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Publié par Christian Hivert

francmoisin-copie-1Arthur, comme bien des fois depuis  la réponse désespérante de l'adolescente, se sentait à la limite de la rupture, il ne pouvait faire abstraction de ces cortèges des laissés-pour-compte, ces êtres en trop, eux qui n’étaient pas aimés, miséreux impuissants dans le désert de l’indifférence ironique.

 

Il ne pouvait agir seul, il lui tardait de rencontrer des groupes efficaces, des personnes motivées, comment pouvait-on à ce point vivre l'absurdité du monde en restant engoncé dans les aléas miséreux des gestuelles commandés par l'habitude et les impératifs de productions des empires mondiaux.

 

Arthur voulait une place, ne plus être un homme de trop, et il ne voulait pas faire fonctionner l'ignoble machine à fabriquer les destins étriqués des travailleurs affairés, leur activité ne produisait que ruines et destructions des mondes établis pour établir les mondes à détruire du Monde Empire.

 

S'occuper de Mendes, pourquoi pas ? Il parviendrait bien à convaincre ses compagnons du collectif autonome U.S.I.N.E., c'était de Simon presque dont il se méfiait le plus, son attitude n'avait pas été des plus franches, il avait fait volte face, en une semaine il avait changé d'avis, pourquoi?

 

Le père Arthur les avaient conviés tous les deux, parce qu'ils avaient été se prostituer Rue Sainte Anne, à une réunion de réflexion sur l'exclusion sociale en compagnie d'association de soutien et de divers intervenant sur la question de la prostitution de rue autant masculine que féminine.

 

Arthur s'en était sorti avant de rencontrer le moindre client, pour autant il était allé vendre son corps, Simon y était resté plus longtemps et le père Arthur l'aidait à trouver emplois et logement afin qu'il n'ait plus le besoin d'y retourner, leurs témoignages étaient requis, pour aider à comprendre.

 

Au cours du repas Simon s'était moqué, était presqu'agressif. "Avec vos histoires de révolution vous faites croire aux gens que ça va être mieux et après vous les laissez dans la merde, quand ça barde il n'y a plus personne, et vous voulez tous être le chef. " C'était hélas bien souvent vrai, Arthur s'expliqua.

"Justement, nous c'est de cela que l'on ne veut pas, c'est pour cela que nous ne voulons pas que des organisations politiques nous commandent, nous voulons rester autonomes, chacun décide pour lui-même et s'associe avec qui il veut, le temps qu'il veut pour le projet qu'il veut, nous changeons maintenant."

 

"Vous n'avez aucun pouvoir, ils vous balaieront" "Le Pouvoir ne nous intéresse pas, ce qui nous intéresse c'est de faire comme il nous semble correct et juste, et de nous donner les moyens de le construire, ceux qui gèrent le chaos mondial sont les plus forts, tant pis, on ne s'en occupe pas, on se rassemble."

 

"Mais pourquoi vous ne voulez pas vous organiser ?" "La liberté collective découle de la liberté individuelle. Si tu fais la révolution avec des esclaves, t'auras un monde d'esclaves. Si tu fais la révolution avec des hommes libres, t'auras un monde d'hommes libres... c'est aussi simple que ça, pas de chefs."

 

"Nous sommes autonomes, être autonome c’est ne dépendre de personne pour son raisonnement et ses actes et c’est se battre seul ou à plusieurs pour empêcher des injustices et bâtir des forces permettant de vivre sans dépendre du système inhumain du capitalisme." " Et vous pensez y arriver ?"

 

Simon avait été goguenard. Arthur s'était senti insulté : "Nous ne sommes pas sommés d’y parvenir, nous ne prétendons rien, nous disons simplement que c'est comme cela que nous entendons vivre et non pas pour participer à la construction d'un monde de barbarie et de misères immondes. "

 

"Nous voulons vivre une critique au quotidien de notre rapport à la production et à la consommation générale, ce que nous voulons vivre et la manière de le vivre c’est maintenant et tous les jours que nous le menons, nous ne nous arrêtons pas à un seul aspect, mais ce sont tous les aspects de la vie."

 

"Alors vous êtes en guerre, et eux ils sont armés." "Non, nous ne sommes pas en guerre contre un monde, nous voulons l’arrêt des guerres, nous faisons ce que nous pouvons pour pouvoir vivre ce que nous désirons."  Une semaine plus tard Simon frappait à la porte du squat et demandait à voir Arthur.

