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Publié par Christian Hivert

 

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Les mélodies furieuses s’estompèrent, et son ennui d’être aussi, un dernier souffle mollissant trouva la force cependant de soulever son cahier posé devant la Yourte et de l’envoyer planer par-dessus l’eau scintillante, le signe était clair, il se leva, fort à nouveau, pour toujours. 

 

Arthur a passé sa vie adossé à la pauvreté, dans la créativité et l'imagination, face à ses problèmes matériels et moraux, ils étaient les pauvres et leurs aventures étaient riches, n’oubliant jamais d’éclater de rire, chassant toute tristesse en miettes sous un tapis persan effiloché.

 

Par définition, les pauvres sont pauvres, les chercheurs renommés travaillent nuitamment pour utiliser les bons leviers économiques et mieux gérer des ressources rares, pensant que des spécialistes du développement comme eux peuvent améliorer la situation.

 

La richesse des pauvres se tient toute dans leurs relations sociales et leur jovialité intermittente, dans ce qu'ils peuvent faire ensemble, dans leur relation avec la nature, dans l’ingéniosité jamais démentie pour se procurer le nécessaire à la survie, échappant aux équations savantes.

 

Toutes ces heures tardives à se confier leurs éclats de rire, comme des volutes de nuages frais, suite à un travail en commun, à s’échanger leurs espiègleries, dans le calme des nuits éclairées de lune, avec le loir sur les poutres, le chien sur les pieds, et les chats qui baillent.

 

Bien entendu, les pauvres n'ont pas produit beaucoup de biens de consommation reproductibles en standard industriel ou d’amusettes considérées par beaucoup trop d’individus désormais comme de l’indispensable, voire du confort ou de la richesse, signes absurdes de leur valeur .

 

Mais les sociétés jugées pauvres ont en fait tout simplement un concept différent de la richesse, comme la richesse, la pauvreté est un concept social, une perception culturelle, c’est sous l’œil goguenard et condescendant de l’installé gavé de tout que l’on se sent pauvre.

 

Leurs aventures communes les plus magiques ont toujours commencé autour d’une table festive et hilare, le cruchon de vin empli sitôt que vidé, dans les lumières intempestives de l’imaginaire, avec l’amour des tendresses, les jubilations des moments, les caresses de la vie.

 

Arthur alors devenait dithyrambique, toutes les énergies fluctuaient sans entraves, les soucis s’effaçaient devant l’effervescence des surprises et des connivences enjouées, que c’était bon d’être pauvre, le monde nouveau, c’était demain, et ce jour résonnerait de leurs  plaisirs.

 

Les efforts mondiaux de développement ont surtout développé une vision scandaleusement dévalorisante sur la pauvreté, par voie de singerie en cascade, le monde s’est calqué sur les goûts des plus puissants, fiers d’une société désagrégée et dépourvue de tout réseau de relations internes.

 

Chaque société établit son propre réseau de relations afin d'atteindre ses buts et crée en cours de route son  sentiment de valeur, de richesse et de pauvreté, les choses n'ont aucune valeur en soi, permettent-elles de vivre correctement, dans le respect des fondements de toute vie en commun ?

 

Lorsque les vallées festoyaient et que les danses endiablées faisaient trembler le sol d’allégresse, l’énergie se modelait une conscience, plus que matière, elle devenait vivante et se reproduisait dans les jubilations partagées, l’avenir souriait, bonhomme et confiant.

 

C’étaient des moments d’une rare richesse, tous les possibles se tissaient un manteau de gloire promise, les envies se prodiguaient des encouragements pour des lendemains empreints du bonheur de réaliser un art de vivre ensemble, simplement, sans domination.

Les partisans du développement économique ont considéré qu’il fallait transformer en abondance la rareté de leur goût pour le futile, qu'ils qualifiaient de pauvreté, le développement économique a produit la rareté de la qualité et de la valeur, l’abondance de la médiocrité.

