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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 13:40
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L'autoroute irait à Lille et Bruxelles que ses derniers constructeurs et leurs enfants ne seraient toujours pas logés décemment. Ils n'étaient pas venus pour profiter des bienfaits d'une décence ordinaire mais pour travailler pour un salaire moindre que le salaire minimum du pays qui les attiraient.

 

Le bistrot était tenu par des Portugais, Arthur commanda une Sagres en souvenir d'un passage en vacancier au Portugal. Que restait il de portugais dans l'histoire que pouvait vivre le jeune Mendes, la Portugaise c'était sa mère, et encore, elle était arrivée en France à l'âge de seize ans.

 

Mendes aurait bientôt l'âge qu'elle avait à ce moment là. La dictature de Salazar était encore vive en ce printemps 1968 où Maria De Sousa avait franchi les deux frontières à pied. La dictature elle n'en connaissait que ce que leur faisait subir son père, soudard de l'empire colonial portugais.

 

Mais cela avait amplement suffit à motiver sa décision de fuir ce que l'on nommait un pays et dont elle ne connaissait que la boue des petites exploitations fermières de Sao Joao du côté des  petits villages pauvres d'artisans et de petits manœuvres agricoles exploités et méprisés par les notables.

 

Pour imposer une telle misère sans espoir d'en sortir il fallait une dictature haie et crainte dans les moindres souplesses de la vie, les villages étaient moroses et angoissés depuis si longtemps, et la redoutable PIDE chassait le rouge et le contestataire sur le moindre carré de boue.

 

Arthur était un jeune français assez ignorant du vécu des travailleurs étrangers raptés à la misère de leur pays d'origine et conviés à bien vouloir subir de leur plein gré des conditions d'exploitation à peine meilleures, pour la gloire et la puissance nouvelle des sociétés conquérantes.

 

Arthur était un des principaux initiateurs et animateur du squat de punks et d'autonomes de Montreuil, U.S.I.N.E., déjà dès ses débuts haut lieu de passage de tous les punks et marginaux politisés de la capitale, de tous les révolutionnaires et des résidus de l'Autonomie Parisienne.

U.S.I.N.E., cela voulait dire Utilisation subversive des intérêts nuisibles aux espaces. Cela contenait presque l'entièreté du programme échevelé des occupants de cette bâtisse de quatre niveaux de cent mètres carrés, les Négresses n'étaient pas encore Vertes et la Mano s'appelait "Hot pants".

 

Mais c'est dans ce lieu qu'ils se rencontrèrent, à se demander s'ils préféraient avoir la main verte ou la Négresse Noire, ce fut la Mano Negra et les Négresses vertes, et tous ceux qui n'avait pas encore un nom aussi connu que de nos jours animaient les après midis et les nuits prolongées du lieu.

 

Dans la foulée du groupe autonome-punk "Les Bérurriers Noirs", toute une ribambelle de Skins Oï, de Punks, d'Autonomes et autres tribus tumultueuses, trainait ses Doc Martens et randjos de concert "Rock in squat" en manif houleuse. Manu Chao était un pote et Helno faisait les chœurs.

 

La dernière grosse manifestation qu'ils aient organisée dans ce grand squat, ancienne entreprise d'exposition de meubles, avait été une journée portes ouvertes sur le thème de l'habitat des travailleurs immigrés, il y avait de nombreuses photos des bidonvilles de la région parisienne.

 

Il s'agissait d'éveiller l'attention du plus grand nombre sur les conditions désastreuses de vie imposées aux travailleurs étrangers dans l'indifférence méprisante de la société qu'ils venaient construire. C'était en soutien aux grévistes de loyer des foyers Sonacotra de Montreuil.

 

Les dits foyers de travailleurs migrants ayant été précisément construits pour absorber tous les célibataires immigrés habitant les bidonvilles au moment de leur résorption, et c'était devenu les plus gros trafiquants institutionnels de sommeil du pays, chambres spartiates au prix d'un appartement.

 

Cette manifestation d'information avait été un franc succès, tous étaient passés, les ultra convaincu bien entendu, et quelques voisins compatissants et démunis d'intentions. Jusqu'au "beauf " local tirant un coup de feu et risquant de tuer une gamine faisant la sieste derrière le carreau explosé.


Arthur était un cérébral émotif, un pensif. Il tacha de se représenter ce que cela avait pu être, ces villages boueux de cabanes auto construites avec les déchets industriels des friches avoisinantes. Les photos des années soixante affichées à U.S.I.N.E. étaient en noir et blanc, cela rend tout plus triste.

 

Il tenta pendant un moment de superposer l'image à ce monde de couleurs et d'odeurs qu'il avait devant les yeux, imaginer les premières années d'arrivée en France de Maria De Sousa qui allait lui être présentée par Simon. Les barres de logements sociaux n'étaient pas encore construites.

 

C'était encore un chantier semblant prolonger le gigantesque village de cabanes de planches, palettes et tôles. Maria  avait failli brûler dans le grand incendie des Francs Moisins de Juin 1970, cela avait déclenché les contractions et Mendes était né cette nuit là, Maria transportée d'urgence à l'hôpital.

 

Les deux amis de Marx avaient été redoutables d'efficacité. Maintenant il n'y avait plus de cabanes, que des résidus noircis d'une occupation humaine misérable, des tas de vêtements fumants dans les matins désolés de l'horreur. Elle n'avait même pas été blessée. Ils avaient prévenu Marx.

 

Et Marx avait trouvé une chambre de bonne à louer, son alcôve plaisantait-il, à Barbes. Il était venu la voir à l'hôpital du plus vite qu'il avait pu. Elle était devenue sa petite sœur. Il l'avait prise sous son aile depuis qu'elle l'avait sauvée du capitaine tortionnaire de la PIDE, il l'avait aidé à fuir.

 

Encore il lui avait trouvé cette petite case au bidonville des Francs Moisins, sous la protection amicale et bienveillante des deux amis qui s'aimaient beaucoup et avaient fui l'homophobie agissante des vieilles populations fortement imbibées de préceptes religieux et promptes à l'opprobre.

 

Le pays où ils débarquaient était entièrement dirigé par tous ceux qui avaient collaboré avec l'occupant Allemand, pas parce qu'il était Allemand mais parce qu'il était Nazi, donc violement anticommuniste. La parenthèse résistante de l'après guerre était refermée, les colonies bouillaient.

Par Christian Hivert - Publié dans : Les chevaliers ivres : II Destin majeur - Communauté : les anti-capitalistes - Ecrire un commentaire
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