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Publié par Christian Hivert

francmoisin

 

Pour Arthur l’autonomie n’était pas un comportement à promouvoir, elle était en actes et non en paroles, et ces actes exprimaient ce qui paraissait naturel dans l’exploitation générale, agir d’abord par soi-même et pour soi-même et rien n'avait changé depuis les premiers temps du capitalisme et des empires. 

Il lui fallait bien tenter de se trouver une sorte de métier, de mission, puisqu'il réfutait tout l'ordonnancement mondial des sociétés productives de consommation et gestionnaires de consommateurs. Arthur avait cette utopie de vouloir changer le monde en n'y participant pas, en reniant ses règles, quel insensé.

On a beaucoup parlé d’autonomie dans les trente ou quarante dernières années comme s’il s’agissait de la naissance d’un mouvement spécifique, voire d’un courant de pensée, comme s’il s’agissait d’une revendication à inscrire dans un programme, d'un regroupement nouveau de partisans audacieux.

Arthur considérait que beaucoup de manières de faire se valaient et n'étaient pas en concurrence réelle mais étaient complémentaires, concourraient d'égale importance à faire advenir enfin cette société sans classe, où l'ordre des taches à accomplir serait décidé par tous au même degré d'autonomie et de liberté.

Les punks faisaient cela un peu partout en France, ils véhiculaient chez les plus conséquents d'entre eux quelques unes des critiques et des solutions les plus radicales de ce qui fut historiquement les revendications de la classe ouvrière en pleine recomposition mondiale sous la férule de la haute finance.

Il était bien clair que ni Arthur ni le moindre de ses compagnons du collectif U.S.I.N.E. n'avaient la plus petite intention de finir dans la tête et la peau d'un prolétaire exploité, mais ils n'allaient pas attendre que tous s'y mettent pour transformer les conditions de leur existence, trouver des solutions.

Un regroupement des punks les plus virulents du moment s'était créé à Lyon l'année d'Orwell, 1984, et s'était nommé la « Fraktion Rock Terroriste », formé de plusieurs groupes de musique, Les Haines Brigades, les Krapos Noirs, Kalashnikov, Purge 37, des dessinateurs, des photographes, des militants autonomes.

Rapidement ils autoproduisent un fanzine « Kanaï » dont le représentant permanent au squat U.S.I.N.E. se faisait appeler tout naturellement Kanaï, il était vêtu en permanence d'un pull over noir et rouge, tricoté par sa grand mère aux couleurs de ses convictions politiques, il faisait la liaison entre Lyon et Paris.

Lorsque l'on n'a pas de gros moyens financiers tout est bon pour gratter le nécessaire à son action. Kanaï venait donc régulièrement à Paris en  grillant le dur à l'ancienne. Des TGV avaient été inaugurés triomphalement trois ans plus tôt, il fallait bien s'en servir, il venait aux réunions plusieurs fois par mois.

Kanaï venait s'installer à U.S.I.N.E. avec ses papiers et ses interviews, tapait, coupait, collait, et portait son travail aux survivants des Imprimeurs Libres, des communistes libertaires gérant des coopératives ouvrières, et qui trouvaient toujours une place libre au milieu des affiches de leurs autres clients.

Le Fanzine ne coûtait donc rien à l'impression, puis il était diffusé à travers la France en utilisant les nouvelles possibilités ultra rapides, téléphoner au collectif récepteur du colis une heure ou deux avant en donnant le numéro du TGV et de la voiture où se trouve le colis, récupérer le colis en gare d'arrivée.

Kanaï était donc radical.

 Les nouveaux Ravachol ont abandonné la bombe pour la guitare! Le terrorisme est devenu musical, la violence est dans les décibels! Dans ses pages Kanaï parlait des groupes musicaux anarcho-punks, y mêlait des articles politiques et un dossier : racisme, armée, prison, sexisme, fascisme…

Il y a beaucoup à faire face à toutes ces crevures kakies, face à cette racaille gradée, face à leur ordre de merde, face à leur connerie immense, face à leur drapeau-torchon! L'armée pue la bière mais elle pue surtout la mort, le sang, l'anéantissement de la vie! Ils étaient insoumis, se voulaient libres.

Les défilés du 14 juillet ne sont que de viles mascarades tricolores derrière lesquelles se cachent la mort et sa faucheuse. Les monuments aux morts sont un culte à la charogne qui ne peut que nous prouver que l'Etat veut garder tout son pouvoir et avoir le dernier mot. Ils voulaient faire rugir leurs mots.

Tout ça est à détruire avant qu'il ne nous détruise! Le groupe avait déjà organisé un festival anarcho-punk en Ardèche : « Justice Zulu » et préparait l'organisation des concerts de Bérurier Noir et Haine Brigade pour les Journées Libertaires de Lyon, à leur manière ils le relatèrent dans leur fanzine, en étaient fiers.

Les 13, 14 et 15 juillet 1984 a eu lieu le 1er festival anarcho-punk des Rochains, près de Lamastre en Ardèche. C'était une des premières fois qu'un tel rassemblement avait lieu en France et pour un coup d'essai, même si tout ne fut pas parfait, on peut parler d'un succès, tout s'est bien passé.  Les concerts se déroulaient dans les ruines d'une usine attenant à une petite ferme, tout cela formant un décor bien chaotique, très propice à la musique punk. Bien entendu, les gendarmes avaient été prévenus qu'un rassemblement aurait lieu, si bien qu'ils s'étaient embusqués à 1km du lieu des concerts.  Un minimum d'organisation avait été nécessaire pour inviter les groupes, louer la sono, assurer le ravitaillement, sur place tout s'organisait de soi-même. Le passage des groupes, la bouffe, la buvette (chacun payait sans qu'un caissier vérifie tout), la vaisselle, le nettoyage, le rangement, se réglait ensemble. Sur place on pouvait trouver à manger gratuitement et à boire (payant pour rembourser les frais de la sono). On a enfin vu des punks passer un week-end ensemble, sans bastons, vols et autres conneries. Voilà, alors on espère recommencer cette année avec des groupes plus divers. Même si parfois des propos un peu vifs ont été échangés (la bière aidant) il n'y eut ni violence, ni vandalisme, ni vol de matériel. On a enfin pu voir des punks capables de créer, de réfléchir, de s'organiser, de vivre ensemble sans le climat malsain qui caractérise souvent les concerts punks. On reprend espoir...A ce festival participèrent de nombreux groupes appartenant à cette mouvance. Dans une salle improvisée, durant une longue nuit, French Letter, Kalashnikov, Purge 37, Haine Brigade, un groupe suisse Miscat, les Krapos Noirs et Trotz Allem se succédèrent dans une ambiance subversive. Dans l'après-midi il y eut aussi des projections de vidéos (Monty Pithon, Hara Kiri, un reportage sur les Misquitos). Par leurs prises de position, leurs déboires, leurs perspectives, les anarchopunks redynamisaient cette contestation urbaine, née à Londres vers 1976, au-delà de la récupération bouffonnière.

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