 

L'économie prétend pouvoir fournir à chacun les moyens illimités pour contenter  ses besoins, mais les besoins se créent beaucoup plus rapidement que les ressources nécessaires pour y satisfaire, et l’essentiel pour rendre la vie agréable se détruit plus rapidement encore.

 

Sans économies, la vie d’Arthur s’amplifiait de ses rencontres, ses amitiés n’étaient pas feintes et les histoires prenaient des tournures truffées de précautions courtoises, chacun se trouvait valorisé dans son savoir faire, son savoir être, la nouveauté du monde s’inventait chaque jour.

 

Tous avaient la fierté de ne rien devoir, ils ne ressentaient nullement le manque des biens essentiels à d’autres, de toute leur vie, ils n’avaient rien voulu posséder de plus que le plaisir de mener à bien leurs projets imaginatifs, et ils en trouvaient toujours les moyens, seuls ou à plusieurs.

 

Il y aura toujours en haut de la pyramide un groupe restreint de personnes pouvant satisfaire à ces besoins de consommation, écrasant une masse plus importante de gens qu'on ne pourra jamais satisfaire, mais dont le mode de vie autonome aura été irrémédiablement saccagé.

 

Les sociétés plus traditionnelles détruites à coup de guerres contre l’axe du mal se considèrent comme un élément d'un tout abondant où l'être humain a dû apprendre l'art de vivre avec la nécessité, nous venons de là, avec une fierté et une mémoire, cela ne pourra être effacé.

 

Quelles que soient ses mémoires parallèles, cela c’était toujours passé ainsi, Arthur se souvenait très bien, dans tous les lieux où les pauvres s’étaient assemblés dans le déroulement de sa vie, depuis sa tendre enfance, les tables étaient joyeuses et inventives.

Sa vie avait été cela aussi, une suite ininterrompue de fêtes débouchant sur de nouveaux projets, comme les étoiles majeures de la voie lactée, attentives, développant les richesses intérieures et l’expérience humaine de chacun, explosant en des myriades chaleureuses.

 

Le développement économique n’est pas la clé permettant de soulager la pauvreté, les taux de mortalité infantile et la faim sont excessivement élevés dans les pays les plus gros producteurs et exportateurs de protéines au monde, tout cela ne profite qu’aux marchands d’armes.

 

Les États-Unis sont la puissance économique mondiale, en apparence indépassable, mais les statistiques gouvernementales indiquent que de 30 à 40 millions de personnes vivent au-dessous du seuil de la pauvreté fixé par le gouvernement fédéral de leur Union.

 

Créer plus et en avoir davantage, mais de quoi et pour vivre comment, la pauvreté n’est pas un problème, c'est parfois une calamité pour le démuni moderne dont on a détruit tout le mode de vie et les moyens de le protéger au nom du progrès économique, sans le remplacer.

 

Par exemple, que doit faire la société pour assurer que les gens accèdent à l'éducation et aux soins de santé, qu'ils aient à se loger décemment selon leurs vœux, qu’ils puissent avoir une activité correspondant à leurs aptitudes, et leur manière de vivre dans le sens de leur histoire ?

 

Qu’est-ce la civilisation, qu’est-ce le progrès, qu’est-ce le bien-être, qu’est-ce le bonheur, finalement, censé être le but des deux premiers, dans le métro des grandes villes, les odeurs d’urine sont devenues chose courante depuis plusieurs années, l’odeur du progrès ?

 

Sans abris, désespérés totalement, murés dans un mutisme choisi ou drogués des vapeurs de l’alcool, êtres humains tombés dans la déchéance, produits les plus fins et les plus aboutis du développement mondial, fleurons de l’économie de marché, pour leur marcher dessus.

Poivrotes, sorties de la vraie vie, trimballant leurs gros sacs avec tous leurs vêtements, leurs objets, leurs souvenirs peut-être, jeune homme de dix-huit ans faisant la manche, mis à la porte de chez lui, habillé propre, venant d’interrompre sa Terminale, sans domicile ni travail.

