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Publié par Christian Hivert

les-abeilles-ecole-militaire.jpg

Arthur tentait de faire le tour de toutes ces défaites, de tous ces renoncements, lui qui ne voulait renoncer. Il se faisait confident, il calmait les embrouilles ; tentait de convaincre d’une idée de classe, de solidarité. En réalité il était tout autant décalé là qu’en zone familiale. La dérive l’avait déjà mené au centre du marécage.

Pourtant il fallait quand bien même croire qu’ils étaient tous les fils et les filles du même destin. Lorsqu’il avait suivi les charmantes rondeurs fessières de ses deux beurettes favorites durant des semaines, dans leurs rendez vous de fabrication de leur journal : ils étaient partis tôt de l’appartement ce jour là, Reine folâtrait !

Ils serpentèrent dans les rue du 11ème et arrivèrent. Le type du rendez-vous était déjà attablé à une petite terrasse d'un bistrot confidentiel. Nora fit les présentations. Arthur fut affublé du titre honorifique de collaborateur de l'équipe du journal. Il s'en rengorgea, elles faisaient de lui un familier, il était en chaussons, dans leurs intimités.

Tout le temps de l'entrevue, Reine se laissa tiédir non seulement par les rayonnements solaires mais par des sensations enfouies depuis longtemps. Pour une fois elle échappait à son rôle habituel. Elle devenait mère, elle devenait sœur. Elle patientait après l'amitié, son sexe au repos, n’avait pour l’heure pas d’appétit de jouissance.

Celui-là serait son ami. Il faudrait un peu de temps, un peu de distance. Elle ne devait pas le toucher. Elle savait déjà pouvoir être tranquille, il ne la harcèlerait pas. Il était de ceux, si rares, pouvant sublimer leur désir. Il était brave et encore chevalier, elle se rendait à son hommage, Arthur était si visiblement puceau, charmant.

Tout à la fête de cette nouvelle naissance, Reine n'avait rien suivi de la négociation en cours. Nora paraissait bien s'en tirer, elle était enjouée et papillonnait sur tous les sujets. Le journal verrait le jour et elles auraient leur emploi. Un boulot calme, une certitude d'avenir. Elles assumaient cette image de beurettes audacieuses.

Reine pensait aux forces fondamentales poussant l'Univers. La poussaient-elle vers Arthur ? Il était trop tôt ! Ces forces dont procèdent tous les êtres vivants sans exception, du plus simple, l'unicellulaire, au plus complexe, l'Homme : elles assurent la permanence de la vie, sont le mystère, le ciment commun à tous.

Reine ne s'en servait que pour un plaisir lascif dont elle se sentait de plus en plus prisonnière. Et Arthur venait de débouler dans sa vie tandis qu'elle commençait à s'ennuyer entre les sexes de ses amants. Il saurait la comprendre, ne pas la juger, l'accompagner. Même de loin, il ne l'oublierait pas, il n’oubliait pas.

Si Arthur s'intéressait à elle – et c'était parti pour –, elle ferait de son sexe une œuvre d'art. L'énergie des natures et des dix mille formes entre le Ciel et la Terre. Dans la nature une seule vigueur baigne et fait frissonner toutes les créatures vivantes. Le rapprochement du féminin et du masculin, le sexe, la pulsation éternelle, l'extase sidérale.

Arthur ne savait même pas : il ne l'eut pas compris ; elle se serait sentie dévalué à ses yeux. Il était trop pur, trop sincère : il n'aurait pu supporter de la voir se piquer. Elle en avait désormais l'envie régulière et la possibilité, servie à domicile, en échange d'un corps à demeure, les voluptés désormais s’affadissaient.

Un pétard continuait sa valse hésitante entre les verres poisseux d'alcools, image de décadence. La terrasse était dans une ruelle déserte. Les damnés de la terre pouvaient bien attendre encore un peu. Son impuissance à comprendre ce monde amplifiait la nécessité d'agir avant de succomber à l'illusoire, Arthur fumait.

Reine connaissait son prix maintenant. Elle avait fini par se lasser de ses conquêtes. Cela lui paraissait bien insipide. La drogue remplaçait peu à peu l'adrénaline et Stupé parfois était drôle. L'arrangement était profitable. Aucun de ses amants n'avait jamais eu de rêve puissant, de rôle de mesure, sur le trottoir ou dans le caniveau.

La simple observation permet de constater que partout et en toutes saisons, ce n'est que parade amoureuse. Reine se voulait très naturelle, animale et gourmande, l'abeille et le champ de fleurs. L'Univers ne fait pas de manières. Elle avait voulu cette vaste orgie, cette union galactique. « Actuel » avait fait de ses sœurs des odalisques.

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