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Publié par Christian Hivert

franc moisins

Arthur était impressionné, il débarquait dans un autre monde, cet univers s'était développé hors sa connaissance, il n'avait jamais abordé ce genre de rivage, il se trouvait dans une île de favelas au milieu des pauvretés du siècle, il voulut se souvenir de tout, il se trouvait chanceux d'être témoin.

Arthur venait de comprendre une partie de l'histoire de Mendes, en un instant, par le flair, l'ouïe et l'émotion il put mettre bout à bout les premières informations diffusées par Simon au sujet de l'histoire familiale de Mendes, de Maria, et de leur compagnon de misère Marx, le terrible absent.

Il l'imaginait sans peine gratter à la petite porte de bois en passant discrètement la tête par l'entrebâillement pour faire une surprise au bambin laissé à pousser là au milieu des pots de fleurs, tandis que sa mère tenait salon au milieu d'hommes qu'elle désaltérait au Vinho Verde arrivé directement du pays.

Maria n'avait jamais prévu d'avoir d'enfant, elle voulait un refuge inexpugnable et garanti, un nid où elle n'avait fait aucune place à sa becquée, elle avait porté ses oisillons puis les avait sortis du nid dès que possible, Maria avait toujours seize ans et s'était mise à l'abri, le petit était de trop.

Maria souriait dans le soleil sur le palier de la piécette.

— Vaï, tais toi Antonio, nous avons du monde qui nous vient, parle Français.

   Bonjour, nous venons…

   Oui, c'est toi Simon, tu veux t'occuper de Mendes, il serait temps qu'il apprenne un métier, mais pas maçon c'est trop dur, il est pas comme un homme. Et puis il est blessé, une vilaine cicatrice, ah oui, le médecin dit il peut pas porter comme un homme, comme un maçon.

   Bonjour Madame…

Arthur s'était avancé. Des effluves de morue cuisinée s'échappaient de la fenêtre entrebâillée par laquelle on pouvait apercevoir une pile de vaisselle sale.

   On voulait vous dire et se mettre d'accord entre nous pour Mendes, il habitera chez moi dans une grande maison où on habite à plusieurs, il faudra le dire au juge, que vous êtes d'accord, je vais vous laisser mon nom et l'adresse sur un papier

   Ah oui, bien, parce que la rue toujours la rue, c'est pas bien… Vous êtes quoi, c'est une association, c'est quoi le curé Arthur ? Il est venu me voir, il m'a laissé un livre mais je ne sais pas bien lire.

Elle leur montra une revue déjà chiffonnée sur un coin de table à l'intérieur. C'était la table ou le lit, il n'y avait pas de place pour plus, un fourneau à gaz jouxtant l'évier.

   Il ne peut pas s'en empêcher, sacré Père Arthur, c'est la revue des cathos portugais, « Presença Portuguesa »,, mais elle ne sait même pas lire le français, il t'a donné une petite médaille dorée aussi hein Maria ?

Arthur butait un peu sur la familiarité du ton persifleur de Simon, il lui en parlerait.

Le père Arthur ne perdait pas une occasion pour parler du Christ bien évidemment, et démarrait toujours un échange verbal avec un nouveau venu par un contact tactile de sa main chaude glissant dans la paume opposée une petite médaille dorée de la vierge Marie.

— Tiens je t'en fais cadeau, elle t'aidera…

Et il riait de toutes ses dents blanches comme s'il venait de faire une bonne blague, il est vrai que parfois l'air ahuri du récepteur de l'étrange cadeau l'inclinait à en rire le premier, et puis le contact était effectivement établi, les chercheurs du monde moderne nous l'on certifié, nous y sommes réceptifs.

Des expériences avaient été faites dans des supermarchés ou des lieux de passage, des bonimenteurs s'installaient et des comparses se partageaient le public, à certains ils touchaient le bras ou la main, ceux-là étaient toujours plus nombreux que les autres à rester à l'écoute des arguments du commercial.

— Bah oui, laissez moi vos coordonnées, que je sache où il est, c'est mon petit, j'aurais la place, je m'en occuperais, mais là, regardez vous même, la nuit je range la table et j'ouvre le canapé, il est trop grand maintenant il comprends, il ne peut pas dormir avec sa mère, c'est pas bien ça…

   Oui et surtout la deuxième place est souvent prise ?

Arthur était ahuri par la violence du ce nouveau persiflage.

   Mais Simon, c'est pas ton histoire, dis donc.

   Oui bon ça va, je connais la chanson, y a pas la place.

   Oui mais bon, je ne suis pas là pour t'aider à régler des comptes.

Arthur ne supportait pas que l'on puisse d'une manière ou d'une autre se mêler ou juger de la vie privée d'un autre. Cela lui faisait toujours une impression de vulgarité, de trahison, de volonté de domination, il était libertaire, libertin, il était pour la diversité et le respect de chacun.

— Simon, tu ne connais pas mon premier fils Antonio, tiens Antonio dis bonjour à Simon, il va s'occuper de ton frère avec l'association du Monsieur… Si ça pouvait marcher, parce qu'il n'y a rien qui marche avec Mendes, toujours il revient, et moi je peux pas, regardez y a pas de place, surtout chez soi !

Arthur savait ce qu'il voulait savoir, le jeune était plus qu'à la rue, il y était seul. C'était du désespéré, du sac de nœuds impossibles à défaire. Au moins ils n'auraient pas la mère dans les pattes, mais ils n'auraient pas son aide non plus. Arthur regarda Antonio les toiser de loin, gentil petit caïd.

Il se sentit de trop et pas bien accepté, de toute façons, raisonnablement en dehors de prévenir la mère du nouveau domicile de Mendes, il n'avait pas grand chose à ajouter, il ne lui restait plus qu'à espérer que le môme puisse retirer quelque chose de cette nouvelle situation, que voulait-il lui ?

   Bon, c'est bon Simon ? On a peut-être des courses à faire ?

   Oui t'as raison on va y aller, bon si jamais on a besoin on revient vous voir. Au revoir.

Ils se tournèrent à peine que la porte claquait déjà derrière eux. Arthur entendit Antonio rire comme un idiot, lui aussi l'excluait, comme s'il était flic.

Arthur comprenait qu'il y ait méfiance, ils ne se connaissaient pas, mais ils avaient été pris pour des éducateurs, le personnel des autorités. Bien qu'il ne soient rien de tout cela, c'était bien comme cela qu'ils se présentaient, jusqu'au rendez vous avec le juge pour enfants de Bobigny avec le père Arthur.

La position de Arthur comme toujours était ambiguë, reflétait ses contradictions permanentes, constamment il menait un débat interne pour se rassurer sur l'utilité de ce qu'il décidait de faire, le confrontait à ses principes moraux, et à sa morale libertaire, était ce juste, cela servait-il efficacement ?

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