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Publié par Christian Hivert

592686713.jpgCar les brisquards, en bons m'as-tu-vu, étaient au top de l'analyse politique et de la prétention révolutionnaire. Ils savaient ce qui était bon et ce qui ne l'était pas. Et à l'heure actuelle, semble-t-il, il n'y avait rien de bon. La meilleure preuve en était qu'ils ne faisaient rien eux-mêmes d’autre que des fêtes convenues, entre brisquards.

Ils avaient déclaré, au cours d'une de leurs réunions hebdomadaire d'organisation de remplissage du désert d'activité de la semaine suivante :

— Vous n'y arriverez pas les gars, vous avez des bagarres, ça va griller le lieu, et on en a besoin pour des trucs vachement balaises, c'est fini le bar…

Le local était devenu désert toute la semaine car les trucs balaises n'avaient jamais vu le jour, étaient restées dans le fond du gosier des brisquards, n'avaient pas éclos plus loin que leur morgue, n'avaient pris corps que dans le fantasme de leurs développements égotiques ; qu’avaient-ils donc produit, quelle leçon laissaient-ils derrière eux ?

Les brisquards ne tenaient même plus leur réunion d'organisation du Lundi soir, n'ayant plus rien à organiser, ayant lassé jusqu'aux plus motivés d'entre eux. Il était resté quelques liens d'estime entre les plus sincères d'entre eux et les jeunes – Arthur et ses compagnons du bar, nommés la relève – mais ils ne les avaient pas suivis à USINE.

Sans entrer dans une classification trop détaillé des  catégories sociales – telle qu'elle avait pu être établi dans le passé par des organisations structurées d'extrême gauche – les brisquards n'avaient pas le même statut que les nouveaux venus ; ce n'était pas qu'une question d'âge : plutôt d’apparence, de notoriété, de dominance, d’aisance financière.

Les brisquards n'avaient en moyenne qu'une dizaine d'années de plus. Dans le monde courant ce n'était pas une génération. Dans le monde des marges, de l'Autonomie et de la contestation, c'était vécu ainsi. Les brisquards se prenaient pour des sages imbus d'expérience, mais Arthur et ses compagnons attendaient leurs bons conseils.

Les brisquards différaient par l'habillement et les moyens financiers dont ils disposaient. Comparés aux zonards, à ceux du bar et à ceux les rejoignant sur le nouveau projet USINE, ils paraissaient être des notables : possédaient travail rémunéré, voiture et loisirs. Ils n'avaient pas les mêmes besoins immédiats, pas d’envie de faire bouger.

Certains travaillaient dans la réfection d'appartement, la plupart au noir. Il n'était pas question pour eux d'engraisser les caisses sociales. Leurs chantiers étaient fournis par tout un réseau d'anciens des luttes passées, désormais casés et intégrés à cette société pourrie si longtemps vilipendée : chacun dans une débrouille individuelle.

Tous avaient quitté leur militantisme étudiant, avaient fini leurs études et intégré des professions aux revenus bien supérieurs aux revenus ouvriers moyens du monde moderne. Ils achetaient les taudis du quartier et les faisaient rénover à prix Libé – du nom des petites annonces de leur quotidien favori – par des pauvres payés au noir.

C'est à dire sans payer ni taxes ni charges. On ne les voyaient plus dans aucune réunion ; ils parlotaient encore pas mal dans leurs beaux salons fraîchement rénovées lors de petites fêtes entre vieux du mouvement si fortement prisées par les brisquards. C’était leur gagne pain, leur valorisation sociale, leurs chantiers et leurs revenus.

Lorsque Nora leur avait lancé à la face le sauvage Moi j'en ai marre des petits branleurs qui ne savent même pas tenir un squat… elle fréquentait, derrière Stupé, ces petits salons par lesquels elle espérait développer son nouveau journal et le diffuser. Elle n'avait pas la bonne origine vraisemblablement, elle n’en avait eu aucun retour.

Aucun de ces nouveaux arrivés et futurs arrivistes ne l'avaient soutenue et les  mille exemplaires du journal enfin imprimé étaient restés entassés au sol dans le petit studio de Reine. Elle s'en servait parfois pour se faire prendre rudement dessus. L'humour de la situation emballait l'art de son sexe, c’était une surface solide.

Certains des brisquards travaillaient dans les administrations, d'autres étaient dans le journalisme, dans les métiers de décoration ou machinistes dans le théâtre, le cinéma ou la télévision ; les plus ouvrières d'entre eux étaient assistantes sociales, ou assistantes maternelles, institutrices. Arthur avait fait le chemin inverse.

Il avait quitté ses études, pour lesquelles ses professeurs le considéraient comme doué, lorsque l'un d'eux lui avait clairement fait comprendre que ses capacités intellectuelles le destinaient à faire partie de l'élite de la nation. Après avoir mûrement macéré,  il s'était choisi un autre destin ; parmi les damnés de la terre : l’un d’eux.

Ils seraient beaux, Reine le savait, percevait Arthur. Arthur était sur un petit nuage, lorsqu’il partageait l’après-midi des deux sœurs, à parler d'imprimerie, de maquettes, de films, de saisies et de photos. Il y avait eu beaucoup de matinées, après-midi et soirées. Il avait été leur invité et compagnon assidu, attitré et comblé.

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