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Publié par Christian Hivert

Mendes.jpg

Et Mendes fuyait ses beaux-pères, Maria avait fuit son père, toutes les vies étaient elles des fuites. Pour Mendes, quand on le retrouvait, fatalement un jour quelqu'un s'apercevait de l'incongruité de la présence du môme en tel lieu et à pareille heure, on disait qu'il s'agissait d'une fugue d'un mineur.

Un numéro simple et facile à retenir était alors composé discrètement derrière une vitre sale. L'enfant grandit, viennent alors les petits délits, la consommation d’alcool et de cannabis. La fugue n’est qu’un symptôme, ce n’est pas en retrouvant le jeune fugueur et le ramenant qu’on résout le problème.

Tant que ses difficultés ne seront pas comprises et résolues, il récidivera. Quand on a passé une nuit dehors, qu’on a eu faim, froid ou peur, on a à la fois marqué une rupture, montré ce qu’on est capable de faire, et touché les limites de sa toute-puissance, on recommence. Mendes recommençait.

Cela n'aurait été les soucis que lui procurait régulièrement Mendes, Maria se disait qu'elle avait trouvé sa niche de vie, elle s'estimait veinarde, dans tout le passage et rue du Landy elle était connue et respectée, elle cuisinait la meilleure baccalhau et les meilleurs accras de tous les bidonvilles alentours.

Et surtout elle disposait d'une adresse reconnue, pas comme aux Francs Moisins ou la majorité des cabanons n'étaient pas desservis par les services postaux, le bidonville n’étant pas considéré comme un lieu d’habitation, le courrier s’égarait, provoquant de fâcheuses complications.

Chaque médaille ayant son revers, cela voulait dire également que les différents services administratifs savaient où venir la chercher. Mais cela ne posait aucun problème à Maria. C'était même vraiment bien, ainsi elle avait régulièrement des nouvelles de ses deux petits, l'un placé, l'autre en fugue.

Car Maria avait sa boite aux lettres avec seulement son nom dessus, et ce n'était pas un simple numéro sur un mur de boites alignées et empilés comme elle en avait entendu parler, non c'était sa boite personnelle avec seulement son courrier à elle, c'était privé, c'était à elle, le secret de la correspondance.

Parfois, l'assistante sociale de secteur venait regarder dans tous les coins et recoins de la cour et de la chambrette, vérifier que la situation ne s'empirait pas, ne s'améliorait pas, que non vous voyez bien je n'ai pas de place pour les petits, non je n'ai pas déclaré de travail, oui les amis ils m'aident.

Le faible revenu de sa cantine sauvage suffisait à Maria pour les besoins essentiels. Parfois un cadeau imprévu améliorait l'ordinaire, on pouvait l'inviter au cinéma, ou à faire la fête dans des petits bals locaux. Maria était fière de sa poubelle, elle la nettoyait de fond en comble tous les jours.

Car dans les bidonvilles les municipalités ne procédaient pas à l’enlèvement des ordures ménagères. Là où les cabanons ne se serraient pas les uns contre les autres les tas d'ordures fleurissaient d'adventices vivaces et donnaient à toute cette ville campée une odeur de décharge publique.

Tandis que désormais Maria disposait d'un droit à l'enlèvement des ordures ménagères dont elle acquittait scrupuleusement la redevance, les papiers étaient à son nom et portaient le nom du passage et le numéro de l'adresse. Maria se sentait installée, elle payait la taxe d'habitation.

Elle était donc chez elle, l'ancien propriétaire, le révolutionnaire espagnol n'avait rien voulu lui prendre. Il s'était trouvé un meilleur logement à Paris et n'avait pas besoin de louer, et puis à quel prix loue t-on un taudis ? D'aucuns ne s'en seraient pas privés, mais lui avait des valeurs.

Les migrants dont l’adresse n’était pas reconnue devaient utiliser celle d’une autre personne afin de pouvoir obtenir carte de séjour et de travail par le biais de certificats de complaisance rapidement devenu un moyen de gagner de l’argent. Maria avait échappé à ce système d’exploitation. 

Cela faisait donc quatorze ans que Maria améliorait son habitat de mille trouvailles. Et Mendes avait quatorze ans et n'était toujours pas casé. Parfois lorsqu'il n'y avait plus de copain du moment, elle lui faisait savoir par la bande qu'il pouvait venir, elle allait le chercher là où elle pensait le trouver.

Mais maintenant il avait quatorze ans, il était trop grand vous comprenez, elle n'avait qu'un lit à deux places se transformant en journée en canapé, ce n'était pas bien, il avait l'âge de comprendre. Elle voulait bien le prendre avec elle, mais il fallait un logement plus grand et un travail.

Elle était devenue la reine de la récupération et du détournement d'objet en vue de rendre agréable la courette et accueillante la soupente. Beaucoup lui disaient qu'ils se sentaient bien chez elle, ils connaissaient donc pire. On lui disait même que c'était coquet, que c'était bien arrangé.

Il n’existait aucun statut d’occupation du sol, tout était fondé sur l’illégalité. La perception des loyers, l'achat ou la location de sa baraque n’avait aucun fondement juridique, n'aurait pu reposer que sur des pratiques d’intimidation de la part de pseudos propriétaires, elle avait eu de la chance.

Cela faisait longtemps que les ruelles de la petite Espagne s'étaient pérennisées, ce petit passage n'était plus considéré comme faisant partie du bidon ville. Comment s'étaient ils débrouillés. Il y avait l'électricité, Maria disposait de son compteur et avait le téléphone depuis peu, tout était en règle.

Mis à part qu'elle était sans droit ni titre, un petit cran au dessus des cabanons boueux. L'installation électrique avait été savamment bricolée par un passionné du Système D, et les sanitaires s'évacuaient non loin dans un trou dans le terrain vague vers la voie ferrée, mais la chasse fonctionnait.

L'eau courante était apportée par un tuyau d'arrosage de grosse section desservant plusieurs numéros du passage, il prenait sa source à l'un des anciens robinets de la pompe du maraicher sur les terrains duquel s'était bâti en moellons grossiers toutes les masures au fil du temps depuis le début de l'ancien siècle.

Ce qui avait démarré comme un bidonville s'était peu à peu intégré dans la ville, du fait de cet ancienneté les habitants des passages et impasses de ce coin de la petite Espagne étaient mieux vus, on disait au moins c'est entretenu, même s'ils n'ont pas les droits juridiques d'occuper ça reste propre.

Car à Saint-Denis, dans les années soixante, les frictions entre habitants du quartier et Portugais du Franc-Moisin furent évitées de peu, des habitants de la cité Floréal jouxtant le bidonville se plaignirent au commissariat de police et signèrent de nombreuses pétitions pour le faire déplacer.

Les propriétaires des terrains se montraient tout aussi hostiles au développement de baraquements sur leurs parcelles, à Aubervilliers l’empiétement des Portugais sur les berges d’un canal appartenant à une société privée motiva plusieurs notes de service à la préfecture de la Seine en 1963-64.

Mais maintenant Maria était tranquille, elle n'avait plus peur, même plus de la police. Car la police ne venait pas seulement dans les bidonvilles pour seconder les agents recenseurs, elle y effectuait aussi des visites dans un but précis : éviter toute extension du bidonville, ils avaient leurs manières.

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