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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

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Tout une galerie de personnage défilait sous les yeux ébahis de Arthur et de ses compagnons initiateurs du lieu, avec des noms de guerre que l'histoire ne retiendrait pas comme Poison, Viniprix, Herpes, Maxwell, Nounours, Gavroche, Krad, Apache, Chopi, Nanar, Marsu, Makhno et tant d'autres tumultueux rebelles actifs.

Bien entendu ils passaient beaucoup de temps à se prouver les uns les autres leur validité de punk rebelle authentique, pas comme ces bouffons fils à papa du Gibus et autres lieux télégéniques de la capitale chers aux gestionnaires petit bourgeois du plaisir de masse tarifé, la radicalité de leurs exploits ne devait pas faire de doute.

Arthur se gardait bien d'intervenir dans ces débats, dans aucun débat, Arthur ne voulait pas que les guerres anciennes ne viennent se poursuivre dans ce nouveau lieu, alors il ne participait pas aux débats, les différents collectifs s'étaient opposés trop souvent les uns aux autres encore plus que contre les institutions ou l'Etat.

Dans les assemblées tout le monde ne discute pas à égalité, les longues interventions des plus habiles à exposer leur positions en les faisant ainsi passer pour une raison collective sont souvent lourdes et obscures, et le contredit apporté plus en fonction de souterraines rivalités, qui possède la parole persuasive.

Parfois le leader était tout simplement le plus beau, courtisé des filles, jalousé des garçons, des regroupements orangoutanesques, puis une trahison, peut-être une vilénie, bien plus sûrement une frustration mal vécue, ou une prédominance territoriale, ou des affects traversés d'amours propres et de blessures narcissiques.

Alors chaque groupe alibisait ses ruptures, politisait ses différents, justifiait ses exclusions, rendant difficile l'extension même de son travail militant et l'élargissement de la prise en charge par le plus grand nombre des différentes taches nécessaires au fonctionnement du ou des collectifs, Arthur observait de loin.

Les objectifs et les différences de priorités étaient floues, pour Arthur, oui il fallait lutter contre les injustices, mais savoir selon quelle théorie, avec quelle pratique, pour s'adresser à quel publics, demander quels avancées à quelles autorités il laissait ces calculs et ces stratégies à ceux dont c'était l'activité principale.

À quoi sert la prison ? Ou plutôt à qui sert la prison ? Questions rarement posées, mais pourtant fondamentales. La prison, déclarée privation de liberté pour un individu qui a commis un délit, est en fait une broyeuse de vie. Mesdames et messieurs les humanistes, la torture ne s’aménage pas, elle se supprime.

Les longues peines sont une forme d’élimination sociale, une mort lente à peine déguisée, de la vengeance pure, le message adressé au corps social, aux prolos et sous-prolos, aux travailleurs pauvres, aux fins de droits, à tous les exclus qui auraient quelques velléités d’émancipation, d’une non-acceptation. (Tierry Chatbi).

Thierry Chatbi n’avait cessé de dénoncer les quartiers d’isolement, avait une haute idée de la liberté. à tel point qu’après son ultime sortie de prison, il s’est suicidé en 2006, préférant la mort au renoncement et à la soumission que cette société impose à ceux qui ont passé des décennies dans les geôles de la République.

Sa singularité, c’était sa lucidité, il savait ce monde gouverné par et pour les nantis et ne voulait pas trimer pour quelques miettes. Très jeune, il a opté pour l’illégalité, il paye ce choix par vingt-cinq ans de prison. Des années où il prend une part active aux mouvements de prisonniers des années 1980.

Mais dans notre société actuelle, qui prône le droit à la sécurité avant le respect de l’individu, et qui vante la répression comme la solution aux problèmes sociaux, il va falloir lutter pour briser les idées reçues sur la nécessité de la prison. La prison est un déni de l’individu, un lieu de non droit et d’arbitraire absolu.

Certains voulaient mener une réflexion pour s’organiser afin de soutenir les prisonniers, d’améliorer les conditions carcérales et le droit de visite, mais surtout soutenir la lutte des prisonniers, ils publiaient beaucoup de textes, menaient des actions physiques de soutien aux actions revendicatives des prisonniers.

Un de ces groupe de lutte anti carcérale s’était créé autour des émeutes de Fleury-Mérogis en 1985, contre la prison, cette dévoreuse de vies, contre la justice, dont la fonction est de détruire, et contre cette société de profit, qui sacrifie l’enfance, confine l’intelligence et anéantit la vie pour protéger ses intérêts et soumettre. 

Après l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981, l’État met en place quelques réformes pour adapter la prison à la société, la crise s’installe et le nombre de chômeurs augmente. Il faut extirper jusqu’à l’idée de la révolte du crâne des dépossédés, les gérants n’ont plus qu’une seule idée, éliminer les récalcitrants.

Thierry était monté sur les toits de Fleury-Mérogis. Ils étaient une vingtaine à avoir réussi à se hisser sur les toits. Des militants l'ont appris par la radio et sont venus pour communiquer avec eux, éventuellement s’interposer en cas  d'intervention de la police, recueillir les témoignages des familles.

Ceux là concevaient la lutte contre la prison intégrée dans une lutte plus générale de la société, ils animaient une émission de radio, Parloir libre, et ont créé l'Association de Parents et Amis de Détenus, pour créer une solidarité et une relation de lutte, une relation de conscience entre l’extérieur et l’intérieur.

Thierry Chatbi faisait partie des prisonniers qui ont de suite beaucoup écrit à l’émission Parloir libre, leurs lettres étaient lues à l'antenne, témoignages directs de leur mouvement de lutte, il était important d’en faire le récit, non seulement pour l’extérieur, mais aussi pour ceux de l’intérieur, remonter le moral, donner espoir.

Dans les années 1970-1980, la lutte collective était quelque chose de fort. Les prisonniers se battaient pour faire avancer des causes communes et c’est ce qui paraît étrange aujourd’hui. Dans les années 1980, les témoins étaient clairs, ils se battaient pour l’ensemble des prisonniers, étaient en avant des luttes anticarcérales.

Ils avaient à la fois une conscience de classe, du collectif et politique. Ils se voyaient comme une composante d’une transformation sociale au même titre qu’un ouvrier et que tous ceux qui luttaient. Thierry avait cette conscience d’appartenir à cette classe avec une réflexion sur la société et l’envie de la changer avec d’autres.

Fils d’ouvrier ayant compris l’exploitation de ses parents et ayant préféré le vol pour échapper à cette condition, son témoignage était important car la société a vite fait de classer les délinquants comme des individus sans conscience, sans réflexion, avides d’argent, or en prison des hommes et des femmes poursuivent la lutte.

Ils étaient contre la prison, pensaient que le combat principal était celui de la diminution des peines, ne plus concevoir les problèmes sociaux en termes de longueurs de peines, plus les peines sont longues, plus les êtres sont détruits, ils pensaient cette lutte constructive, faisaient des actions de soutien devant les prisons.

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