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Publié par Christian Hivert

 

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Arthur se secoua de ses réminiscences, il se demandait parfois si ce n’était pas un handicap flagrant, de se trouver ainsi happé, par des histoires intérieures connues de lui seul, au beau milieu d’une action toute autre. Le père Arthur était arrivé au bout de la rue en compagnie de Simon, devançant Arthur et ses rêveries de quelques enjambées.

Ils faisaient face à une jeune fille incongrue dans cet espace de prostitution exclusivement masculine : elle avait une belle chevelure très volumineuse et bleue, « Fleur bleue » avait dit le père Arthur, avec son humour de jeux de mots ; il ne s’était guère trompé, cette très jolie fille était un garçon mineur ayant besoin de beaucoup d’argent.

   J’ai toujours été une femme, enfin une petite fille et puis une adolescente, mon corps de garçon, enfin d’homme je ne peux plus le supporter mon père, quand j’ai vu mes premiers poils pousser j’ai crue devenir folle, je me rasais tous les jours pour ne pas les voir, maintenant avec l’épilation hormonale ce n’est qu’une question d’argent.

   Mais donc là tu te diriges vers un changement complet et définitif de ton aspect physique ?

   Ce que je veux c’est que mon aspect physique corresponde à ma personnalité profonde, celle que j’ai toujours eue, je suis une fille et je veux être une femme, et je me moque que l’on nous traite de cinglées et que l’on nous ai rangées dans le DSM III de 1980.

Le père Arthur se retourna sur eux pour leur expliquer ce qui venait de s’échanger :

   Ah « Fleur », puisque tu n’aimes pas « Fleur bleue », et que l’autre prénom n’est que ton prénom de trottoir…

   Va pour « Fleur » mon père, quand je serai libre tu connaitras mon vrai prénom, mais « Fleur bleue », non vraiment mon père, c’est comme si vous me disiez que je ne suis pas raisonnable et que je vis dans un conte, je peux vous assurer que ce n’est pas un conte, mais un vrai combat, si je retourne au pays, on me tue, les médicaments me font pousser les seins et m’empêchent de bander, je me fais lapider direct, même pas bonjour…

   D’accord Fleur, je sais très bien combien ce n’est pas facile, et je te reconnais ton courage, Jésus ne te jettera pas la pierre et moi non plus…

   Jésus, Jésus, laisse le là où il est, je le prie, je le prie et il me répond pas, alors hein…

   C’est parce qu’il est trop en toi, tu n’arrives pas à l’écouter… mais Fleur laissons celà, je veux te présenter un nouvel ami qui rêvassait derrière, Arthur, nous avons le même prénom, il est nouveau, il a essayé deux nuit et puis il m’a rencontré, alors maintenant il vient m’aider à tourner dans la rue, cela fait du bien de parler, non…

   Tu es toujours le bienvenu père Arthur, je ne suis pas comme ceux qui ne veulent pas te parler, je parle à tout le monde, et puis je ne suis pas un mec avec leurs grosses couilles de merde qui leur remonte au cerveau, j’ai horreur de ma queue, je serai bien content d’en être débarrassée, et je ne suis pas folle, c’est comme si c’était une grosse verrue, c’est pas à moi… en plus ces mecs ils ne savent même pas me baiser…

   Fleur est très bavarde Arthur, bon, Arthur lui il est presque muet des fois, voilà, Arthur et Simon, ce que nous disait Fleur c’est que ceux et celles qui pensent que leur corps n’est pas adapté à leur personnalité psychique ont été rangés dans un truc qui catégorise les maladies mentales au niveau mondial, c’est le DSM III, c’est une sorte d’annuaire des troubles mentaux concocté aux États Unis en 1980, on y range beaucoup d’autres personnes, les homosexuels en sont sortis en 1973, mais le délire mystique y figure toujours… Bon, Arthur, Simon, un petit mot ?

Arthur s’avança doucement :

   Vous êtes bien jolie mademoiselle, j’espère que votre chemin ne sera pas trop dur et que vous trouverez de l’harmonie dans votre vie

   Père Arthur, vous me présentez des personnes charmantes, dommage que ma vie personnelle soit en friche en ce moment beau brun, je sens que je vais rougir…

Simon n’était pas dans son meilleur élément, les piques envers la masculinité l’avaient offusqué :

   Ce que je ne comprends pas Fleur, c’est que si tu n’aimes pas les hommes comme cela qu’est ce que tu fous là, et puis si tu changes d’avis après, si le corps d’une femme ne te conviens pas non plus, qu’est-ce que tu fais ?

   Alors toi Simon, mes félicitations, heureusement que je ne dépends pas de ta compréhension, tu ne te poses pas de question, t’es un mec, tu changes pas d’avis, t’es un mec, voilà c’est tout simple, je suis une femme, je ne change pas d’avis non plus, puisque je suis une femme, je ne veux pas devenir ce que je suis, je veux juste que l’on répare mon corps de sa maladie… de sa difformité… c’est sale…

Le père Arthur reprit les choses en main en interposant sa grande carcasse joviale entre ce début de courtoisie brusque :

   Bon, nous allons continuer notre petit tour Fleur, on se revoit la semaine prochaine, à moins que tu n’ais besoin de quelque chose d’ici là…

   File moi cent boites d’Androcur, mon dealeur est de plus en plus cher, et cent mille francs pour l’opé, après c’est bon, tu me vois plus ici…

Le père Arthur éclata d’un grand rire :

   Désolé, mes moyens ne le permettent pas, Fleur, sérieusement, tu passes à la communauté de Cachan…

   Bien sûr mon père, quand j’aurai froid… au revoir beau brun… dans quelques années peut-être… ah Simon, si tu les aimes les mecs, sert toit, y a ce qui faut, ils sont tous là aujourd’hui… Mon père une bise chrétienne…

   Oui, oui je t’embrasse Fleur…

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