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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

fuck le nuc

*/*

   La rue du Landy n'est pas loin et le passage « Bois doré » non plus, c'est là que Maria habite et Mendes quand il y est. Tu te rends compte, c'était des bidonvilles au milieu des usines de toutes sortes, on a fait vivre des gens là-dedans, et tout ça pour construire l'autoroute au dessus de nous, aller toujours plus vite !

   Bon dis moi Simon, on va faire quoi, avec Mendes ? C'est quoi le programme ? Si j'ai bien compris il n'a jamais été longtemps à l'école, il ne sait pas lire ni écrire, il n'a jamais rien appris de personne, et il erre dans la rue depuis son plus jeune âge, sans métier et sans logement, juste sa mère et quelques copains.

   Oui, et encore , sa mère c'est lui qui va la voir et essaye de rester chez elle quand elle est seule, mais maintenant elle ne le veut plus, il faut trouver une solution où il puisse rester, sinon elle a dit qu'elle demanderait au juge un placement en pensionnat.

   Pourquoi pas, dans sa situation rien n'est pire ?

   Mais ils l'ont placé au moins dix fois, autant de familles d'accueil ! Il n'y reste pas trois mois, à un moment il dit ça va, c'est bon je suis resté assez longtemps, je m'en vais, et il revient voir sa mère.

   Mais je ne comprends pas, les premières fois c'était bien de chez sa mère qu'il fuguait, que se passait-il ?

   Ah oui, mais là c'était pas pareil, c'est quand Marx est parti, c'était un grand copain de sa mère, il s'occupait de lui, il l'amenait à l'école, mais il est rentré au pays au moment de la révolution, et depuis le môme ne veut plus aller à l'école, et pour la première fugue, il ne s'entendait pas avec son beau père.

Le parcours du petit combattant Mendes n'était véritablement pas ordinaire. Arthur se demandait même si Simon n'en rajoutait pas un peu dans le côté  « Germinal, Les Misérables »  pour lui faire vibrer sa fibre solidarité ouvrière et obtenir son adhésion à son projet de prise en charge de Mendes dans le squat U.S.I.N.E.

   Ouais, mais moi je ne vais pas pouvoir m'en occuper, lui n'a pas de projet, toi tu en as un, ton projet c'est de s'occuper de Mendes, c'est bien mais pour l'amener à quoi si lui n'a pas de projet, normalement il y a des professionnels qui s'occupent de gars comme lui, nous on n'est pas outillés, on n'est pas formés, on sait pas.

   Non, mais toi tu n'interviens que pour permettre que Mendes habite à l'U.S.I.N.E., après moi je m'occupe de tout, ses fringues, ce qu'il mange, son argent de poche, il ne manquera de rien, et je lui apprendrai à lire et à écrire, le temps de trouver ce qu'il veut faire et de l'aider à le faire, fais moi confiance.

   Oui, mais là tu viens de prendre deux emplois, ceux qui apprennent à lire et à écrire aux autres ils ont fait des études pour devenir instituteurs, et ceux qui aident les ados perdus à trouver leur voie professionnelle ils sont éducateurs, il y a des méthodes, des savoir-faire, on ne fait pas cela comme ça.

   Non mais okay, mais laisse moi essayer, ça fait huit ans qu'ils n'ont rien fait ni rien réussi avec lui, il a quatorze ans et si je n'étais pas en contact avec lui, ils ne sauraient même pas où le trouver, dans quel squat de clochards il se trouve, moi j'ai envie de faire quelque chose pour lui, pour qu'il s'en sorte !

Simon sortirait souvent cette expression comme argument définitif et motivation légitime : Moi j'ai envie. Arthur doutait, mais ne doutait-il pas de tout ? Ce que Simon proposait là n'étais-ce pas cette chance dont il avait pu profité lorsqu'il avait rencontré Pierre Selos ? Si le môme était à la rue, il fallait l'aider !

   Ouais bon, ok, mais on fait vraiment tout dans les règles, le squat est un endroit surveillé et subversif, tout ce qui pourrait leur permettre de venir tout saccager ou nous envoyer en prison, ils vont sauter dessus, alors avec les histoires qu'il y a eu ces dernières années, les mineurs on fait gaffe, c'est dangereux.

   Quelles histoires ?

   La plus grosse, c'était l'histoire du Coral.

   Ca me dit quelque chose, mais tu sais moi les informations, j'ai une mémoire de poisson rouge.

   Ouh là là, je ne vais pas tout te raconter, d'autant que l'on ne peut pas vraiment savoir, ça touche une discussion taboue chez tout le monde.

Arthur respira profondément et se lança dans l’explication :

   Bon, au début le Coral c'est un lieu de vie, c'est à dire un centre d'accueil pour personnes en difficultés, souvent des psychotiques, des autistes, mais aussi des délinquants ou des mineurs, qui s'organise et se gère de manière alternative, une nouvelle manière de faire le métier d'éducateur spécialisé. Ce sont des expériences qui datent des années 1970, des petites structures qui fonctionnent sans être agréées par l'état mais où les mômes sont quand même confiés par la DASS ou par leurs parents, il y en a eu plein, des crèches, des écoles différentes, des colonies de vacances, des centres aérés. Et donc le Coral était une petite structure de ce genre, à un moment un indic qui s'était fait passer pour éducateur chez eux les a dénoncé pour actes sexuels sur les mômes qu'ils avaient en charge, ça a fait un gros procès avec des accusations délirantes et sali l'image de tous les lieux de vie. En réalité on ne sait pas bien ce qui s'est passé, jusqu'où des relations de tendresse peuvent-elles aller entre des pensionnaires et leurs éducateurs, tous les spécialistes ne sont pas exactement d'accord à ce sujet, et la loi impose un âge légal pour ce genre de tendresse à caractère sexuel, c'est comme cela. Et maintenant c'est la correctionnelle directe, c'est interdit par la loi, et moi je ne sais pas, les lois ne sont en général pas faites pour le bonheur de tous, il y en a qui disent que ce genre de relation entre un enfant et un adulte est traumatisante pour l'enfant et pour son développement sexuel et affectif.

   Et il y en a qui disent que de fumer des pétards c'est dangereux pour la santé, et c'est la correctionnelle directe…

   Voilà, mais en fait pour les rapports entre enfants et adultes, le problème c'est que ce sont des adultes qui ont ce goût là qui en défendent le principe, en général pas les enfants concernés. Les enfants sont influençables, s'ils rencontrent un adulte sympa et câlinant est-ce qu'ils sont suffisamment forts pour se rendre compte et choisir, c'est ce qui me chiffonne, l'enfant est amené à un choix qu'il ne maitrise pas, il n'en n'a pas l'expérience, plus tard il peut en souffrir, ne pas assumer son passé. La loi a décidé que l'enfant n'avait pas encore la capacité de se rendre compte ni d'être autonome et responsable sur ce sujet, le débat est clos, moi je n'ai aucun goût pour les mineurs alors cela ne me dérange pas et je ne veux pas d'embrouilles à l'U.S.I.N.E., on a assez d'ennemis comme cela.

   Bon, on va voir la maman ?

Allons y c'est à deux minutes!

*/*

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