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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

7388525b55da4e046578dc4eb3cce42c77e147c7.jpgIls furent de retour à USINE un peu cuits et Arthur rentra dans la salle en se glissant comme un voleur dans une cave de nuit. Pas après pas. Prenant garde à ne déclencher nulle catastrophe cosmique. Les yeux rivés sur sa nuit du désir. Le regard obscurci d'elle. Reine agitait sa commissure molle de lèvre moueuse. Elle parlait, elle vivait.

Mendes chahutait grassement avec Rico, un skin de Rosny-sous-Bois ou de par là, Arthur ne pouvait retenir toutes leurs histoires. C’était un grand gaillard, sorti de taule récemment, contre qui Mendes se jetait avec force en éclatant de rire et en l’insultant, le coin de l’œil rivé sur Virginie :

   Fodes, caraï ! Vai à fava, esfrego-te o focinho !

Rico était vêtu d’un bomber verdâtre, qu’il ne portait pas encore à l’envers, il ne s’appelait pas non plus « Blackskin », cela viendrait plus tard, après beaucoup de discussions, il était hilaire, finissait son adolescence :

   Tu me parles français, Tosse de mes couilles, j’te fais bouffer ton nez, babouin…

Virginie n’était pas épatée, elle trainait avec les Bérus.

   Pourquoi faut-il que je tombe amoureux de la fille dont tout le monde veut les faveurs les plus crues ?

   Oui c'est une question des plus justes. Dominique Premier s'amusait :

   Pourquoi tombes-tu amoureux et les autres veulent jouer ? Dis-moi et moi ? Tu jouerais avec moi ? Si je venais vers toi ?

Arthur eut le plus grand mal à incliner la tête pour saluer de loin. Il s'efforça de paraître le plus naturel possible. Le franchissement des cinq mètres le séparant de la table où ils étaient installés lui remua les viscères en tous sens et de la suée lui coula désagréablement des aisselles. C'était fort, c’était ancien, c’était liturgique.

   Les jeunes femmes t'émeuvent toujours autant ! Il n'y a pas que moi ! Dominique Premier poussait la blague.

   Voyons Dominique, tu n'étais pas disponible, tu faisais tes études, et au CAES tu n'en avais que pour tes trois copains étudiants et ils me regardaient de haut !

   Ils étaient peut-être timides ? Tu n'as pas beaucoup insisté.

   Je ne veux forcer la main de personne.

   Tu n'es pas resté longtemps seul, on peut dire que tu étais bien entouré, quelle tablée.

   Je voulais être avec toi, tu ne m'as pas regardé.

   Je fais mes études, je ne peux pas, ne m'en veux pas.

   J'ai même cru que tu me snobais terriblement, tu t'es voulue tellement distante ce jour là…

   Oui tu n'insistes jamais, n'est-ce pas ! Qu'as tu-donc peur de subir ?

Dominique Premier avait cette attitude si souvent malicieuse, sans jamais rien indiquer d'interprétable vraiment, sibylline.

Et maintenant cette Reine, là, à ne pas être disponible ? N'allait-elle pas lui prendre sa place ?

   Allons, Arthur ! Tu ne réchaufferas jamais sa couche ! Tu n'as pas les moyens de te l'offrir. Il te faudrait un revenu constant ! Tu ne pourras jamais l'entretenir. Ce n'est pas pour toi ! Décroche.

Arthur était sidéré que ses prévisions les plus goguenardes sur les relations des deux sœurs avec Stupé se trouvent à ce point réalistes. Nora partie à l'autre bout de la terre, Reine avait fait de Stupé son assurance-chômage la plus sûre, plus sûre que des passes intermittentes. Elle le lui avait dit, il n'avait pas voulu croire cela d’elles, si rebelles.

Une matinée s'éternisant dans le petit studio de Reine de la rue des Amandiers — avec la musique de Tiéfaine alternant avec « Femme libérée » en boucle —, Reine s'était approchée, ironique, de lui, enfiévré de désir :

   Tu n'as rien à m'offrir toi ? Si je ne veux pas travailler il faut que je trouve l'homme qui convient ! ce fut Stupé.

Paupières mi-closes, Reine percevait l'ahurissement d'Arthur. Il ne l'avait pas oublié. Dés qu'il était entré dans la pièce, il n'avait eu d'yeux que pour elle. Au mouvement créé par son entrée, il donnait l'impression d'être la personne la plus importante du squat. C'était une sacrée histoire leur lieu, ce squat géant dont tout Paris parlait déjà.

Que pouvait-elle faire ? Elle était avec Stupé maintenant ; et puis les Autonomes, les révolutionnaires et les Punks, il fallait quand même les supporter ! Comment faisait Arthur, dans ce brouhaha et ces rodomontades ? Elle perçut l'ascendant naturel qu'il avait sur tous. C'était le meilleur de ses chevaliers jusqu’à ce jour, elle fut fière.

Elle le voyait avancer vers elle si timide, si interdit. Ils ne s'étaient pas encore revus depuis la fâcherie de la rue des Vignoles avec Nora, quelques mois plus tôt. Elle le savait fier, viendrait-il à elle ? Comme avant si courtois, si à son écoute ? Comme seuls ils savent faire quand ils sont vierges ! Il était déniaisé désormais, elle le sentit.

Il avait une sûreté et un regard franc comme jamais. Il avait changé de consistance, il connaissait maintenant le corps de la femme et ses voluptés enivrantes ; Reine savait voir cela. Il avait prit une force terrible, en finesse au milieu des brutes ; il les toisait ! Comment faisait-il ? Au milieu de ce tumulte il restait clair, lucide et efficace.

Elle le vit filer vers la gazinière de l'angle de la pièce après avoir adressé un bref salut de tête :

   Je fais un café, qui en veut ?

C'était lui le vrai responsable de l'endroit. Elle l'avait vu dans l’après-midi, réceptionner les colis de la banque alimentaire et recevoir son curé, partir avec lui. Il ne les avait pas encore remarqués.

Elle et Stupé avaient attendu une attention personnelle près de la fenêtre. USINE était devenue le lieu de la capitale où il fallait se montrer pour continuer d'exister dans la réalité des radicaux révolutionnaires, avec la désinvolte condescendance qui sied aux vieux combattants, aux briscards inopérants. Reine observait, jouait.

Arthur  s'approcha :

   Excusez moi, je ne vous avais pas vu, ça fait longtemps que vous êtes là ?

Arthur était toujours aussi accueillant et courtois que lors de leur bar sauvage des Vignoles, quelque mois plus tôt. Quelque chose d’impalpable ne passait pas entre lui et Stupé. L'un franc l'autre roué, l'un pauvre l'autre pourvu.

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