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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

 

images-1-copie-3.jpgLorsqu’ils furent éloignés de quelques pas, Simon lâcha la vapeur…

   Mais père Arthur, il est cinglé, il faut qu’il se fasse soigner…

   Simon, tu es trop pressé comme d’habitude, si tu savais tout, ce mouflet tapine depuis deux ans, non seulement il est mineur, mais en plus il est sans papier, comme il est mineur les flics doivent le relâcher…, dans son pays, si on l’y expulse, il ne fait pas deux pas sans se faire lapider, et comme il n’a pas ni papiers ni autorisation parentale : il n’est pas pris en charge officiellement, il fait donc tout son parcours au double ou au triple du prix au marché noir, et chez moi c’est Dieu qui est seul juge, mon rôle est de ne pas lui tourner le dos, Fleur fait partie de mes brebis, comme toi Simon !

   Oui bon t’as toujours ta manière de dire les choses, mais c’est dans sa tête le truc, il est  cinglé, c’est tout…

   Et toi Arthur, ton avis…

   Je suis comme toi père Arthur, je ne juge pas, Dieu pas Dieu, ça ne me concerne pas tu le sais, mais en effet, on ne peut rien empêcher, c’est un destin étrange, et je ne suis pas de taille pour entrer dans la tête des autres, il y en a dont c’est le métier, est-ce que sa clandestinité lui permet de voir quelqu’un…

   J’ai un ami psy quelque chose, ils se sont vus plusieurs fois, s’il avait l’âge et était en règle cet ami me dit que ce serait pris en charge dans certains pays, il est vraiment femme dans sa tête, Fleur est une femme.

   En tout cas ce qui compte c’est s’il le vit à peu près bien et s’il ne souffre pas de son parcours…

   Tout à fait Arthur, nous souffrons tous plus ou moins de notre parcours, tu le sais toi Arthur, est-ce que c’est jouable ou pas, où n’y a t il pas mieux à faire ? Et Dieu dans tout cela ? Il est l’amour qui est en toi Dieu, est là parmi nous et nous permet de supporter, si nous aimons, Dieu est en nous, n’est-ce pas ?

   Oh, mais si tu le dis père Arthur…

Dominique Premier qu’Arthur n’avait pas entendue depuis quelques pas se fendit d’une cajolade à sa manière :

   Ah, tu vois, je suis l’amour qui est en toi, écoute ton curé, je suis donc son Dieu…

   Bien sûr ma belle dis moi vous nous trouvez l’algorithme qui rétablira la justice et la paix quand ?

   J’y travaille, j’y travaille mon cher, patience…

Arthur aurait aimé aussi s'appuyer, se reposer en confiance ! S'il avait pu voir naître l'espoir d'un regard ! Une ébauche de tendresse, un encouragement tactile, une volonté de se fondre ! Ne pas sentir ce vide sidérant, cette absence d'empathie propice aux trahisons envers l'humanité, jusqu'aux crimes, alors il suivait le curé.

Les sociologues issus des plus hautes études établiraient-ils un jour l'algorithme de calcul du seuil minimal d'empathie par personne pour qu'une société puisse survivre ? Une réunion de gens bien habillés allait se tenir pour soutenir les pouilleux à la rue et menaçait de tout organiser, parlait de protocole d’intervention.

Le père Arthur fulminait, entre deux rencontres espacées de plusieurs enjambées que l’unijambiste franchissait comme un sportif, la rue Sainte Anne était son bureau et son quartier général d’état major, la prothèse qui enserraient le moignon du père Arthur au dessous de son genoux gauche n’avait qu’à tenir.

   Je tiens absolument à faire intervenir votre témoignage à tous les deux, non vous comprenez, nous avons commencé ce travail sur la prostitution masculine il y a plusieurs années, personne ne voulait en entendre parler, cela n’existait pas, ne concernait personne, et maintenant les associations veulent reprendre le secteur à leur manière.

Le père Arthur avait la conviction fort déterminée et corpulente, il tonnait à voix basse, puis se détournait d’eux et abordait le suivant, la paume franchement tendue et ouverte :

   Comment vas-tu, c’est comment ton petit nom à toi, aujourd’hui et ici, tu me connais, tu ne viens pas souvent ici, on s’est vus il y a un mois ou deux, c’est bien toi qui joue dans les films pornos ?

   Mais père Arthur enfin, oui c’est moi, mais je t’ai dit de ne pas t’occuper de moi, je n’ai rien à te dire, je fais un métier comme beaucoup d’autres, je suis acteur, et quand c’est la crise, je viens compléter ici, mais lâche moi, tout va bien, je n’ai besoin de rien !

   Non mais c’est sûr, heureusement mon grand, j’aurais rien à donner dans ce sens, mais on peut parler, cela fait du bien de parler non ?

Simon persifla derrière l’oreille D’Arthur :

   Tu vas voir qu’à lui il ne va pas lui filer la médaille de la Vierge !

Chuchotant Arthur lui répliqua du tac au tac :

   Tu pari que si !

Moins de trente secondes plus tard Arthur tapa sur le dos de Simon en rigolant :

— Il faut toujours se méfier de ceux qui ont une ligne directe…

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