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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

Img 0004Arthur se retrouva au milieu de la place, tenue massivement depuis l’expulsion du 2 Mai 1990, c'était l'heure du bilan de la journée du soviet de la Place, tenu par Jah'x au mégaphone. Ce jour il fut question de la direction de la lutte et des prétentions des associations de soutien à vouloir tout diriger. Arthur fut à nouveau applaudi.

Charly tangua vers lui, complètement éméché.

— Bravo Arthur, t'as dit ce qu'il fallait, on n'a pas besoin d'eux, on est assez grand, on n'a jamais eu besoin d'eux, c'est des politicards, c'est bien, vient boire une bière, y a tous les copains qui sont là, on va faire la fête, on va leur montrer la lutte, viens !

Arthur se mit à rire. Voilà ce qui ne passait pas dans les petites têtes bien arrangées des cadres des luttes et des cadres des métiers et des cadres de la société et des cadres de l'économie et des cadres de la recherche et des cadres de la politique. Ce qu'ils ne comprendraient jamais, l'improductivité.

Ces fêtes impromptues et ces grands moments d'euphorie, ces joies sauvages et ces rigolades sans fins, ces dérisions caustiques, ces rustres et ces sans manières les défiaient dans leurs respirations même et leurs beugleries meublaient l'inapparence de leurs vies exclusivement utilitaires, sans bénéfices fixés.

En temps que résidus humains inutiles au moindre processus de production d'ersatz de biens de consommation ou de services aux personnes, inutiles à la méga machine de la seule vision de ces groupes de naufragés faisant bombance leur faisaient remonter aux gencives le dégout de leur propre soumission.

Arthur en se bourrant consciencieusement de bières et de pétards fut enfin à un niveau d'euphorie habituel, entre les prémonitions efficaces et les résolutions fulgurantes et intuitives des problèmes de stratégies politiciennes, il venait de comprendre les buts et les enjeux, ils étaient cuits, le comité des mal-logés était mort.

L'objectif final n'était pas le relogement ou non des familles à la rue. Elles seraient relogées dès que l'autre objectif serait atteint. Et cet objectif était de museler le comité des mal-logés. Tout était prêt depuis longtemps. Sous couvert de solidarité, les organisations et partis prenaient pied, repéraient les plus faibles, se les assujetissaient.

Arthur interviewa Charly bien à point, il ne voulut pas lâcher le morceau. Il récita sa fable sans conviction.

— Ils m'ont assommé par derrière, je te jure Arthur, je n'ai rien vu venir, c'est des professionnels, on a eu des professionnels sur le dos, je te jure Arthur.

Allons, Arthur n'en crut pas un mot. Il n'eut pas le cœur de s'en prendre au vieux brisquard. Pour la Première fois de sa vie il serait relogé décemment et son loyer pris en charge par les allocations. Comment lui en vouloir ? Il ne faisait pas partie du comité, il sauvait sa peau.

— Il te trahit et tu ne lui en veux pas ?

— Dominique, toi tu m'as trahi, abandonné et je t'aime toujours ! C'est mon destin ! Depuis une certaine grande maison bourgeoise, je revois son perron à deux escaliers et son parc de gravier, je n'avais pas l'âge d'avoir des souvenirs d'abandon. C'était un problème de logement déjà, l'appartement de la belle mère n'était pas assez grand pour elle et un couple et deux enfants. Charly aussi était placé à la DDASS. Nous n'avons jamais su ce qu'était d'être trahi, nous ne connaissions pas l'autre version. Nous, nous sommes fidèles. Lorsque ma grand-mère est partie en maison de retraite, j'ai été présenté à mon frère, j'avais trois ans. Il n'a jamais voulu de moi ! Quand tu n'as pas voulu de moi, j'avais déjà un peu d'expérience. J'avais juste pensé pouvoir faire un ami correct, un ami dont on est fier, je demande trop.

L'appartement parental était trop petit du fait de son occupation à moitié par la belle-mère. Au moment des accouchements il avait fallu trouver une solution institutionnelle, ce fut la pouponnière. Ses souvenirs d'avant ses trois ans étaient emplis de cris effrayants d'enfants seuls au milieu de tous, cela fit une partie de sa vie.

Plus tard il fut mis face à son frère de deux ans son aîné. Il avait trois ans et avait dû créer une surprise mal préparée. Le grand frère lui fit payer toute sa vie une hideuse jalousie jamais maîtrisée et rusa de perversité et de machinations pour lui nuire et le dénigrer. Seule la séparation fit cesser les tortures, bien plus tard, il ne le revit jamais.

— Dans quelques années, de grands personnages viendront te faire réciter les termes de ta thèse recopiée sur celles de tes prédécesseurs. Tu devras donner l'impression de la nouveauté, il te faudra bluffer. Il te faudra faire ce que tu sais faire, te donner de l'importance. Ton nom sera cité, tu seras fière. Nous ne construirons plus que des gadgets dont il te faudra vanter l'utilité, ce sera ton travail, ta passion peut-être, tes évidences. Qu'aurai-je fait au milieu du sentiment de ton importance ? À ne pas vouloir de ce monde frelaté et de ses contrefaçons d'ordre et beauté, luxe, calme, et volupté.

— Arthur, arrêtes de réfléchir, tu réfléchis trop, il faut se reposer, prends une bière, tiens fume.

On lui tendit une canette de bière et un pétard. Oui Arthur réfléchissait trop. Oui, ils se faisaient couillonner. Oui l'amitié ni l'amour n'étaient des valeurs sûres dans ce monde de truands, sauf chez les pauvres, lorsqu’ils deviennent conscients.

 

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