Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ne peut être vendu

écritures

la vie s'écoule la vie s'enfuit

 

Texte libre d'acces

 

Romans (Kahina, Destin majeur, De l'autre côté de la rivière, Ne peut être vendu)

Assemblée

Les mémoires d'un poilu de 14, par Gaston HivertLes mémoires d'un poilu de 14, par Gaston Hivert

brochure-comite-des-mal-log-s-1991Comite des Mal Logés:1991

DAL : les mensonges Dal : les mensonges

Les liens Opac du DAL Les liens Opac du DAL

 Réquisitions inflammables Réquisitions inflammables

NE-PEUT-ETRE-VENDU.doc NE PEUT ETRE VENDU:1984

de-l-autre-c-t--de-la-rivi-re.site.pdf De l'autre côté de la rivière

Pierre Selos

Les-cons-sont-la.mov Les-cons-sont-la.mov

19 Tout s'arrange Tout s'arrange

06 Piste 06 12 Deux

Quinze-ans.m4a Quinze-ans

Mon amour Mon amour

        Le passage, élté et Pierre

Possible n°9 Possible n°9

Bertrand Louart..etc

QECSI.pdf Quelques Elements d'une Critique de la Société Industrielle.pdf

Guerin-Pour-le-communisme-libertaire Guerin-Pour-le-communisme-libertaire

libre service

Publié par Christian Hivert

Photo-37.jpg

Dominique Premier en était si fière, elle seule était véritablement inoubliable, elle le savait si bien qu'elle en jouait souvent, Arthur se demandait comment cela pouvait se faire qu'à ce point leurs destins se soient trouvés intrigués et qu'elle ait fait le choix d'une autre voie, d'une autre vie.

 

Il en serait mort s'il n'y avait survécu, le souvenir des amertumes le figea un moment sur les dernières marches de l'escalier, elle avait ri de sa lettre maladroite de déclamation amoureuse, je suis très touchée, mais je n'ai pas les mêmes sentiments, le couloir avait fondu devant lui.

 

Soyons bons amis avait-elle poursuivi, mais il l'avait revu, mais elle l'avait évité, ignoré, elle en était gênée, elle en était marrie, elle en était dépitée, elle avait choisi la longue et studieuse route des universités, avait-elle fini sa faculté de mathématique, elle était toujours la Première?

 

Il mettait toujours une majuscule au Premier, tous les Premiers lui ravivaient la douceur et la tendresse partagée et interrompue, tous les Premiers étaient sa tristesse et ses joies remisées, Premier était Dominique, si enjouée, si câline, si lointaine, si absente, si inévitablement présente.

 

Il bougea lentement et pesamment un pied et respira fort, quand même au C.A.E.S. (Centre Autonome d'Expérimentation Sociale), elle avait fait fort, elle ne s'était même pas détournée pour s'intéresser un peu à ce qu'il devenait, d'accord les études c'est dur et long, mais quand-même.

 

Il finit par reprendre pied sur le palier du Premier et se retrouva dans la salle devant Narco tenant Reine par la main, il ne les avait pas vus rentrer, il se figea estomaqué, il ne les avait pas revus ni l'un, ni l'autre depuis la dispute avec les deux sœurs, Dominique Premier sourit, tu vois?

 

Oui, ma belle je vois, encore une qui n'est pas et ne sera pas disponible pour moi, pourquoi elles, pourquoi moi, j'en ai marre, je veux qu'on m'aime, je veux que tu m'aimes, je veux qu'elle lâche son Narco crétin, je veux que tu fasse tes études et que tu sois la Première, j'attendrais, tu es moi.


Arthur rentra dans la salle en se glissant comme un voleur dans une cave de nuit, pas après pas, prenant garde à ne déclancher nulle catastrophe cosmique, les yeux rivés sur sa nuit du désir, le regard obscurci d'elle, Reine agitait sa commissure molle de lèvre moueuse, elle parlait, elle vivait.

