Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ne peut être vendu

écritures

la vie s'écoule la vie s'enfuit

 

Texte libre d'acces

 

Romans (Kahina, Destin majeur, De l'autre côté de la rivière, Ne peut être vendu)

Assemblée

Les mémoires d'un poilu de 14, par Gaston HivertLes mémoires d'un poilu de 14, par Gaston Hivert

brochure-comite-des-mal-log-s-1991Comite des Mal Logés:1991

DAL : les mensonges Dal : les mensonges

Les liens Opac du DAL Les liens Opac du DAL

 Réquisitions inflammables Réquisitions inflammables

NE-PEUT-ETRE-VENDU.doc NE PEUT ETRE VENDU:1984

de-l-autre-c-t--de-la-rivi-re.site.pdf De l'autre côté de la rivière

Pierre Selos

Les-cons-sont-la.mov Les-cons-sont-la.mov

19 Tout s'arrange Tout s'arrange

06 Piste 06 12 Deux

Quinze-ans.m4a Quinze-ans

Mon amour Mon amour

        Le passage, élté et Pierre

Possible n°9 Possible n°9

Bertrand Louart..etc

QECSI.pdf Quelques Elements d'une Critique de la Société Industrielle.pdf

Guerin-Pour-le-communisme-libertaire Guerin-Pour-le-communisme-libertaire

libre service

Publié par Christian Hivert

140px-OkupaPeu à peu mais surement ils allaient devenir les derniers survivants d’un monde où les choses étaient possibles, et un peu à la même époque, en cette fin 1985, la télévision avait tourné au squat l’USINE à Montreuil pour un reportage des « Enfants du Rock » intitulé « Banlieue Rock » et qui ne sera diffusé que deux ans plus tard.

Aucun des jeunes punks en rupture scolaire ni des musiciens plus âgés n’avait encore réussi à impulser un semblant d’énergie pour l’occupation de la cave — hormis les après-midis dont Simon voulait bien s’occuper, quand écoles et lycées fermaient — : l’espace restait désespérément vide, une association organisait déjà des concerts.

Les « Parisbarrock » faisaient tourner depuis deux ans les petites formations de rock marginal, aux colorations de punk extrême mais dont la plupart mixaient le son à d’autres influences cousines venues de la Jamaïque ou d’autres régions où vivent et dansent des peuples opprimés ; des concerts avaient lieu dans des petits bars audacieux.

Ronan, Mickaël et Rascal n’avaient qu’assez peu de contacts et d’affinités avec ceux du collectif USINE, ne se connaissant pour ainsi dire pas, et les rocker-bikers qui passaient des fêtes entières certaines nuits au Premier étage du squat les fréquentaient régulièrement. Les uns avaient les groupes, les autres entrevoyaient le moyen d’avoir un lieu.

Mais les « Parisbarrock » ne souhaitaient pas se développer outre mesure. Ils repéraient des bistrots un peu grands et typés dont le patron leur revenait, un peu à l’arrache, beaucoup aux vibrations ; par la suite cela deviendra régulier et fera l’heure de gloire de « Chez Jimmy » à Gambetta  et de « L’Auvergne » à Buzenval, dans le 20ème, limitrophe.

Une bande de copains et de musiciens se réunissent régulièrement « Chez Jimmy » rue de Bagnolet. Par sa convivialité et ses frais restreints, ce bar marque le point de départ de l'aventure. Ce sont les premiers concerts de groupes alors inconnus tels que les « Wampas », « Parabellum », « Hot pants », « Chihuhua » et « Carayos ».

A la même époque, ce sont les balbutiements sauvages d'une scène londonienne qui a influencée beaucoup de groupes. C'est ainsi que les « Météors », les « Cannibals », les « Milkshakes », les « Sting-Ray » et autres « Hard-Ons » (Australie) ont pu poser, pour la première fois, les pieds sur les pavés de la capitale grâce à eux.

