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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

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Allez, ne soit pas triste enfin ! Tu sais bien que tu plaisais, tu nous as toutes plu ! J'en étais atrocement jalouse ! Elles se sont toujours collées à toi voyons ! Soit patient, il y en aura forcément une ! Tu ne fais pas beaucoup d'efforts non plus !

   Faire des efforts, c'est tromper, c'est dominer !

    T'es bête.

Cette conversation, permanente lui semblait-il, avec cette jeune femme qu’il avait connue jeune adolescente cherchant à se grandir, celle-ci précisément qu’il eut souhaité être sa femme pour les nuits et les jours de toujours, cet imaginaire obsédant parfois le soutenait, parfois le perdait, souvent l’amusait.

Les réveils de Arthur et de ses compagnons étaient la plupart du temps extrêmement tardif étant donnée la difficulté qu’il pouvait y avoir à gérer leurs sommeils nocturnes en bons père de famille ainsi qu’il est stipulé sur la majorité des baux de location de l’ordinaire de l’habitat populaire.

Mais ils n’avaient pas là le moindre bail, ni même l’intention d’en demander à quiconque, ils étaient là par la volonté de la réappropriation prolétarienne et n’en sortiraient que par la force de l’autorité oppressive du capitalisme monopolistique de l’État aux ordres de la bourgeoisie financière mondiale.

Du moins c’était ce que leur avait expliqué un indien métropolitain internationaliste d’origine italienne et, par les voies de la conséquence de la défaite politico-militaire du prolétariat italien conscient et agissant par son avant garde organisée, réfugié ; on ne le savait pas encore, protégé.

C’était donc un statut qui leur interdisait de vivre une petite vie bourgeoise, avec des nuits pleines et des sommeils réparateurs permettant de faire face aux demandes d’énergie nécessitée soit par les projets en cours ou par leur course à divers ingrédients leur concédant une survie immédiate un peu confortable.

Même François des Béruriers Noirs il voulait habiter avec eux en sortant du squat historique « Botzaris », qui laissera au service d’ordre politisé du groupe son nom « les bozos », que tous prononçaient Botzos s’enquérant des habitudes des occupants renonça ; il se levait matin pour son travail.

Et d’autres, dont la place était réservée en tant que participant au collectif d’ouverture et de maintien des lieux, fuirent ou n’insistèrent pas : une fois le sol de leur chambrée était maculée de déjections du chien d’un punk de passage, l’autre fois le lit était inondé de pisse d’un punk cuvant sa bière.

Après avoir bien maugréé et lutté de manière totalement isolée et inefficace sur la question du sommeil de nuit, Arthur rodé depuis des années au changement de métabolisme lié au sommeil diurne il avait été veilleur de nuit durant des années afin fini par adapter ses horaires à l’allure souveraine.

Il vivait la nuit, comme beaucoup. Cela modifiait sensiblement ses réseaux de connivences habituelles, mais permettait de ne rien perdre de l’ancien tout en se confrontant à un nouveau aventureux. En général et depuis peu, la décision se prenait après leur repas collectif du soir, en fait leur déjeuner.

   Bon qu'est-ce qu'on fout, on sort ?

   T'as une idée ?

    Non, on verra bien!

   L'aventure, c'est l'aventure!

   C'est ça allons voir les lumières bleues!

   Ah ils viennent de passer!

   Super, on ne les reverra pas avant une bonne heure!

    Allons! Couvre toi. gloussa Dominique Premier. Tu sais bien qu'après Stanford il y aura autre chose! Je commencerai une vie professionnelle trépidante! Où te caserais-je ? Tu serais malheureux! Je ne serais jamais là!

    Cela me suffirait!

    Je suis en toi, je suis toi, tu m'as à longueur de temps que pour toi!

    Je sais, je sais Dominique.

Ils filèrent pire qu'une laine nouvelle sortie de la quenouille ancienne à travers les rues désertes de cette nuit fatiguée de Montreuil-sous-bois. Là étaient leurs aventures souterraines, là étaient les substituts de leurs émois. Ils reviendraient fiers et vainqueurs, libres et insoumis, conquérants.

