Partager l'article ! Maria De Souza: Arthur réfléchissait à tout cela seul devant sa Sagres en regardant les pas des autres chevaucher la rue. Enfin seu ...
Arthur réfléchissait à tout cela seul devant sa Sagres en regardant les pas des autres chevaucher la rue. Enfin seul, Arthur n'était jamais seul. Une jeune fille occupait ses pensées depuis si longtemps, blottie dans ses neurones, omniprésente, en conversation imaginaire perpétuelle, Dominique Premier.
"J'aimerais bien me réveiller le matin et ne pas t'avoir dans la tête, j'aimerais bien pouvoir marcher sans espérer que tu me regardes," "Mais avec qui parlerais tu? Avec qui confronterais-tu tes nobles idées, je suis en toi, une partie entière de toi, à vie, n'est-ce pas le plus noble amour?"
"Bien sûr Dominique, mais franchement j'aimerais aussi rien qu'une minute ne pas avoir ton visage en tête, j'aimerais tant de choses, que tu m'aimes, ou encore que je t'oublie." "On n'a pas toujours ce que l'on veut dans la vie..." "Oui, je sais, tu n'étais pas disponible, tu ne devais pas te disperser."
Maria ne savait pas écrire, elle avait fui la terreur que lui inspirait son père, elle se doutait bien qu'elle serait la prochaine à y passer. Dans la proximité familiale elle avait entendu ses sœurs se plaindre, gémir puis pleurer. Lorsque le capitaine paraissait, les femmes tremblaient, se soumettaient.
Les pauvres hères qui habitaient les baraques étaient sous-payés et envoyaient une partie de la paye au pays Jusqu’au milieu des années soixante, l’ensemble de la société française ignore presque totalement l’existence de ces milliers de nouveaux immigrés, ces camps d'invisibles.
La France exploite, ignorant les trafics et les hébergements indignes. La construction de la cité HLM des Francs Moisins en 1973, pour vider le bidon ville des ouvriers portugais pour la plupart venus construire l'autoroute A1, prendra des années de retard, dues aux atermoiements politiques.
Puis la précarité de leurs conditions d’existence, leur importance croissante dans certaines communes, dans certains chantiers, certains drames des voyages « o salto », commencent à sensibiliser la population française sur l’aspect tragique et dramatique de cette épopée humaine peu glorieuse.
Les articles de presse, les émissions de radio et de télévision se multiplient. Un film, « O Salto », sort en 1967 À travers un exemple parmi d'autres, Christian de Chalonge retrace l’histoire de ces hommes quittant leur pays en proie au régime dictatorial de Salazar et engagé dans des guerres coloniales.
Le Dr Antonio de Oliveira Salazar est opéré le 6 septembre 1968 d'un hématome intracrânien survenu lors d'une chute accidentelle. Puis dix jours plus tard l'état du malade s'aggrave, brutalement c'est le coma. Le Dr Salazar avait procédé, le mois précédent, à un important remaniement ministériel.
On s'attendait à voir apparaître, dans le gouvernement remanié, le nom d'un héritier politique. Il n'en fut rien. Le 26 septembre 1968, Marcello Caetano est nommé président du Conseil. Il s'engage à poursuivre la politique de son prédécesseur notamment dans la guerre relative aux colonies.
Plusieurs mesures annoncent néanmoins une ébauche de libéralisation : décret amnistiant les insoumis, accord de principe pour des réformes, remaniement ministériel, assouplissement de la censure sur les questions de politique intérieure. Les étudiants décident d'accélérer le processus.
Marx quitte la France en hâte et les rejoint, il se pensait bien plus utile dans son propre pays. Maria, à qui il estimait devoir la vie était en de bonne mains avec ses deux amis de cœur, elle savait bien se débrouiller. Il fallait s'attaquer au changement du monde pour tous, elle en profiterait aussi.
En octobre 1968 les étudiants portugais profitent du 58e anniversaire de la révolution républicaine pour manifester et réclamer plus de libertés. En novembre, ils manifestent encore à Lisbonne. Cette fois pour protester contre les sévices de la PIDE (police politique). Un étudiant en est mort.
Vingt jours plus tard, ils décident de boycotter les cérémonies de la rentrée universitaire. Ils réclament une université démocratique, critique, libre et ouverte au pays tout entier. En décembre, 5 000 étudiants de l'université de Coïmbra réclament une participation à la gestion de leur université.
À la fin du mois, 3 000 manifestants à Lisbonne en faveur de réformes de l'enseignement et pour le retour de professeurs exilés politiques. La police occupe, fin de décembre, l'École d'ingénieurs de Lisbonne pour déjouer un mouvement de grève. L'établissement est ensuite fermé.
La grève universitaire s'étend alors aux autres facultés et les étudiants de Coïmbra rejoignent le mouvement. On dénombre de nombreux blessés. Comme sous Salazar, on procède à des arrestations de militants de la Ligue d'union et d'action révolutionnaire (LUAR). Marx alors revint en France déçu.
C'était en 1970, les nouvelles du pays dégoutaient à jamais Maria d'y retourner. Une de ses grandes sœurs avait accouché d'un mal formé œuvre de son père. Pour elle la famille elle n'en avait pas, n'en avait plus. Même son premier petit, le frère de Mendes, avait été placé dès la naissance.
Elle avait eu la chance et l'honneur d'être la seule de la tribu féminine de son village d'origine dans le Nord du Tage à ne pas avoir été touchée par son père, un homme violent et alcoolique, rentré d'Afrique amputé du pied, et donc médaillé, et servant de supplétif à la police politique du régime.
C'était donc un homme important, médiocre donc puissant, donc à fuir ou à contenter. Maria avait préféré la fuite, elle était débrouillarde et savait obtenir des hommes ce que d'ordinaire ils échangent avec les femmes, sans pour autant ne rien dévoiler de son corps pas si beau, pas si laid.
Pour Maria, ses cabanes étaient devenues en peu d'années tout le monde connu, observable, vivable, admissible. De chaque bout s'étendaient d'autres univers sans intérêts peuplés de monstres inquiétants. Elle n'y mettait jamais les pieds, le pays étranger demarrait là, jusqu'au chemin de la préfecture.
De moins en moins souvent, elle avait obtenu sa carte de séjour longue durée de dix ans et les contrôles étaient nettement moins durs pour les portugais, européens et issus d'un pays ami que pour leurs cousins de galère issus du monde méditerranéen, et donc de la décolonisation toute récente.
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