Alors les Bikers et d’autres anciens autonomes voient la possibilité d’un développement : rentabiliser l’espace inoccupé à Montreuil. Depuis deux mois ils travaillaient l’affaire, l’équipe de gestion du collectif était encore en place, ils revenaient tous d’une colonie pour handicapés bien payée que le père Arthur leur avait fait avoir au mois d’Août.

Chris était venu plus tôt que d’habitude, le sourire carnassier — sa marque de bonhomie pacifiée — aux lèvres. Pour une fois il ne semblait pas vouloir les enrôler de force pour une hypothétique course poursuite contre d’hypothétiques skins nationalistes autour du bar à concert « Chez Jimmy » où toutes les bandes se côtoyaient.

C’était l’esprit des lieux, les musiciens jouaient pour la boisson et un chapeau, l’entrée pouvait être gratuite pour les désargentés ou bien restait une dépense raisonnable, entre vingt et trente Francs — trois à cinq euros —, aussi personne n’essayait ouvertement la moindre provocation, c’était aux alentours des rues avoisinantes.

Chaque bande se faisait barrière d’octroi pour tout isolé venant sans bande quémander l’écoute d’un groupe à ses oreilles sympathique, s’il ne courrait pas bien vite, il perdait une pièce de vêtement, de l’argent, adroit racket sous couleur de convictions politiques, il fallait faire des preuves d’exploits, on ne savait combien, expliquer.

Autrement le bar « Chez Jimmy » était sanctuaire, et son trottoir jusqu’aux palissades de bois du chantier plus bas. Si on voulait s’expliquer, c’était plus loin : on s’échangeait des allez vous battre ailleurs, contre des celui là t’y touche pas, il est avec nous ; tout le monde le torse bien droit et les épaules ressorties comme pour une parade.

Le débat fit rage durant plusieurs semaines et la proposition d’organiser des concerts hebdomadaires ne fut acceptée que par démission du collectif USINE, dont certains partaient en Angleterre, d’autres en Afrique, d’autres encore aux Indes, l’aventure «  squat USINE de Montreuil » avait duré neuf mois et tous voulaient passer à autre chose.

Arthur fut le dernier à bagarrer des principes qui lui paraissaient essentiels, qui étaient les principes libertaires des Autonomes et des punks « Do It Yourself » : ils ne voulaient pas de service de sécurité, la salle est son propre service d’ordre, et l’entrée est à « participation libre », conscience et responsabilité, mais le collectif USINE n’était plus

Un premier concert eut lieu où des gaillards de ce que d’autres nommaient la bande à Gilles — du nom de cet éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse qui amenait aux concerts et manifestations tous les délinquants dont il s’occupait depuis dix ans —, firent le service d’ordre autoritaire à la KCP et encaissèrent un prix fixe d’entrée.

Arthur fulminait mais le concert se passait bien et tous les autres avaient l’air d’accord, il y avait un besoin urgent ressenti par tous de faire connaître tous ces talents bouillonnant et encore marginaux, le rock était toujours rebelle, les raïas s’agitaient, les banlieues marchaient pour l’égalité, le rap se traduisait et les lycéens étaient prêts à se mettre en colère.

Un soir Chris les entraina tous leur payer des canons chez Jimmy pour faire connaître des gens qui ne se rencontraient pas, amadouer les uns, rassurer les autres, cette salle du sous-sol d’un squat bien tenu en proche banlieue, près d’un métro, était une véritable aubaine ; les Barrocks ne voulaient pas s’agrandir, Chris le voulait lui.

Une nouvelle association fut fondée pour la gestion rituelle du concert du samedi, de novembre 1985 à Mars 1986, Arthur se replia au premier étage et se mit au service des douceurs du back stage, tous se retrouvaient à faire la foire des nuits durant, des actions y étaient discutées, des vantardises s’époumonaient jusqu’aux matins.

L’aventure de Rockàlusine fut courte mais dense, les tribus reprirent du poil de la bête : les petits punks cessèrent de courir peu à peu, ils furent de plus en plus conscient de leur force rassemblée ; à l’unisson avec les enfants des immigrés et des banlieues, ils apprenaient à dire face aux fascismes associés : J’y suis-j’y reste, textes et musiques.

Commenter cet article