 

Commencent à être pris en compte des indices comme le nombre de suicides par habitant ou le nombre de crimes, dans le calcul mathématique et statistique des Nations Unies pour mesurer le degré de développement d’un pays, impossible à masquer, seule augmente la misère.

 

En dehors de la misère et de la souffrance sociale la plus insupportable, nos sociétés modernes ont l’arrogance d’avoir la satisfaction de produire le nombre le plus élevé de tous les temps de psychopathes, tortionnaires et destructeurs supporté par la Terre, de nouveaux guerriers.

 

Nos souvenirs sont semblables, tous peuples confondus, ce qu’il en reste, le temps passe, mais ils demeurent enfouis au plus profond de notre être, ils deviennent la richesse du pauvre, de l’humain n’ayant pas fait l’histoire officielle, seulement son histoire, pour l’amusement de ses proches.

 

Histoire de petite épicerie, bureau de tabac, cabine téléphonique, de grands-pères cultivant les terres, les vignes, il avait deux vaches, un cheval, des porcs, des poules, des lapins, plus loin des chèvres, beaucoup de travail, et le champ derrière la maison pour se reposer, à l’ombre.

 

Depuis le début de leur installation agricole, Arthur avait vécu dans le royaume des pauvres s’entraidant parce qu’ils savent que c’est leur seule richesse et leur seule chance de maintenir à flots le peu dont ils disposent, leur nécessaire, vingt ans plus tard, rien n’était trop tard.

 

La pauvreté était inscrite en lui depuis les temps immémoriaux, et cela n’empêchait nullement d’être fier, la valeur d’un Homme était nettement dissociée de la valeur de ses biens, comment vis-tu, que sais-tu faire, es-tu brave, trahis-tu tes amis, sais tu boire, as tu faim ?

Cela semblait bien plus simple, la vision d’autrui ne s’attardait pas à l’accoutrement vestimentaire, on saluait d’abord, et lorsque l’on ne connaissait pas, on commençait par accueillir, et l’on écoutait, d’où viens-tu, que veux-tu, entre, assieds toi, as-tu mangé ?

 

La richesse du pauvre se tenait toute là, un repas se partage facilement et à tout moment, pas besoin de rendez-vous, pas besoin de calculer ce que cela peut rapporter d’être bien avec celui-là, avec l’autre, nous allions manger, asseyez-vous, si, si, prenez le temps.

 

Même le pique-assiette le plus insistant faisait sourire d’arriver toujours aux heures des repas, mais il mangeait tout son content et les nouvelles circulaient d’une table à l’autre, l’espace social respirait, il y avait toujours un coup de main à donner ou à recevoir.

 

Mais le temps s’est perdu sous les regrets, sous les reproches des uns et des autres, lorsque cela subsiste ce n’est jamais pour longtemps, chacun reste chez lui, se désintéresse de son voisin ou le jalouse, les envieux abrutissent l’univers, empoisonnent l’air du temps .

 

La pauvreté conviviale disparaissant, ne restera plus que la misère, cela se passe déjà dans les grandes villes, en effet lorsque l’on dort dans la rue, sous une tente, les chances de partager un repas avec d’autres pauvres, de donner ou de recevoir s'estompent, alors les bénévoles s’agitent.

 

Le pauvre perdant la richesse de pouvoir vivre décemment avec le peu dont il se contentait, devient un pauvre pauvre, voici donc le retour des misérables des siècles passés, tandis que les goguenards pensant s’en tirer en tournant la tête deviennent pauvres lentement, mais sûrement.

 

La résistance efficace à l’océan de barbarie s’enflant de houle menaçante se situe peut-être à ce niveau, maintenir et redévelopper cette convivialité originelle des peuples, cesser d’être envieux des misérables ne possédant rien, pas même le sentiment d’être utile.

