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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

images-1-copie-4.jpgIl gardiennait précisément l’immeuble de l’annexe de la préfecture du département où se trouvaient les bureaux de relogement spécialement affectés à l’opération « Îlot Chalon ». Il arrivait à Arthur d’avoir à effectuer un remplacement. Ces jours là il était huissier de jour, on lui demandait d’officier en civil, moins rebutant.

Il s’enquérait de l’identité, téléphonait à la société demandée et introduisait le visiteur. Pour la troupe des familles souvent immigrées venant au bureau de relogement il suffisait de leur indiquer la direction. C’était au rez-de-chaussée, au fond d’un couloir sombre bordé de chaises à l’inconfort étudié, devant un guichet fermé.

Ils venaient avec leurs enfants, leurs papiers à la main et leurs faibles espoirs vrillés au corps. Combien n’en n’avait-il pas vu de ces groupes de familles aux bureaux des étrangers, aux bureaux de relogement, aux bureaux des ANPE ou des services sociaux, toujours persévérants, dans la patience des gueux des Histoires ?

Attendre et revenir un autre jour pour attendre encore. Il manquait toujours un papier, ce n’était pas le bon papier. Quelle vie était-ce donc que cela ? Et quelle vie était donc la sienne ? Les jours indécis se succédaient aux jours hésitants dans le plus mortel des ennuis et pas le moindre petit souffle de nouveauté.

Faire les mêmes gestes quotidiens pour aller travailler de quoi gagner le nécessaire pour s’entretenir et retourner au travail sans aucune possibilité de changer rien à l’organisation générale de ce train-train assoupissant. S’en retirer pour faire quoi ? Aller vers où ? Dormir, s’avachir devant une télé, penser à Dominique.

A sept heures il prenait sa douche seul encore dans l’immeuble désert. A sept heures trente il éteignait l’alarme et téléphonait à la société de télésurveillance gérant la sécurité de l’immeuble. Puis à 8h il ouvrait les portes aux hommes et aux femmes de la société de nettoyage, notait sur le grand cahier RAS, partait.

Rue des Vignoles des femmes africaines nettoyaient l’escalier menant aux appartements squattés au dessus du local. L’immeuble avait trois étages. Arthur n'avait jamais dépassé le Premier, pour vidanger sa vessie gorgée de bières dans le chiotte à la turque. Il croisait des ombres furtives d'habitants, s'esquivait, penaud, incongru.

Il n’avait jamais été invité à poursuivre plus loin sa découverte du quartier dans cette direction là. Les familles africaines se tenaient, en général, à l’écart des jeunes marginaux vadrouillant dans tous les trous disponibles des nombreuses impasses bordant le parcours de la rue ; Arthur attendait les sœurs au milieu des boubous.

Reine ne croyait pas à l'obligation de la reproduction, c'est manquer là de poésie. Elle avait une chance d'être née dans une bonne période historique. Elle pouvait se protéger, se permettre d'aller immédiatement au but, être maitresse de son ventre. Tout de suite, dans un ballet ininterrompu de séduction et d'envies : la jouissance.

La Nature instinctivement bâtisseuse pouvait depuis toute éternité et jusqu'à la fin des temps faire de l'acte sexuel une œuvre d'art. Une mise en scène du désir réciproque, dans l'ivresse du jeu de séduire et d'être séduit, de la fusion ingénieuse des amants. Reine le savait, le faisait, le voulait ; Arthur attendait son apparition.

Tous les êtres vivants participent allègrement à cet assemblage répandu des corps et des chairs, même les mouches sur une table s’accouplaient sans discontinuer. La Nature est profondément érotique ; les chorégraphies amoureuses ne sont certainement pas des jeux de hasard : c'est quantique, pour le moins universel.

 Ainsi une seule et même force pousse Reine et Arthur l'un vers l'autre sans qu'ils n'y puissent rien ? Allaient-ils devenir les parties opposées et complémentaires, indissociables, d'un ensemble édifiant de transcendance érotique ? De l'érotisme sans sexe, un mariage de candeurs, un nouveau conte ; Arthur avait attendu ?

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