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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

AssembléeAu détour d’une de ses allées et venues, Mendes et Simon un peu hilares lui firent signe de se joindre à eux. Il y avait encore un peu le temps tout le monde n’était pas encore arrivé, seul Charly Baston pérorait sa bouteille emblématique de « Malibu » au bec ; le concert sauvage des Bérus à Beaubourg en faveur des insoumis l’amusait.

— Viens fumer un pétard, ta réu est pas prête de commencer, y a Mendes qui voudrait te demander quelque chose, il a un service à te demander…

— Ah ouais, je peux faire quoi ?

Depuis que Mendes avait emménagé, Arthur laissait un peu faire les choses, afin de ne pas être trop présent et laisser les choses et les rencontres se faire sans interférer, et puis c’était l’affaire de Simon, bien plus que la sienne.

Le Juge l’avait reçu en compagnie du père Arthur et lui avait sans difficulté confié l’enfant pour son hébergement. Simon n’apparaissait même pas dans le dispositif, sa présence était connue sans plus, pour l’heure Simon s’occupait de tout ce qui était technique et Arthur attendait que la curiosité envers le fugueur s’émousse.

Arthur aimait bien fumer avant une réunion ou une assemblée, cela le désinhibait, sinon il eût été trop timide. Tandis qu’avec un bon petit matos ramené par Simon de la Courneuve il se sentait prêt à affronter toutes les grandes gueules et faire triompher le point de vue d’une action collective et constructive, dans le sens d’une résistance.

— Elle va habiter là Virginie ? Elle est super jolie ! Mendes oscillait entre le rose et le rouge tranché ; il avait fumé et avait les yeux du lapin tapi dans le noir.

— Bien sûr Mendes, mais quand tu la connaitras mieux tu pourras le lui dire toi même, en direct, c’est toujours mieux en direct ces choses là, cela ne me regarde pas…

— Oui, non, mais tu peux toi, si tu veux… le môme bafouillait ; sa demande n’était pas bien claire et Arthur tendait l’oreille.

On lui tendit le pétard, cela lui fit du bien – d’avoir couru de réunion en réunion, sans compter les apéros, et toutes les discussions – ; il commença à se détendre un peu et Simon poursuivit : l’affaire était rôdée, on lui confiait une mission qu’il allait devoir refuser, le moufflet avait quinze ans maintenant et c’était l’âge de la majorité sexuelle.

Mais Arthur n’avait aucune envie de se faire l’entremetteur d’une quelconque relation. Il résista, mais il résista mal. Les deux compères le rappelèrent plusieurs fois pour le faire revenir sur son refus de transmettre, pour son malheur, le trouble gagna Arthur, il finit par se demander pourquoi ce refus, ce n’était rien de demander.

C’est devant l’attitude attristé et vexée de Virginie qu’Arthur comprit, trop tard, l’offense était faite. Peu importe qu’il l’ait comprise sur le champ : il avait clairement vu le visage jusqu’alors radieux de la jeune femme blêmir  sous l’outrage qu’elle ressentait. Oh, s’il avait su résister à cette injonction de transmission d’une demande !

Mais les choses n’étaient pas si simples, ils étaient tous enrubannées d’idées contradictoires sur l’égalité des unes et des autres. Certaines femmes faisant partie des connaissances d’Arthur le revendiquaient au nom d’un droit à la jouissance. D’autres se dégoûtaient du sexisme qu’elles attribuaient au désir masculin.

Mais il n’y avait eu aucune injonction, juste une demande formulée à brûle pourpoint, un peu trop, sans nuances ; elle s’était sentie une proie offerte par les plus grands au jeunot du groupe, elle en avait blanchi sous l’outrage et la déception, Arthur était effondré. Virginie lui plaisait déjà pour toutes ses qualités, et ce quiproquo affreux.

Virginie ne resta pas un jour de plus. Le lendemain, la chambre était vide, désespérément et Arthur n’eut jamais l’occasion de s’expliquer de cette bévue : il ne comprenait décidément rien aux femmes, leurs désirs, leurs attentes, elles étaient toutes si différentes, certaines jouaient avec le désir de l’autre au nom de leur liberté.

Comment se revendiquer juste et valeureux, respectueux, quand tant d’éléments contradictoire entraient en jeu. Mendes avec sa maladresse d’adolescent sans culture lui avait demandé de faire une demande à sa place : c’était idiot ; et lui avec sa maladresse de jeune adulte à peine déniaisé s’était senti obligé de transmettre.

Le lendemain Virginie ne reparut plus jamais, elle avait repris le TGV pour Lyon en compagnie de la Fraktion Rock, de Kanaï. Arthur y repensa souvent, sacré pétard, il n’arrivait à se dire s’il était pardonnable, s’il était un salaud ; il avait cru que des femmes pensaient que faire l’amour était comme de boire un verre d’eau.

Il en connaissait au moins une qui le lui avait dit, elle avait ajouté : c’est beaucoup plus plaisant quand même, c’est comme un verre d’eau au milieu du désert sous les palmiers géants. Michèle lui avait livré son corps nu en lui montrant comment l’amener à l’extase ; un peu lubrique, un peu professeure, elle l’avait dépucelé.

Arthur était déçu de cette bévue, il n’avait même pas eu le temps de s’expliquer, de s’excuser ; il avait vu Virginie blêmir, puis rougir, puis son regard s’était durci : pour qui me prends-t-on, je suis un jouet dont on dispose ? L’équivoque était horrible, la faute lourde, le pétard avait obscurcit son jugement, il avait insulté Virginie.

Il ne pouvait pas réparer cette offense, il ne le pourrait plus ; dire qu’il n’avait rien en tête de méprisant ou de dévalorisant, qu’il n’avait vu cela que sous l’angle de rendre service à un jeune ado de quinze ans. Lui qui avait attendu d’avoir vingt quatre ans pour connaître ce délice ; cette époque véhiculait tant d’utopies et de quiproquos.

Au nom d’une prétendue liberté nouvelle des mœurs sexuelles certains tentaient d’asseoir une domination psychologique pour leur prédation personnelle du corps d’une autre, et certaines fustigeaient le désir masculin et le culpabilisaient dans toutes situations, ni les sexistes masculins ni les sexistes féminines ne laissaient de choix.

Chacun et chacune manipulant à l’infini tout le florilège des arguments nouveaux issus des réflexions de progressistes américains ou des mouvements undergrounds des années 60 et 70. Chacun se faisait sa tambouille de Norman Mailer et d’Amanda Kolontaï,  de Wilhelm Reich et de Simone de Beauvoir, de liberté et de patriarcat.

La seule chose qui comptât dans l’esprit de Arthur, en dehors de toute formulation de codes ou de morale, était la liberté de chacun et sa responsabilité dans l’usage qu’il pouvait faire de son corps, en toute circonstance. Il avait transmis une demande à Virginie, n’avait rien imposé ; elle s’en était offusquée : il regrettait son départ.

 

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