Les pauvres de maintenant voient leurs savoir faire dévalués par ceux là même en mesure de les revaloriser, mais préférant dépenser leurs surplus financiers dans de l’électronique superflue ou dans des vacances à l’étranger et n’ont plus les moyens de payer un travail décemment.

 

Or cela entraînera leur propre appauvrissement à brève échéance, par ricochet, lorsque les revenus baissent massivement, l’économie de toute une partie de la population chute également et finalement les ventes de biens industriels, autant se préparer à être de joyeux pauvres.

 

Car nous allons être de plus en plus nombreux à devenir pauvres, cela pourrait être une bonne nouvelle si cela relance les réflexes ancestraux de solidarité, les moments conviviaux, et l’inventivité liée à la débrouillardise, ce serait plus facile à vivre, il faudra quand même certains efforts.

 

Les habitudes ne sont elles pas déjà prises et ancrées dans le fonctionnement profond de chacun depuis trop longtemps pour pouvoir revenir en arrière, les rancoeurs liées aux comportements odieux de l’individualisme s’effaceront elles, pas d’elles-mêmes, il faudra s’y mettre.

 

Les impulsions des organismes et des institutions retrouveront elles la clairvoyance et l’efficacité qu’elles ont pu avoir en d’autre périodes historiques, les dernières nouvelles du monde politique tous bords confondus ne sont guère réjouissantes, ils ont abandonné.

 

Alors qui résistera, qui aura l’intelligence collective de s’y mettre, de revenir à la considération des individus de la société débarrassée de tout fumeux souci d’intégration, on n’intègre pas une majorité dans une minorité,  riche de biens mais pauvre de valeurs, handicapés.

 

Les plus grandes avancées sociales et de justice ont toujours eu lieu lorsque les plus puissants ont eu la certitude d’y réaliser d’énormes profits, où en sont-ils, notre avenir et celui de la planète est définitivement entre leur mains, c’est très inquiétant, nous les savons sans état d’âme.

Il ne serait peut-être pas inutile de songer à se passer d’eux et à faire notre monde de pauvres, à redevenir autonomes, et à réapprendre ce que nos aïeux savaient si bien faire, vivre sereinement du fruit de leur labeur, se contenter de peu, et que notre joie demeure à jamais.

 

Arthur se sentait à nouveau prêt à mordre la vie, depuis bien longtemps il ne s’était pas sentit aussi bien, ainsi en avait-il été dans sa vie à tant de reprises, mais cette fois il n’y avait pas de lutte à mener, pas de politique, juste vivre, pleinement en accord avec lui-même ,son histoire, ses anciens.

 

Le printemps tardait à arriver, mais le soleil poussait les nuages plus souvent, et les premières violettes avaient éclos, les primevères étaient en bourgeons, l’air se réchauffait peu à peu, même l’herbe maigrelette semblait plus verte, tout semblait prêt pour une nouvelle saison.

 

Nous ne pouvons pas intervenir ailleurs que dans notre environnement immédiat, et la tâche est déjà immense, mais en y réfléchissant bien, c’est bien là le moins compliqué, ces moments font du bien et nous embellissent, c’est notre sel, pourquoi faire l’économie de plaisirs partagés .

 

Les temps actuels de haute concurrence verront se multiplier les besoins de pouvoir prendre le temps de souffler, de se poser dans un abri chaleureux, le temps de partir de soi, de se ressourcer, de redécouvrir la lenteur du temps, de se demander ce que l’on ferait si l’on en avait le temps.

 

Avoir le temps de se promener, de s’intéresser, d’apprendre le nom d’une plante, de constater la lenteur de pousse des légumes et celle des soins nécessaires que nous prenons le temps de leur apporter pour assurer leur développement et le nôtre, se donner du temps et avoir du bon temps.

 

Faire son jardin, l’imagination sollicitée pour tirer de soi-même de nouvelles idées d'installation, il y a création perpétuelle et renouvellement au gré des saisons et des années, le jardin est à l’image de son auteur, repose et embellit l’existence du jardinier, et du jardin, on passe à table.

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