Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ne peut être vendu

écritures

la vie s'écoule la vie s'enfuit

 

Texte libre d'acces

 

Romans (Kahina, Destin majeur, De l'autre côté de la rivière, Ne peut être vendu)

Assemblée

Les mémoires d'un poilu de 14, par Gaston HivertLes mémoires d'un poilu de 14, par Gaston Hivert

brochure-comite-des-mal-log-s-1991Comite des Mal Logés:1991

DAL : les mensonges Dal : les mensonges

Les liens Opac du DAL Les liens Opac du DAL

 Réquisitions inflammables Réquisitions inflammables

NE-PEUT-ETRE-VENDU.doc NE PEUT ETRE VENDU:1984

de-l-autre-c-t--de-la-rivi-re.site.pdf De l'autre côté de la rivière

Pierre Selos

Les-cons-sont-la.mov Les-cons-sont-la.mov

19 Tout s'arrange Tout s'arrange

06 Piste 06 12 Deux

Quinze-ans.m4a Quinze-ans

Mon amour Mon amour

        Le passage, élté et Pierre

Possible n°9 Possible n°9

Bertrand Louart..etc

QECSI.pdf Quelques Elements d'une Critique de la Société Industrielle.pdf

Guerin-Pour-le-communisme-libertaire Guerin-Pour-le-communisme-libertaire

libre service

Publié par Christian Hivert

COMPILLPRockarmyfraction.jpg

Ils refusaient d'abandonner une telle part d'existence à des gens vivant en spéculant. Les gens au-dessus d'eux leur vantaient la société marchande, leur promettaient la réalisation de soi dans le travail et le bonheur dans la consommation, ne voyaient de meilleur monde que celui des courses à la croissance.

Désirs aveugles et effrénées, où l'on produit pour que d'autres puissent consommer, et où l'on consomme pour que d'autres puissent avoir de quoi produire. Comment peut-on imaginer se réaliser pleinement dans un travail soumis aux lois de supérieurs hiérarchiques et aux objectifs marchands ?

Ou à ces intentions peu variées de rentabilité, roublardise et compétition, d'activité monopolisant les énergies pendant 40 années des vies humaines, pour au bout du compte laisser pantois devant la télévision ? Comment peut-on trouver le bonheur dans la consommation passive de gadgets ?

Et ces loisirs prémâchés, dans cette hébétude un peu vorace, un peu intoxiquée devant les spectacles répandus et les plaisirs de surface, qu'une publicité omniprésente veut faire croire essentiels ? Comment peut-on prendre pour modèle une société d'aliénation au travail et chez soi ?

Arthur et ses compagnons n'étaient pas intéressés par le travail consommation, ils ne voulaient pas cautionner l'essorage du Sud et de la planète entière, aussi ils contournaient le système marchand, responsable d'immenses dégâts humains et écologiques, notamment au Tiers-Monde.

Notre société veut nous convaincre qu'il faut produire et consommer beaucoup de biens, alors qu'elle croule déjà sous les objets et qu'il suffit de tendre la main dans une décharge. Ils restaient ébahis devant les monceaux de surplus que l'on préfère détruire ou cadenasser plutôt que de les partager.

Récupérer ce que cette société gaspille, les fruits que les chalands jettent parce qu'ils ne sont pas assez lisses, les meubles que les ménagères jettent parce qu'il faudrait les réparer d'un clou, les vêtements que les minets jettent parce qu'ils ne sont plus à la mode, le pain de la veille et les espaces abandonnés.

Arthur et ses compagnons travaillaient moins, avaient moins de revenus à trouver, laissaient moins de temps au travail rémunéré. Les voilà riches, parce que le luxe n'est pas l'argent mais le temps. Les voilà riches parce que beaucoup plus libres de choisir quoi faire des moments de leurs vies.

