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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

022042011160530000000tunisie.jpgL'assemblée constitutive du futur mouvement Autonome dénommé le comité des mal-logés eut lieu ainsi parmi des gens ne se connaissant pas les uns les autres et partageant tous les mêmes difficultés de logement précaires. Dés le départ il échappa aux structures conditionnées. Cela fit peur, les calomnies se multiplièrent.

Tous étaient silencieux et écoutaient attentivement. Les discussions n'avaient pas été très longues. L'accord général sur le texte lu allait de soi, le militant faisait des pauses pour permettre la traduction en trois langues africaines. Le griot dirigeait les débats et traduisait les questions en français, retraduisait dans les langues africaines

Ce fonctionnement initial né de l'habitude de la palabre sous les arbres africains serait le mode d'organisation tout à fait original du comité et serait conservé jusqu'à son extinction sous les coup bas portés par les forces d'encadrement des luttes, créateurs d'une association rivale : on discute non pour convaincre mais pour se mettre d’accord.

Le texte de la charte fut lu, commenté et approuvé par l'assemblée initiale unanime. Il contenait tous les éléments d'un contrat moral, d'un règlement intérieur. Il fut la référence constante et la plate forme revendicative des mal-logés parisiens de 1986 à 1994 ; ensuite des militants directoriaux sabotèrent tous les acquis obtenus.

Arthur était aux anges. Enfin un mouvement avec des intéressés du Premier chef, des autos organisés. Ils allaient percer l'univers de soubresauts profonds qu'aucun révisionniste de l'histoire ne pourrait effacer, quelque soit son intérêt politique et égotique du moment. La vérité était l'avenir du peuple, ses assemblés : sa force.

L'assemblée dura plus de deux heures. Les Autonomes Alternatifs habitués des concerts finissaient d'installer leurs équipements. Le boulevard se remplissait de nouveaux, venus aux informations. Les policiers flirtaient avec les trottoirs avoisinants. L'ordre régnait, les pauvres démontraient leurs capacités autonomes à s’organiser.

Dans les échanges courtois d'un jour, Arthur réussit à contacter tous ceux dont le besoin se faisait sentir pour l'ouverture du nouvel immeuble. L'information étant donnée trop tardivement cela ne pouvait être revendiqué par le comité naissant. Tous s'y associaient, et la nuit venante s'y prêtait, Arthur se sentait prêt.

Après le concert Arthur filerait chez Béa à quelques stations de métro pour peaufiner les détails de l'opération. Tout le monde étant sur place et prévenu il ne suffisait plus que d'organiser l'éphémère pour une nuit d'agitation discrète et au petit matin dix familles logées et quinze célibataires, un 67 bis, sans les chefs, au 124 bd de Ménilmontant.

— Tu renquilles aussi sec toi ?

— Dominique c'est le moment. C'est le sens de la dérive. Jamais il ne faut mollir. Dés que la situation le permet. Je suis pour l'initiative. Je t'ai déjà perdue. Je n'ai jamais compris pourquoi. Je n'ai plus rien à perdre même pas la vie.

— Comme nous nous aimions !

Arthur quitta le concert avant le départ du dernier métro. Il lui fallait filer vite. Il avait plusieurs choses à régler chez Béa. Rocky l'y rejoindrait, Jean-Philippe également et l'équipe d'ouverture du nouvel immeuble. Tout serait fait au cours de la même nuit. Les familles de Maliens se tenaient prêtes pour le petit matin.

L'assemblée générale constitutive du Comité des Mal-Logés, bientôt dénommé par tous CML, avait été un grand moment d'émotion. Tous les mal-logés du quartier habitant les taudis et les chambres à douze lits des marchands de sommeil ou les hôtels meublés étaient venus dirent leur volonté de s'unir, de lutter ensemble.

Les militants tout vérolés de leurs prétentions organisatrices avaient été débordés par la vague spontanée. Pour le moment ils étaient sonnés. Ils se gobergeaient et tentaient de se faire voir un peu plus que la moyenne. La véracité des situations d'injustice sociale leur séchait le gosier, ne rentraient plus dans leurs théories estudiantines sur la misère des autres.

Le responsable autoproclamé du soixante-sept avait eu beau essayé de plastronner, ses dossiers des familles calés sous le bras dans son sage et éternel cartable de cuir marron clair : il n'était pas à l'honneur et n'avait rien à proposer publiquement. Il était loin de ses combinaisons téléphoniques discrètes avec les autorités.

Arthur s'était bien amusé. Le concert avait réuni toutes les catégories socioprofessionnelles chères aux doctorants en sociologie antimarxiste. Ce qu'avant Bourdieu on nommait simplement le prolétariat du quartier, la future base sociale Autonome du nouveau comité, ce que désormais on nommerait les « sans droits », pour les dissocier des autres.

Ceux que la presse depuis quelques années nommait les Autonomes, pour leurs prétentions abusives à constamment vouloir aller chatouiller les boucliers des C.R.S. en manifestation, étaient perdus au milieu et éberlués, se grattant désespérément les neurones pour récupérer l'histoire, présenter la chose dans leurs revues pour initiés.

Un jour ou l'autre on saurait par l'entremise d'une encyclopédie du révisionnisme de l'histoire à la petite semaine qu'un tel, maoïste depuis seize ans au moment de la dissolution de la Gauche Prolétarienne en 1973, chef d'organisation inexistante à ce moment-là, aurait été à l'origine de tout et que le comité était maoïste.

L'asphalte recouvrant les pavés parisiens se souviendrait. Ce jour-là nulle organisation politique constituée ne fut à l'origine de la constitution du comité des mal-logés. Seuls des pauvres et des inaperçus, des réprouvés et des réfractaires, des isolés et des déclassés, des exclus et des énervés, des adeptes des luttes autonomes.

 

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