Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ne peut être vendu

écritures

la vie s'écoule la vie s'enfuit

 

Texte libre d'acces

 

Romans (Kahina, Destin majeur, De l'autre côté de la rivière, Ne peut être vendu)

Assemblée

Les mémoires d'un poilu de 14, par Gaston HivertLes mémoires d'un poilu de 14, par Gaston Hivert

brochure-comite-des-mal-log-s-1991Comite des Mal Logés:1991

DAL : les mensonges Dal : les mensonges

Les liens Opac du DAL Les liens Opac du DAL

 Réquisitions inflammables Réquisitions inflammables

NE-PEUT-ETRE-VENDU.doc NE PEUT ETRE VENDU:1984

de-l-autre-c-t--de-la-rivi-re.site.pdf De l'autre côté de la rivière

Pierre Selos

Les-cons-sont-la.mov Les-cons-sont-la.mov

19 Tout s'arrange Tout s'arrange

06 Piste 06 12 Deux

Quinze-ans.m4a Quinze-ans

Mon amour Mon amour

        Le passage, élté et Pierre

Possible n°9 Possible n°9

Bertrand Louart..etc

QECSI.pdf Quelques Elements d'une Critique de la Société Industrielle.pdf

Guerin-Pour-le-communisme-libertaire Guerin-Pour-le-communisme-libertaire

libre service

Publié par Christian Hivert

LesEndimanchesLejardinpotager.jpg

Chapitre 5 – Le cas Mendes

 

 

Dominique Premier enfin se faisait moins présente à son esprit parfois. Il parvenait à se remplir de la vie environnante, elle ronronnait en sourdine :

   Te voici enfin casé, tu vois bien que tu peux te passer de moi ! semblait-elle lui murmurer.

   Bien obligé, tu es si hautaine, volontairement lointaine. Pourrais-je jamais t'oublier un jour ? Un jour enfin supporter toutes les injustices les plus basses et les plus ignobles ? Oublier les espoirs de l'époque de nos émois adolescents ? Supporter les trahisons multiples des futurs ? Oublier la fraicheur de tes convictions ? Nous voulions un autre monde ! Et nous avons un sordide souvent et correctement alimenté, sapé de mille vilenies, des multiples oublis du respect que nous devions à l'espèce humaine qui nous a fait naître et nous a éduquée, je ne suis ni un salaud ni une ordure comme vous autres, pire encore, et nos plaintes sont inaudibles dans vos chuchotements

Pire même que de son corps, de son cerveau les ondes enveloppantes des oublis lui serinaient sans cesse les mêmes aveulissantes rengaines. Comme un bruit de fond captivant. S'il avait disposé de ce temps pour une quelconque activité, il eut pu avoir trente six vies. Il avait dit oui à sa vie, à cette vie qu'il ne remplissait pas.

Mais Dominique Premier était toujours là. Cela le figeait au fond des lits sans gloire ou devant des téléviseurs insanes, occupait son esprit en boucles infinies, en pure perte. Ses pleurs intérieurs  jamais ne cessaient :

— Mais oui Dominique, les études, on ne peut s'attacher, se déconcentrer, bien sûr !

Dominique Premier avait évidement bien fait de choisir de longues et hautes études. Elle deviendrait une chercheuse émérite. Dès ses seize ans elle connaissait toutes les étapes de sa vie. Arthur l'aurait terriblement désorientée sans nul doute avec sa quête inapaisable de vérité et de justice ; ses fréquentations de dépravés.

Arthur avait comme l’on dit dans ce genre d’endroit « mal aux cheveux ». Il se levait de plus en plus tard. Souvent Simon était déjà parti à son travail de chauffeur-livreur, et Mendes arpentait les lignes du métro parisien en quête de ses bandes d’écoliers et de lycéens qu’il pouvait volontiers délester de quelques francs.

Arthur assurait la maintenance générale et l’état de propreté du squat — pas toujours seul mais souvent : parfois l’un des membres du collectif d’habitation, dit collectif USINE, parfois une de ces punkettes délurées façon Myrtille et Nono, lui donnait un coup de main pour le rangement — puis il programmait ses réunions.

L’après midi serait relativement chargée : il devait passer voir le collectif anti-militariste-insoumission-objection, le CAIO, qui se réunissait dans une salle de la CNT rue des Vignoles, non loin de leur ancien petit local de bar sauvage ; ce n’était guère loin, quelques stations de métro, il serait vite revenu pour l’autre réunion avec les antifascistes.

Le problème avec ces « antimil » était qu’ils avaient un peu peur de tout et de beaucoup de choses ; or, là, il était question d’occuper offensivement la plateforme Beaubourg pour un concert tonitruant avec les « Endimanchés » et les « Béruriers Noirs » ; Virginie — une de leurs fans, déjà nombreux — préparait la banderole revendicative.

   C’est comment « Libérez les insoumis emprisonnés », c’est avec un zed ?

   Zed et accent aigu sur les é… Bon je finirais les poubelles après, faut pas que je les loupe, il nous faut absolument leur camionnette, François nous a amené déjà les petits amplis douze volt, et vous les bérus, vous serez combien ?

   Tout le monde vient, on peut bien être cinquante au moins…

   Super, bon à plus !

Virginie commençait à bien plaire à Arthur, elle était souvent disponible et cohérente, ne cherchait pas la drague ou « le plan cul » comme Nono et Myrtille ; elle postulait à l’utilisation d’une des chambres, il fallait attendre que Jean-Phillipe laisse la sienne, dégouté par l’impéritie générale et les pisses de punks bourrés.

Mendes avait aménagé la sienne et l’avait revêtue de multiples peaux de lapins récemment dérobées par sac entiers dans une tannerie désaffectée non loin d’USINE, un discret charme de beatnik ; on ne lui demanderait pas de faire les poussières avec cela, juste de vider ses bouteilles remplies à ras bord de ses pisses de nuit.

Le petit Mendes était un véritable clochard, un clochard mineur. Durant ses premiers jours, son arrivée avait suscité un certain intérêt, façon « Grand-Frère », de la tribu habitante des lieux. Quand on lui avait demandé de changer de pantalon trop salement dégoutant, il l’avait retourné ; l’intérieur était propre, coutures apparentes.

Alors Simon avait mis le holà :

   C’est moi qui m’occupe de Mendes, il ne manquera de rien, je lui donnerai de l’argent de poche et laverai ses fringues, il ne manquera de rien, c’est juste pour qu’il soit dans un endroit d’où il ne se sauve pas, qu’on puisse savoir où il est, le temps que l’on puisse mettre un projet en route.

Cela fit taire les trop « grands-frères » et les trop « mamans » pour un temps ; Mendes était tout simplement devenu la mascotte humaine du groupe interne au squat et de beaucoup de passagers quotidiens, personne n’avait d’idée bien précise sur l’avenir, ni du sien propre ni de celui de Mendes : c’était à tous « leur destin ».

*/*

Commenter cet article