Riches de pouvoir davantage en déterminer le sens. Riches de journées décalées, déjantées, savourées. Riches de pouvoir emboîter le pas à leurs envies, de pouvoir être disponibles pour les gens autour, de pouvoir engraisser leurs matinées. L'art de vivre n'est plus réservé aux aristocrates.

Riches de pouvoir soudainement dédier des jours et des nuits à d'insolites ou passionnées constructions, de pouvoir partir humer l'air de la montagne d'à côté quand le besoin s'en fait sentir, de pouvoir partager ses journées entre l'apprentissage de la plomberie et de savantissimes lectures...

 Ne pas se plier aux lois de l'économie. Comment vivre en 1984 avec moins de 1000 francs par mois ? Squatter, vivre à plusieurs, un seul four, un seul téléphone, un seul ordinateur, une seule perceuse pour dix occupants, alors que les locataires de studios doivent s'en acheter un chacun.

Les voilà davantage libérés de la nécessité du gain. Enfin ils peuvent organiser une bonne partie de leur existence en fonction d'autres buts et d'autres contraintes que celles de l'économie de marché. Plus besoin de leur demander si ce qu'ils aiment faire est rentable. L'argent n'est plus un obstacle.

On associe le squat à la précarité matérielle, à l'illégalité, au temporaire. Mais la diminution du confort et de la sécurité dans un squat n'est pas forcément aussi grande et aussi insupportable qu'on veut le faire croire. Ils préféraient la précarité et l'instabilité à l'existence morne, routinière, à peine vécue.

Le squat a déraillé des sillons qui aiguillonnent ce monde. Il n'est pas un maillon de la chaîne étatique, et n'a pas grand-chose à faire de ses directives, de ses subventions, de ses normes. Il n'est pas un maillon de la chaîne marchande, et les chants de la rentabilité peuvent aller en envoûter d'autres.

Aucune autre logique, aucune autre priorité ne gouverne le lieu que celles qui paraissent importantes à ses acteurs et ses actrices. Attention, maison incontrôlée, zone franche, sans hiérarchie ? Sans spécialisation ? Sans coercition ? Sans profit ? Tenter le consensus, le prix libre, la gratuité...


Mettre en place des rapports sans domination et sans oppression.
En squattant ils faisaient de la politique, on peut se battre pour des idées sans jouer au politicien ni adhérer à quoi que ce soit. Le changement était d'abord dans leurs quotidiens, leurs propres existences.

Il n'y a aucune raison pour que les décisions concernant la vie du squat soient prises par une partie seulement des gens qui l'animent. Aucune raison pour que certains imposent quoi que ce soit à d'autres, aucune raison pour que certains fassent des choses contre leur gré et sans compréhension.

Aucune raison de se surveiller et de se punir, aucune raison de ne pas se dire les problèmes en face et chercher ensemble une solution. Aucune raison d'en considérer certains responsables et d'autres non, aucune raison d'écouter l'avis de l'un moins que l'avis de l'autre, hommes et femmes.

Aucune raison de ne pas se faire confiance. Aucune raison de décréter une hiérarchie entre personnes embarquées sur le même bateau, pas besoin de fouet dans un groupe qui fait ce qu'il fait parce qu'il l'a choisi de bout en bout, pas de leader, pas de gourou, c'est l'autogestion.

Il y a des lois absurdes, lointaines, qu'ils se permettaient d'enfreindre, surtout quand ils voyaient que concrètement, en agissant ainsi, ils ne faisaient de mal à personne. Ils prenaient le droit de vivre de manière imprévue sans que ça ne coûte ou ne pèse à quiconque sauf à ceux qui veulent prévoir.

Par contre, ils ne respectaient pas la propriété dont on abuse, celle qui spécule, celle qui ne représente pour le propriétaire qu'un bout de papier, et pour les plus démunis une insulte. Alors ils avaient choisi de bidouiller. On pourrait appeler ça de la désobéissance civile et sociale, une rébellion.

Commenter cet article