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Publié par Christian Hivert

MendezMarie-France2.jpgLes mécanismes de la domination et de la reproduction sociale sont si performants et si bien entretenus par ceux qui en sont les bénéficiaires et ne peuvent garder leur position qu’aux frais de ceux qui les subissent, que rien ne peut les mettre en défaut et même pas l’école, pourtant le seul ascenseur à disposition.

Et cette école, tous la rejetaient dans son esprit de fabrique de formats utiles et de comportements nécessaires, école que tous rejetaient en ce qu’elle était l’école de la soumission aux valeurs anciennes d’une puissance impériale si souvent dans le passé génératrice de conflits guerriers et de massacres coloniaux.

À l’école, une foule de gens apprend à se taire, à penser au son de cloche, à se croire bête. Et jamais ils ne s’en relèveront. Alors c’est vrai qu’ils ont été moulés de façon à mettre leurs gosses à l’école et qu’ils le font sans se poser de questions, mais les cicatrices sont là… Catherine Baker (Insoumission à l’école obligatoire — 1985)

Leur temps mis à développer des talents – qui comme les goûts seraient spontanés, des dons, des dispositions individuelles : conception bien pratique tant elle permet d’en effacer la constituante sociale, si importune au yeux de ceux qui les détiennent —, ils aimeraient ne le devoir qu’à leurs mérites personnels et en rester les seuls possédants.

Chaparov semblait ne jamais aller en cours à son Lycée Autogéré, toutes les après midi en compagnie de Gina ou bien seule, elle cherchait les compagnies de passage, une fois son choix fut Arthur. Tous les groupies et autre musicien des bandes de passage s’étaient transportés de concert chez un producteur de films pornos.

Au retour, ils en avaient tous parlé comme des adolescents gênés de parler de sexe, les plus provocateurs s’étaient mis en slip et n’avaient pas été plus loin, tous s’étaient moqués de tous, tout en dénigrant la morale bourgeoise sur la sexualité il n’allaient pas au bout de leurs prétentions libertines, n’assumaient pas plus que d’autres.

— T’en penserais quoi toi Arthur, si je jouais un rôle dans un film porno ?

— Ma foi, c’est délicat, cela dépends de toi, comment tu vois ton corps, ta pudeur, ton sexe, c’est délicat, le sentiment de pudeur nous atteint tous mais pas de la même manière, il y a plein de situations différentes, si tu aime le sexe ou non…

La jeune Chaparov avait posé la question calmement, ce jour là elle était sérieuse, elle avait attendu que tous soient partis et que la pièce fut vide. Pas d’ironie ni de complicité égrillarde comme avec sa pote Gina ; une question froide, une bouche sérieuse, un menton appliqué, un œil sec dans un regard franc : Chaparov le défiait.

— Je n’ai pas d’à priori sur les relations sexuelles, pour moi chacun doit pouvoir faire de son corps ce qu’il souhaite, sans être forcé par quoi que ce soit, encore moins par qui que ce soit. Tu sais que je vais Rue Sainte Anne avec le Père Arthur tous les Lundis, on rencontre plein de gens qui se prostituent et d’autres associations qui essayent d’agir pour que ça aille mieux. Le porno on te demande d’avoir des rapports sexuels et on te paye, tu peux presque te dire comédienne ou actrice, le souci, c’est que c’est avec ton sexe que tu fais cela, et que en chacun d’entre nous, il y a ce vieux truc qui s’appelle la libido, et qui semble nécessaire au bon fonctionnement de chacun, cela détermine nos relations globales, si on plait, si on plait pas, à qui on plait. Le sexe est plus ou moins important chez les gens, certains ont un gros appétit, d’autres moins, certains en éprouvent un grand plaisirs, et beaucoup encore non, le problème est qu’en utilisant ton sexe de manière professionnelle tu déstructures ta libido et tu la modifie, parfois jusqu’à ne plus en avoir ou en être dégoûté, sauf que cette libido c’est ton corps c’est toi, bon et puis je ne parle pas de tout ce système qui induits des rapports emplis de misère affective et sexuelle, ton film et ton cul sera vu par tous les recalés des vies affectives qui viendront se branler dans des placard à balai après avoir mis une pièce dans la fente...

— Oui, mais ça c’est pas mon problème, je ne suis pas responsable de ce monde là, on le combat ou on essaye,

— Ils peuvent te reconnaître certains, tu es d’origine algérienne, il y a pas mal de clients de ce genre de film chez les travailleurs pauvres, des oncles, des cousins…

— Et alors, tu crois qu’il ira se vanter d’avoir été voir un porno…

— Et puis de toute façons tu as le temps d’y réfléchir, tu m’as dit toi même que tu étais encore mineure, les actrices doivent être majeures…

— J’ai juste un 8 à transformer en 6 et le producteur il y verra que du feu, je suis née en 1968, je me vieillis de deux ans, c’est facile, regarde…

En effet en grattant finement le carton jaunâtre ne peluchait pas trop et le petit jambage pouvait s’effacer...

— Oui, mais bon, après c’est quand même toute ta vie sexuelle que tu risques d’handicaper !

Leur échange fut interrompu par l’arrivée de Simon.

— Alors, comment il va ?

— Beh ça commence à aller un peu, le père Arthur est resté là-bas avec lui, il veut en profiter pour le décider à partir en famille d’accueil à sa sortie de l’hôpital, ils le gardent encore deux trois jours en observation, ils lui ont fait un lavage d’estomac…

— Ah ouais quand même, et t’as eu le temps de parler avec lui un peu…

— Oui,  il est réveillé, il s’ennuit, il veut se casser, c’est à cause de Marie-France, c’est une nana dont il est amoureux depuis longtemps, une petite de son âge, ils ont déjà fugués ensemble, elle est placée la journée et le soir elle est chez ses parents…

— Ah, et ils ont des soucis ?

— C’est le frère de Marie-France, il est plus âgé, et il oblige Mendes à faire des choses avec lui pour le laisser voir Marie-France, sinon il les tape tous les deux…

— Il te raconte pas mal de choses dis donc…

— Ça craint d’enfer, il l’oblige à faire quoi ? Faut aller le taper ce porc…

— Si on fait ça Mendes et Marie-France ils ne se revoient plus jamais avant d’être majeurs, non, par contre on peut l’écarter le frère, j’ai été voir les flics… on m’a dit d’aller voir la Brigade Mondaine…

— C’est chaud quand même, et tu vas y aller ?

— Je n’ai pas le choix, Mendes retournera toujours pour voir Marie-France, et le frangin profitera, il ne comprend rien, il ne pense même pas que c’est interdit par la loi

— Mais comment il t’as dit tout ça

— Parce que je fais des choses avec Mendes aussi… petit tonnerre et silence, Chaparov baissait les yeux !

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