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Publié par Christian Hivert

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Car Saint Denis, aux portes de Paris, ne fut pas seulement la ville des sépultures royales et de la Basilique, ce fut aussi une ville de campements d'immigrés. Elle vit naitre Mendes, héros de notre histoire contemporaine à la fin du siècle dernier, ­­alors que le monde sortait juste de ses charniers périodiques.

Il n'avait pas encore basculé comme maintenant dans la triste et fade barbarie des puissances indétrônables. Les villes avaient juste été massivement bombardées, et les camps de population exterminés comme cela en était l'habitude depuis la découverte de la poudre à des fins guerrières.

On avait désormais coutume d'appeler « Le monde moderne » la grande machine à broyer qualités et destins, pour produire les médiocrités normalisées chères aux consommations ordinaires de marchés uniques. Ses grands exterminateurs s'étaient réunis et s'étaient répartis les tâches et les pays.

Ceux qui avaient financé le parti Nazi récidivaient en finançant les partis politiques créateurs et initiateurs d'une grande entité supranationale, future gestionnaire d'un réel fade et sans valeur, « l'Europe », en guise du monde détruit par voie de guerre, de torture répandue et de carnage.

De l'autre côté du grand chantier, finissant sur le site de l'ancienne voie royale, était la ville historique, et le Bel Air un quartier résidentiel proche d'un ancien bidonville. Là vivaient les générations les plus jeunes d'ouvriers et de manœuvres originaires et déracinés des pays pauvres du Sud.

C'est dans ces ruelles étroites et ces passages que Mendes avait grandi et fugué. Simon s'était entiché de ce jeune adolescent et avait demandé au Père Hervet, responsable d'une communauté d'éveil à la vie religieuse à Cachan, et éducateur de nuit, de l'aider à en avoir la garde, il fallait convaincre USINE.

Devant Arthur le quartier Bel Air, pas encore devenu si coquet et réservé aux catégories installées et autorisées de la population que de nos jours, arborait une série de maisons basses et mal bâties le long des ruelles délavées, abritant des familles entières dans un entassement pathétique, courant.

On avait pensé à construire une autoroute, mais on n'avait pas pensé construire des logements décents pour l'immense population de travailleurs venus des territoires anciens du sud de l'Europe et du nord de l'Afrique. Des logements pour quoi faire tant il était sûr qu'on les renverrait « chez eux ».

L'autoroute irait à Lille et Bruxelles que ses derniers constructeurs et leurs enfants ne seraient toujours pas logés décemment. Ils n'étaient pas venus pour profiter des bienfaits d'une décence ordinaire mais pour travailler pour un salaire moindre que le salaire minimum du pays les attirant, capturant.

Le bistrot était tenu par des Portugais, Arthur commanda une Sagres en souvenir d'un passage en vacancier au Portugal. Que restait il de portugais dans l'histoire que pouvait vivre le jeune Mendes, la Portugaise c'était sa mère, et encore, elle était arrivée en France à l'âge de seize ans, quinze ans plus tôt.

Mendes aurait bientôt l'âge qu'elle avait à ce moment là. La dictature de Salazar était encore vive en ce printemps 1968 où Maria De Sousa avait franchi les deux frontières à pied. La dictature elle n'en connaissait que ce que leur faisait subir son père, soudard de l'empire colonial portugais.

Mais cela avait amplement suffit à motiver sa décision de fuir ce que l'on nommait un pays et dont elle ne connaissait que la boue des petites exploitations fermières de Sao Joao, du côté des petits villages pauvres d'artisans et de petits manœuvres agricoles exploités et méprisés par les notables.

Pour imposer une telle misère sans espoir d'en sortir il fallait une dictature haie et crainte dans les moindres souplesses de la vie, les villages étaient moroses et angoissés depuis si longtemps, et la redoutable PIDE chassait le rouge et le contestataire sur la moindre parcelle de boue.

Arthur était un jeune français assez ignorant du vécu des travailleurs étrangers raptés à la misère de leur pays d'origine et conviés à bien vouloir subir de leur plein gré des conditions d'exploitation à peine meilleures, pour la gloire et la puissance nouvelle des sociétés conquérantes et tortionnaires.

Arthur était un des principaux initiateurs et animateur du squat de punks et d'autonomes de Montreuil, U.S.I.N.E., déjà dès ses débuts haut lieu de passage de tous les punks et marginaux politisés de la capitale, de tous les révolutionnaires et des résidus de l'Autonomie Parisienne.

U.S.I.N.E., cela voulait dire Utilisation subversive des intérêts nuisibles aux espaces. Cela contenait presque l'entièreté du programme échevelé des occupants de cette bâtisse de quatre niveaux de cent mètres carrés, les Négresses n'étaient pas encore Vertes et la Mano s'appelait  « Hot pants ».

Mais c'est dans ce lieu qu'ils se rencontrèrent, à se demander s'ils préféraient avoir la main verte ou la Négresse Noire, ce fut la Mano Negra et les Négresses vertes, et tous ceux qui n'avait pas encore un nom aussi connu que de nos jours animaient les après midis et les nuits prolongées du lieu.

Dans la foulée du groupe autonome-punk « Les Bérurriers Noirs », toute une ribambelle de Skins Oï, de Punks, d'Autonomes et autres tribus tumultueuses, trainait ses Dr Martens et randjos de concert « Rock in squat » en manif houleuse. Manu Chao était un pote et Helno faisait les chœurs.

La dernière grosse manifestation organisée dans ce grand squat, ancienne entreprise d'exposition de meubles, avait été une journée portes ouvertes sur le thème de l'habitat des travailleurs immigrés, il y avait de nombreuses photos des bidonvilles de la région parisienne des années soixante dix.

Il s'agissait d'éveiller l'attention du plus grand nombre sur les conditions désastreuses de vie imposées aux travailleurs étrangers dans l'indifférence méprisante de la société qu'ils venaient construire. C'était en soutien aux grévistes de loyer des foyers d'immigrés de Montreuil.

Les dits foyers de travailleurs migrants ayant été précisément construits pour absorber tous les célibataires immigrés habitant les bidonvilles au moment de leur résorption, et c'était devenu les plus gros trafiquants institutionnels de sommeil du pays, chambres spartiates au prix d'un appartement.

Cette manifestation d'information avait été un franc succès, tous étaient passés, les ultra convaincus bien entendu, et quelques voisins compatissants et démunis d'intentions. Jusqu'au « beauf » local tirant un coup de feu et risquant de tuer une gamine faisant la sieste sous le carreau explosé.

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