Les témoignages littéraires rapportent unanimement que les éléments les plus faibles, c'est à dire improductifs, sont immédiatement éliminés. Les autres sont conservés et utilisés jusqu'à ce que mort s'ensuive. La nourriture et les soins sont prodigués au strict minimum, non pas pour maintenir en vie mais pour utiliser la capacité résiduelle à produire. En fin de vie, l'homme est utilisé comme combustible et comme matière première. Par ailleurs certains juifs sont confiés comme esclaves à des compagnies (aujourd'hui encore réputées). De la gestion des convois de déportation à l'utilisation finale des corps, tout a été pensé à la manière d'un ingénieur économiste qui cherche à optimiser la gestion d'une ressource, la "ressource humaine". Hannah Harendt dans Eichmann à Jérusalem avait été frappée déjà par cette obsession de l'optimisation qui conduisait de manière implacable à la solution finale. Plus récemment Nicolas Klotz dans son film La Question humaine a explicitement établi un lien entre la phraséologie de la bureaucratie nazie et celle du management moderne: le discours est parsemé d'euphémismes destinés à éviter de nommer son objet véritable, à savoir l'être humain. Celui-ci devient une "ressource" ou un "chargement", une variable anonyme dans un système qui ne peut lui laisser une existence propre.

A vrai dire la logique nazie pousse à l'extrême le credo de l'économie moderne en y ajoutant une dimension raciste. Mais il ne faut pas s'y tromper, cette dimension n'est pas spécifique au nazisme, elle est à la fois finalité et prétexte. Elle permet, en marquant du sceau de l'infamie une minorité, de dégager une ressource économique bon marché et produit ainsi l'illusion de la richesse pour les autres. Mais ce capitalisme nazi ne cherche pas la subsistance du travailleur, il le traite comme une ressource non renouvelable, le presse jusqu'à le vider, le jette et le brûle. La logique même de l'économie nazie voulait que le racisme et l'extermination soient étendus graduellement, aux tziganes, aux noirs, aux slaves, au fur et à mesure de l'épuisement des races non "aryennes". De même, Frantz Fanon remarque que les pays occupés étaient traités comme des colonies par les nazis, c'est à dire que leurs ressources étaient pillées pour alimenter l'Allemagne. Aujourd'hui on dirait que les nazis, comme nos fameux marchés financiers, vivaient dans un monde de court terme, d'où l'impossibilité pour le régime de se maintenir.

S'il existe des crimes communistes, alors on peut dire que le nazisme, à l'exemple du colonialisme, est l'essence même du crime capitaliste. Cette dimension le caractérise peut-être encore plus que le racisme qui n'est généralement qu'une facette du crime capitaliste. Le nazisme a dépassé les rêves les plus fous des économistes néoclassiques et a devancé les méthodes modernes de management en rabaissant l'être humain en dessous de l'animal. Même la bête de somme est ménagée par le paysan tant celui-ci est conscient que sa subsistance est liée à la survie de son animal.

Le nazisme est donc malheureusement extrêmement moderne. Tous ses ingrédients sont présents dans la société actuelle. Mais si on limite le nazisme à l'antisémitisme on ne peut le percevoir. L'image du juif avait plusieurs facettes sous le nazisme:

- le riche privilégié

- le paresseux

- l'étranger

- le criminel

 

Le fait que ces facettes fussent contradictoires était peut-être une faiblesse du nazisme mais n'a pas freiné la puissance des préjugés en Allemagne. Aujourd'hui cette image du "juif" est éparpillée entre plusieurs catégories:

- le riche privilégié: le fonctionnaire

- le paresseux: le chômeur

- l'étranger: le sans-papiers

- le criminel: le jeune de banlieue

Ces catégories se recoupent sans complètement se rejoindre mais elles dessinent la même perspective historique. Le principe du travail forcé a été énoncé par le MEDEF il ya quelques années déjà ("le travail n'est pas un droit mais un devoir") et commence à trouver son application avec les nouvelles règles de l'ANPE en matière d' "offre d'emploi acceptable". On comprend mieux la promesse du plein emploi de Nicolas Sarkozy aux banlieues à la lecture de cette mesure. Aux Etats-Unis, le travail en prison est déjà une réalité, le surpeuplement des prisons françaises va (on peut le parier) mener le pays sur la voie "moderne" de la privatisation et de la rentabilisation du prisonnier, tant qu'il est vrai que celui-ci est un coût pour la société (en plus d'être souvent d'origine immigrée). De même pour les centres de rétention, qu'ils soient à l'intérieur de l'Union Européenne ou délocalisés en Afrique du Nord. Pour criminaliser les gens, rien de tel que de les rendre "illégaux". Vichy avait bien compris ce principe en expulsant les juifs étrangers avant de déchoir de leur nationalité les juifs français. Lors des émeutes de banlieue, Nicolas Sarkozy avait évoqué incidemment l'idée de la déchéance de la nationalité française. Ce point reviendra sur le tapis lors de prochains incidents, on peut en être sûr.

Que faire alors de ceux qui ne peuvent pas travailler ? Si la prison devient une entreprise, comment "licencier" ? Lorsque l'économie mathématique remplace la morale les solutions deviennent malheureusement peu nombreuses et les nazis ont déjà indiqués à leurs successeurs le point de "minimisation des coûts"...

Aujourd'hui les travailleurs sans papiers travaillent à la construction des prisons dans lesquelles il seront retenus (il faut bien appeler les centres de rétention par leur nom). Aujourd'hui les Roms sont fichés en Italie. L'histoire ne retient du nazisme que le crime envers le peuple juif. Il ne retient pas cette philosophie économique de l'utile et de l'inutile, de l'homme supérieur et de l'homme inférieur, une philosophie souvent raciste mais qui ne contient pas que cela. Probablement faudrait-il que les Roms créent un état et disposent de la bombe atomique pour que leur communauté soit enfin respectée. Mais ce faisant ils détruiraient leur culture aussitôt. Le monde capitaliste moderne n'a rien à faire de celui qui ne veut pas entrer dans la compétition pour l'argent et le pouvoir. Au final, il sera écrasé, identifié à un objet, utilisé si c'est possible, puis jeté au rebut.

Cette vérité, l'essence du nazisme et du crime capitaliste, transcende la question du racisme pour nous interroger sur le rôle de la société et la place de l'humain à l'intérieur de celle-ci.

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charlotte 08/11/2010 23:43



Excellente analyse qui fait froid dans le dos