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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

arton851.pngReine ne se sentait pas d'échapper à la loi commune du monde économique visible ; voulant assurer son équilibre pratique des jours en toute tranquillité, la solution Stupé avait sa préférence. Sa haute connaissance des distributeurs de produits dopants avait emporté ses réticences Premières. Il la ravitaillait bien, elle le suçait bien.

Arthur était un chevalier, il pourfendait l'injustice. Il était saoûl, sortait d’une fête, et il se battait pour les autres, l'ordre du monde le concernait. Il lui parut bien souvent naïf, c'est à dire touchant. Jamais risible, il ne voyait pas les flétrissures des autres, leurs calculs, leurs hontes. Il ne subodorait aucune infamie, il était toujours confiant.

Stupé était une autre sorte de chevalier, aux antipodes. Revenu d’Afrique, de tout, blasé. Ses ventes d’épaves juste roulantes payaient ses frais. Il semblait un soudard dominant, un insoumis féodal. Ses principes n'étaient pas intangibles, il fallait bien vivre. Les choses ne sont pas si simples ; rien n'est jamais ni blanc ni noir. Plutôt défiant.

   Il se passe quoi en gros ? Vous faites quoi ?

Arthur expliqua posément le projet et l'état des réalisations, les inaboutissements et les nombreux contacts, les participations aux manifestations, la réapparition d'un point de vue Autonome sur toutes les luttes sociales du moment.

   Il va y avoir une réunion du collectif tout à l'heure dans une heure à peine, après minuit, vous n'avez qu'à rester, c'est ouvert, vous vous rendrez compte par vous-même, et ensuite en règle générale il y a un repas collectif qui se finit tard dans la nuit, c'est un peu la fortune du pot et l'auberge espagnole !

Plus tard dans la nuit, après leurs longues explications pour organiser leurs différentes manifestations de soutien, les canaques, les insoumis au service national, les grévistes de loyer des foyers d'immigrés et toutes les injustices que ce coin de terre pouvait porter, Arthur vint à elle ; elle trônait au milieu d’un canapé désossé.

Dominique Premier se fit un peu moqueuse, sa gentillesse avait quelques limites.

   Va, va mon grand, va t'agenouiller, elle repartira de plus belle avec son soutien économique, va la faire rire et placer ta tête sur ses genoux, n'ai ni honte ni fierté, va ! et Arthur ne s'y fit pas prier, ses cheveux caressés.

Reine fut touchée, troublée ? Elle n'en fit rien paraître. Sa main machinalement faisait des allers-retours sur les boucles brunes de celui qui ne serait jamais son amant :

   Ça va toi ?

   Ça va, passez nous voir plus souvent.

   Nous avons ouvert un squat vers les Vignoles, « impasse Poule », passe aussi toi !

   Je viendrai.

La réconciliation fût des plus simples, rien ne fût dit ni rappelé. Ils étaient amis, le vœu de Reine s'exauçait. Arthur acceptait Stupé, il n'était pas jaloux et ne souffrait pas. Arthur était un preux. Dominique Premier s'esclaffa :

   Un joli spectacle vraiment ! Qu'en retires-tu ?

   Rien, je suis bien.

Quand Arthur se releva, Reine le sentit reposé comme après cent ans de sommeil. Les petits riens sont parfois les plus efficaces. Stupé sourit finement, au moins il ne se moqua pas. Les réunions étaient finies, la nuit commençait dans le tumulte des fêtes de USINE, les bandes préparaient un projet de concerts hebdomadaires.

Arthur fut ce jour là en haut et en bas, dans le fond des ateliers et aux commandes de la gazinière, riant fort aux éclats avec chaque nouvel arrivant, au courant des moindres embrouilles, tourbillonnant dans ses éléments essentiels, accordant les uns et maîtrisant les autres ; son énergie dopée à sa fusion amicale avec Reine.

Il fut vite trois heures du matin et Stupé démarrait un chantier le lendemain. Ils leur fallu partir. Arthur attira Reine à lui et la serra de manière douce ; il n’était plus véxé, elle était libre. Elle fut heureuse. Stupé les observait faire amusé. Sur ce terrain, il n'avait pas de condescendance. Il rendait hommage à la véracité d'Arthur.

Nul doute que le jeune puceau enragé et naïf avait bien grandi. Ils étaient à peine deux ou trois à le seconder efficacement et le lieu fonctionnait dans l'effervescence. Par moments des types se levaient et calmaient les agressifs. Stupé fut impressionné, il le dit ; Arthur se demandait bien comment un tel inactif pouvait avoir un tel avis.

Reine lui avait montré un jour un dessin autoportrait où dix silhouettes d'hommes tenaient leur sexe en main autour d'une jeune fille à genoux, vêtue d’une robe noire déboutonnée sur le devant, avec pour légende « Ils bandent tous pour moi ! » Elle en avait trouvé un enfin qui valait plus que l'usage pouvant être fait de ses organes érectiles.

C'était une émotion si agréable qu'elle eut immédiatement envie de s'envoyer quelques millilitres d'eau citronnée légèrement aromatisée dans son sang de Reine florissante et aimée. Stupé réclamerait sa gâterie, elle vivait bien l’échange vénal ; sexe contre drogue et rock’n’roll. Elle aimait le contentement du plaisir de Stupé.


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