Simon souriait devant la petite porte en fer du squat autonome U.S.I.N.E., Arthur était éberlué, jamais il n'aurait pensé revoir Simon, hormis dans les réunions initiées par le Père Arthur ou rue Sainte Anne une fois par semaine. "Euh salut, mais qu'est-ce tu viens foutre ici ?" "Tu m'as convaincu."

 

Ils avaient fait connaissance peu à peu, étaient un peu devenus larrons en foire. Simon entrainait Arthur dans des errances nocturnes, Arthur tentait d'attirer Simon dans ses réunions. "Mais vous ne faites jamais rien à part vous réunir, ça prends la tête et ça donne rien." Arthur baissait la tête.

 

Il voulait bien reconnaître que cela n'était pas toujours efficace, mais le moyen de faire autrement? Il fallait bien se réunir pour se mettre tous d'accord sur un projet avant de le mettre en œuvre et de se répartir les taches, tout le monde ne voulait pas toujours la même chose, peu étaient clairs.

 

Cela faisait des semaines que tous les plus jeunes se réunissaient pour parler de construire des box de répétition, mais leur degré d'autonomie bloquait sur l'approvisionnement en matériaux de construction, certains parlaient de faire des chantiers non gardiennés la nuit, qui a un camion?

 

Ils se regardaient tous, étaient collectivement démunis, roulaient des pétards savouraient leurs canettes de bière. Puis l'un d'eux proposait d'aller visiter un chantier, tous se mettaient en branle, on les voyait revenir deux heures plus tard, tout excités, déçus, et leur affaire n'avançait pas.

 

Un jour l'un d'eux vint beugler ses prouesses en exhibant une tôle ondulée de plastique, déclenchant force de raillerie sur son coefficient d'isolation, son utilité même, elle fut déposée le long d'un mur d'un des box jamais construits et y resta, inemployée, jusqu'au jour de l'expulsion du squat.

 

Les mêmes luttaient d'artifice et de verve pour focaliser l'attention sur eux, maculant tous les murs blancs de l'ancien entrepôt de vente de meubles, dans une compétition joyeuse de slogans, graffitis et autres morceaux de bande dessinées, à la façons d'un fanzine punk permanent et interactif.

Il valait mieux voir l'ensemble comme un espace de diversité, de liberté contrôlée d'expression, les fachos n'y étaient pas toléré, les beaufs, en comportements comme en paroles, étaient pistés et des engueulades se ravivaient de leurs éphémères alliances sur le degré d'appréciation de chacun.

 

Car tout le monde n'était pas d'accord sur tout, les discussions sur chaque sujet étaient fort longues, le dernier métro partait et les beuglards perdaient leurs voix dans les insomnies tumultueuses en attendant l'heure du premier métro, ils étaient presque tous mineurs, ce qui posait un tracas.

 

Comment installer un mineur sous l'égide d'un juge pour enfant de Bobigny dans un squat de punks anarchistes et autonomes, dont le collectif d'origine demandait à ceux qui n'avaient pas atteint leur majorité légale de ne pas rester la nuit au risque de déclencher de plainte de parents au pénal.

 

Il est bien évident que l'on brocarderait voire combattrait le côté privilégié et injuste d'une telle décision. Arthur s'impliquerait, il fallait l'emporter, cela permettrait à Mendes de se stabiliser quelque part, dans un lieu collectif et autonomisant. Il parlerait à tout le monde, il savait convaincre.

 

Après l'ouverture du squat le Père Arthur leur proposa de les inscrire à la Banque Alimentaire fraîchement créée. Toutes les semaines ils seraient ravitaillés. Il leur suffirait de venir avec une camionnette et ils seraient servis en fonction de leurs besoins du moment et des arrivages de produits. 

 

La Banque Alimentaire avait été créée par une réunion des trois grandes forces caritatives d'essence Chrétienne, les Emmaüs, le Secours Catholique et l'Armée du Salut. Son président Bernard Dandrel recevrait le Père Arthur et deux membres du collectif U.S.I.N.E. dès l'ouverture du squat.

 

Le Père Arthur de Cachan venant livrer hebdomadairement les vivres de la Banque Alimentaire. C'était une décision collective prise quelque mois plus tôt. Bien laborieusement, Arthur l'avait emporté. Les bouffeurs de curés avaient eu du mal à se faire nourrir par leurs associations caritatives.

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