   Ne pose pas de questions, ne va pas chercher les fantômes dans les placards,

   Il n'y a rien à chercher ? Tu connais l'amour infini, si rare denrée. Tu ne vivras pas les gênes et les indignités ordinaires des couples avec moi. Quant aux fesses des jeunes femmes, Michèle pense que tu es doué!

Le plaisir qu'Arthur avait pris du corps de Michèle offert avait été le sien. Elle n'eut manqué le dépucelage pour rien au monde. Cela faisait si longtemps que son Arthur l'attendait. Cela lui faisait tant de bien. Elle avait souri aux positions les plus salaces, bonne joueuse. Arthur avait vingt quatre ans.

La rue de Paris était fraîche à leurs yeux et l'immeuble désaffecté souriait à leurs envies d'escalade. La descente de zinc semblait solide et les amènerait au sommet de leur curiosité. Arthur s'agrippa comme un singe, c'était son exercice de plein air préféré. Les cavaliers lui servaient de marche pied.

Dominique Premier lui sourit encore dans ses souvenirs. Du haut de ses quatorze ans et demi elle lui avait fait le rapport d'une matinée passée à Libé. Les mômes au milieu des bureaux, le débat permanent. Elle en était fière dans ses tissus mauves, son père l'emmenait là où peu de gens allaient.

Simon resta non loin au-dessous. Il sifflerait en cas de besoin, la boutique du rez-de-chaussée, poussiéreuse, semblait abandonnée depuis longtemps. Il faudrait aller faire un tour au cadastre pour compléter les informations visuelles par de probants papiers fiscaux indiquant propriétaires et adresses.

C'était il y a tant de temps. Le souvenir de cet amour tendre l'étreignait à chaque fois qu'il dépassait les marches descendant au local flambant neuf du journal libéral reniant son aventure gauchiste. Toi aussi tu les as suivi dans leur dérive Dominique ? Cela pouvait sans doute expliquer.

En trois poussées vigoureuses de jambe Arthur fut promptement au niveau du Premier. Il vit dans la clarté des réverbères municipaux l'espace dévasté d'un petit appartement abandonné. La fenêtre résistait à ses poussées. Il eut fallu casser. Sur rue il hésita, des bouffées oppressaient sa mémoire.

Car Dominique l'avait éconduit, prétendait ne pas l'aimer, ne désirait pas reprendre contact. Arthur espérait rêver d'elle car il savait que peu de temps ensuite il la croisait par hasard, une fois dans le métro, une fois au BHV, une autre fois à la FNAC, au loin passante et courtoisement désabusée.

Il poursuivit le cheminement du zinc jusqu'au toit. Il interrogea de la main, les pieds calés sur le dernier cavalier, serrant la descente de zinc de ses genoux, agrippant enfin une tuile par-delà l'obstacle de la gouttière, et parvenant à couler un avant-bras entier. Si la tête passait, le corps suivrait.

Arthur reconnaissait instantanément la démarche. Une fois ce furent des bribes assourdies de sa voix. Il avait couru dans les escalators, les couloirs du métro, après la silhouette. Elle était là devant, ne pas arriver essoufflé, se calmer.

   Dominique ?

   Quelle surprise dis donc!

    Ah mais oui, ça alors!

Lorsqu'il sentit l'équilibre précaire de ses bras supporter son poids sur le toit de tuiles, il prit son envol. Il lâcha ses pieds, détendit ses genoux et rampa tuile après tuile jusqu'à ce que son corps entier reposât sur du ferme, en pente douce et ferme, il se tourna sur le dos et offrit son front aux étoiles.

Et la surprise était à chaque fois de la plus cruelle des déconvenues. La belle et jeune Dominique Premier n'avait pas le temps de prendre un verre.

   Les études tu comprends, je suis pressée.

   Voici mon numéro de téléphone, tu m'appelles ? J'aimerais qu'on se revoie. elle n'appelait jamais.

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