 

Pourquoi faut-il que je tombe amoureux de la fille dont tout le monde veut les faveurs les plus crues. Oui c'est une question des plus justes, Dominique Premier s'amusait, pourquoi tombes tu amoureux et les autres veulent jouer, dis-moi et moi, tu jouerais avec moi, si je venais vers toi?

 

Arthur eut le plus grand mal à incliner la tête pour saluer de loin, il s'efforça de paraître le plus naturel possible, le franchissement des cinq mètres le séparant de la table où ils étaient installés lui remua les viscères en tous sens et de la suée lui coula désagréablement des aisselles, c'était fort.

 

Les jeunes femmes t'émeuvent toujours autant, il n'y a pas que moi alors, Dominique Premier poussait la blague, mais voyons, Dominique tu n'étais pas disponible, tu faisais tes études, et au C.A.E.S. tu n'en avais que pour tes trois copains étudiants et ils me regardaient de haut.

 

Ils étaient peut-être timides, tu n'as pas beaucoup insisté, je ne veux forcer la main de personne, tu n'es pas resté longtemps seul, on peut dire que tu étais bien entouré, quelle tablée, mais je voulais être avec toi, tu ne m'as pas regardé, je fais mes études, je ne peux pas, ne m'en veux pas.

 

J'ai même cru que tu me snobais terriblement, tu t'es voulue tellement distante ce jour là, oui tu n'insistes jamais, n'est-ce pas, qu'as tu donc peur de subir, Dominique Premier avait cette attitude si souvent ironique, sans jamais rien indiquer d'interprétable vraiment, sybilline.

 

Arthur devait bien reconnaître que Dominique Premier, modèle unique de jeune fille n'eut pas été à sa place à fréquenter des Maxwell et à slalomer entre les coups rageurs de Doc Martens des petits punks énervés, son papa n'eut pas laissé ainsi végéter sa fille unique, œuvre de toute sa vie.


De toutes les barrières infranchissables tenant Dominique Premier au loin d'Arthur la plus difficile était le choix qu'elle-même avait fait, le rejetant dans les limbes de l'existence niée, sacrifié au bénéfice d'une réussite sociale future, inapte aux usages des mondanités des salons escomptés.

 

Arthur alors vivait avec le souvenir d'elle, en constante conversation, en partie double permanente, elle savait tout de de lui, de sa solitude et de ses peurs, il tâchait en toute occasion de ne pas la décevoir, de la même manière que si elle avait été présente physiquement, à ses côtés.

 

Dans les moments les plus difficiles et douloureux elle apparaissait rayonnante et enjouée, subtilement cajolante, pansait les pires de ses plaies, accompagnait les plus douteux de ses choix, acquiesçait à ses courages et ses faiblesses, encourageait ses combats, soutenait sa vie.

 

Le plaisir qu'Arthur avait pris du corps de Michèle offert avait été le sien, elle n'eut manqué le dépucelage pour rien au monde, cela faisait si longtemps que son Arthur l'attendait, cela lui faisait tant de bien, elle avait sourit à toutes les positions les plus salaces, elle n'eut pas offert mieux.

 

Mais alors maintenant cette Reine, là, à ne pas être disponible, n'allait-elle pas lui prendre la place, allons Arthur, tu ne réchaufferas jamais sa couche, tu n'as pas les moyens de te l'offrir, il te faudrait un revenu constant, tu ne pourras jamais l'entretenir, c'est pas pour toi, décroches.

 

Arthur était sidéré que ses prévisions les plus goguenardes sur les relations des deux sœurs avec Narco se trouvent à ce point réalistes, Nora partie à l'autre bout de la terre, Reine avait fait de Narco son assurance-chômage la plus sûre, elle le lui avait dit un jour, il ne l'avait pas crue.

 

Une matinée s'éternisant dans le studio de la rue Houdart, avec la musique de Tiéphaine alternant avec "Femme libérée" en boucle, Reine s'était approchée de lui, ironique, tu n'as rien à m'offrir toi, si je ne veux pas travailler, il faut que je trouve l'homme qui convient, ce fut Narco.

Commenter cet article