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Publié par Christian Hivert

 mendes-cabane.jpg

Le procès eut lieu, l’expulsion fut prononcée, Dominique n’appela jamais le numéro de téléphone figurant sur le bas du tract qu’il avait pris soin de lui laisser entre les mains :

— Tiens Do ! Si tu veux que l’on se revoie ou pour se donner des nouvelles, le tract explique un peu ce que l’on fait, il y a l’adresse et le numéro de téléphone où j’habite…

Arthur avait souvent demandé à ses compagnons si la belle avait appelé en son absence, il avait laissé un mot au dessus du poste de téléphone pour dire qu’on le prévienne, le silence et le désert furent ses horizons ; il y avait une manifestation internationale contre Reagan et Gorbatchev lors de leur rencontre au sommet à Genève, il partit.

Mendes — pour qui il pensait véritablement ne rien pouvoir faire — était entre les mains du Père Arthur qui lui avait dégoté une place dans le foyer de jeunes travailleurs de Cachan, dont le directeur était un de ses amis chrétiens ; un boulanger de Cachan avait accepté de le prendre en formation, c’était au môme de jouer.

Simon avait été affronté son procès pour les attouchements qu’il avoué avoir eu sur la personne de Mendes âgé de quatorze ans au moment des faits, il fut retiré de la circulation pendant trois mois. Durant ce temps Mendes sembla s’assagir, il y eu presqu’un espoir, le boulanger était content de lui et le trouvait serviable.

Arthur partit alors soulagé et libre de faire son tour d’Europe des squats en lutte et des expériences collectives et alternatives, pour la construction d’un monde qui ne soit plus de misère mais d’épanouissement ; le voyage commençait à Genève où les deux patrons de la planète de l’époque venaient comploter contre les peuples.

Grâce au réseau international de nouvelles alternatives auquel le collectif USINE participait « Echomédia », Arthur disposait d’un certain nombre d’adresses de collectifs autonomes et de points de chute, c’était son apport dans l’aventure tumultueuse de ce déplacement collectif à travers l’Europe combattante.

Camille Salo était du voyage et notait tout. Lorsqu’ils revinrent, ils leur arrivèrent à tous des choses bizarres durant des années : lors de contrôles de routine les policiers après vérification de leur identité sur leur terminal radio les embarquaient sans motifs ni prétexte, les relâchant après plusieurs heures, sans rien leur dire.

C’était la pratique de la fiche S, cette fameuse fiche qui permis à Mohamed Merah de franchir toutes les frontières des pays d’Europe et du Proche-Orient sans être jamais inquiété, une fiche secrète déclenchant une série d’observations et d’actions policières non encadrées par le moindre contrôle judiciaire ou citoyen.

À son retour à Montreuil, tout avait changé dans le squat, certains étaient partis en voyage, d’autres s’étaient installés sans faire partie du collectif initial, le squat était désert dans la semaine et ne survivait que pour l’exploitation de sa salle du sous sol le temps des concerts du Samedi soir, l’expulsion avaient été prononcée.

Arthur s’impliqua gentiment dans le maintien propre des lieux, le back stage au Premier étage voyait défiler toutes les tribus, au rez-de-chaussée chaque Samedi le service d’ordre tentait de faire respecter l’entrée payante que les petits skins tentaient de gruger, cela faisait de l’animation et permettait à chacun de tester ses limites.

Les scénarios de comportements violents dans ces moments là ressemblaient plus à des mises en scène de postures guerrières auxquelles ne dédaignaient pas de se mêler quelques compagnes autonomes assidues de la salle d’entrainement aux sports de combats du deuxième étage, comme une sorte de pogo permanent.

Mendes passait ses après-midi sur le quai de métro à Robespierre ou à Croix de Chavaux, à faire le fier, il était auprès de ses petites bandes de collégiens celui qui habitait au squat USINE, même si depuis quelques semaines ce n’était plus le cas, cela lui autorisait d’être fièrement à part et envié des autres adolescents.

Depuis son enfance il avait toujours été confronté à cette bizarrerie : les bambins puis plus tard les jeunes ados lui reprochaient presque la liberté de ses inconforts multiples, on lui signalait cette chance inouïe qu’il avait de pouvoir rester la nuit dans sa cabane de cartons d’emballage sous le pont de la voie ferrée au bout de la rue du Landy.

Il ne voyait pas toujours cela de la même manière, lorsque le soleil s’affaiblissait derrière les façades lépreuses des petits immeubles pauvres où l’on s’entassait entre familles, il commençait à frissonner et s’enroulait dans de vieilles couvertures dérobées à la vigilance du service d’entretien des wagons lits, au garage sur les voies ferrées.

Parfois Arthur le croisait : de loin le moufflet — tentant de se donner l’attitude la plus adulte possible devant un attroupement d’une dizaine d’ados épatés — le hélait, tout fier de s’adresser librement à l’un des « chefs » du squat ; il bafouillait en rosissant :

— Je vous présente mon… bon, c’est mon… mon éducateur !

Arthur à son insu venait compléter le jeu bien garni des différents intervenants qualifiés chargés d’une partie des possibilités d’amélioration du destin jeune du marmot, il avait déjà son éducateur judiciaire, son psychologue, son assistante sociale, ses amis du squat, de quoi tenir le centre du cercle de ceux qui avaient familles et maisons.

Et maintenant Mendes avait aussi son patron et son curé. Arthur continuait de faire le point régulier dans la petite chambrée spartiate servant de bureau d’accueil au Père Arthur dans sa communauté de Cachan, tentait parfois d’aller voir le môme dans son foyer de jeunes travailleurs où il était admis par dérogation bienveillante.

Mendes allait bientôt avoir seize ans et s’il lui était possible d’entamer un minimum de parcours professionnel, il n’était pas du tout certains qu’il en eu l’énergie ni l’envie, ni les moyens. Arthur carburait pour essayer de voir et de comprendre les enjeux et les possibilités, comparait avec sa propre situation et ses convictions.

Arthur non plus n’avait pas construit la moindre vie professionnelle, il avait fait des petits boulots, avait été veilleur de nuit durant quelques années, puis avait tout largué peu avant USINE, vivant alors de larcins, de squat, et de Banque alimentaire et réservant la majeure partie de son temps à sa militance contre les injustices.

Qu’allait-il donc pouvoir demander à Mendes comme investissement pour aller apprendre à se faire exploiter par un patron, ou apprendre les règles scolaires ou la discipline républicaine qu’ils réfutaient tous en bloc et en détail. Comment s’intégrer ou pousser à l’intégration dans les rouages d’une société que l’on condamne ?

 

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