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Publié par Christian Hivert

5.jpgCette fillette, au beau milieu des banlieues pavillonnaires et HLM où elle avait grandi, munie d’un père Directeur de banque et d’une mère artiste, d’un pavillon individuel et de vacances à l'étranger une fois par an, s'était longtemps cru privilégiée ; elle découvrit alors que sa vision du monde demeurait parcellaire.

Ce n’était là qu’un minuscule aspect des rouages implacables de la machine à reproduire et du déterminisme social, mais c’était précisément celui qui prenait corps devant elle et la hantait, tant elle avait de difficultés à s’adapter aux us et coutumes de ses camarades : tant d’assurance donnée par l’argent et son monde.

Le fait d’avoir grandie dans un monde protégé lui sautait aux yeux, et lui donnait le sentiment d’appartenir à une autre race. Jamais au grand jamais Mendes n'eut pu parvenir à une si grande compréhension de son destin que ce dont s'était imprégnée Myrtille dès son berceau, dans une confusion de savoir profus, d'insouciance.

Aucune limite ne s'était interposé entre ses désirs et leur réalisation si ce n'est son impossibilité logistique éventuelle ; à dix ans on la découvrait en train de dormir sous l'estrade d'un concert de rock'n'roll en court de démontage ; au petit matin des machinistes, on la ramenait aux parents la croyant dans sa chambre ou à l'école.

Myrtille s'était ennuyée. On a beau être progressiste, évolué de gauche, on souhaite le meilleur pour soi même et les siens et on se fout un peu des autres ; mais que dire à cette pré adolescente délurée lorsqu'elle décide qu'elle arrête ses études et qu'elle veut vivre sa vie comme elle l'entend à onze ans, parcourant les routes.

Apprenant de ses rencontres, leur fille voulait « On the road » et « Born to be wild » tout en un. Était-ce la fierté d'un précocité à l'aventure, était-ce leurs rêvasseries de Shiloms estudiantins dans l'attente de recevoir leurs diplômes d'études supérieurs ? Ils lui avaient tout concédé, le grand pavillon regorgeait des ouvrages de l'époque.

Mendes lui n'avait jamais su lire, de toute façons il n'en n'avait jamais perçu l'intérêt, si apprendre à lire c'est apprendre à trahir comme Marx l'avait trahi !

— Qu'est ce qu'ils savent faire de bien ceux qui savent lire ? Moi je sais me débrouiller tout seul dans la rue, je vais où je veux, là où il n'y a pas les flics…

Pour lui les flics c'était un peu tout ceux qui pouvaient tenter de le contraindre ou de l'asseoir à une table ou de lui apprendre comment il devait faire, il n'en avait pas besoin de ceux là ; cela faisait beaucoup de monde quand même, mais il les rusait comme il aurait rusé les flics. Il fallait être le plus malin : il était le plus malin.

Même dans leur squat de Punks, leur USINE, qu'est ce qu'ils croyaient ? Déjà l'autre le Arthur – un grande gueule celui là il avait commencé par ne pas lui donner les clés, il paraissait être le chef, beaucoup s'adressaient à lui-même ce Arthur il le ruserait, il était plus malin, et puis même Simon, qu'est ce qu'il croit ?

Mendes était toujours recroquevillé sur lui même à regarder cette étrange ballet de gros durs et de jeunets rebelles. Certains, certaines plutôt, lui plaisaient bien. Il y avait eu des échanges de regard, il avait retenu un prénom Virginie. Sans doute était ce le seul qui ressemblât à un vrai prénom, ou la jeune fille lui plaisait plus.

Il regardait le sketch insolite des deux inséparables Nono et Myrtille. Il était effaré, mais pour qui se prenaient elles celles là ? Elles prenaient des poses de magazine en se moquant, elles imitaient leurs mères, une enseignante, elles éclataient de rire comme défoncées. Mendes n'aimait pas ce genre, des bouffonnes, il n’en connaissait pas.

Myrtille avait laissé trainé son regard du côté du jeune boutonneux dont tout le monde parlait depuis une semaine, avec l'air de ne pas l'avoir vu, de rendre l'autre invisible par son regard survolant : alors on ramassait de la caillera et on les gardiennait sous les ordres d'un juge et d'un cureton, c'est des Autonomes ça ? Des éducateurs !

Myrtille savait si bien prendre l'air absent et cynique – la suavité d'un regard enjôleur au pli de bouche méprisant – ses provocations enclenchaient des bagarres, elle était fière, au cœur de l'embrouille ; ça commençait toujours à pogoter autour d'elle, et Nono avait ces reparties faisant mouche, elles animaient les concerts, les réunions.

Les bandes assoiffées de sons les plus durs et rauques ne manquaient pas de motifs les moins sérieux pour s'affronter plus ou moins hargneusement, pour la frime et le simulacre de bagarre ; cela démarrait le pogo, longue embrassade fougueuse de corps multiples, bleus et foulures à la clé, mais quelle éclate, défoncés à la sueur.

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