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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

Fernand-copie.jpgPour l'heure cela faisait bien trois mois — tout l’hiver, et Février était glacial — que le projet ne prenait pas forme faute d'avoir encore le lieu idéal pour l'abriter. Arthur venait de passer la nuit avec Patrice et Fernand à écrire à trois dans le petit Hlm de Montreuil. Il les avait laissé se réveiller, il fallait qu'il trouve.

Les provisions redistribuées par la communauté de Cachan le lendemain de la rencontre des deux Arthur avaient fait long feu. Arthur devait à tout prix encore faire bouger les lignes, donner l'impulsion manquante. Il quitta la cité Jean Moulin et fila dans les rues serpentant de Montreuil-sous-bois, désertes et maladives.

Il faisait une caillante à couper les doigts vifs et Arthur, mal fagoté, se recroquevillait dans sa veste de paletot décousue comme un escargot dans sa coquille. Il venait à nouveau de prendre une grande décision, un coup d'accélérateur pour leurs réunions ; le pied-de-nez habituel qu’il faisait au destin : se secouer.

Il décida d'y passer la journée s'il le fallait mais de trouver le lieu avant la réunion du soir. Les troupes du début s'amenuisaient et ne résistaient pas à l'attente. Il fallait maintenant absolument agir très vite avant qu'ils ne soient lassés par des recherches toujours infructueuses, par leurs déplacements en nombre devant des ruines.

Et c'était bien le choix du lieu qui posait problème. Au début, Arthur n'y avait pris garde. Il lui semblait que tout ceux qui se revendiquaient de l'ancienneté squatteuse allaient montrer par la pratique l'étendue de leur expérience et les bienfaits de leur savoir faire éprouvé ; ils ne proposèrent que des terrains vaguement murés.

Il ne s'en était pas occupé du tout, dans un Premier temps, attendant patiemment que les plus aguerris d'entre eux au sport de l'ouverture des portes et des sésames leur enseignent ces nouvelles connaissances si indispensables au nouvel équilibre de sa vie : avoir un toit au dessus de soi, promouvoir des activités

Et puis et c'était bien de cela qu'il s'agissait : ne plus payer de loyer, ne plus aller perdre sa vie à la gagner, renverser l'ordre du monde, constituer les forces de réserve d'une humanité libérée peu à peu de ses chaînes, de ses massacres et de la domination de peu sur tous, s’extraire de la production, la choisir.

Marchant vite et filant dans les ruelles industrielles du Bas Montreuil, Arthur levait les yeux vers les baies vitrées, les rideaux de fer, les lourdes fenêtres ou les portes cochères, guettant patiemment le moindre signe d'un abandon entretenu, des lieux vides  et en bon état, spacieux et correctement éclairés, le bijou quoi.

*/*

Tout ce qu'il voyait au gré des rues arpentées ressemblait à une vaste friche industrielle entrecoupée de pavillons modestes et de petits immeubles pauvres. Quelques terrains vagues indiquaient le chemin aux bulldozers. La rénovation ne tarderait pas, quelques années, le temps d’une restructuration industrielle.

Des centaines de mètres de locaux désaffectés très dégradés portes ouvertes aux quatre vents. Une vraie rue fantôme à cinquante mètres du métro et deux cent du supermarché. Arthur avait trouvé, c'était là, le numéro 15 de la rue Kléber semblait en apparence leur convenir à tous, l’immeuble paraissait propre.

De l'autre côté de la rue ouvrait une petite porte vitrée sur un bistrot de quartier. Arthur s'y arrêta pour s'y réchauffer un peu. À un centime près il avait juste de quoi s'offrir un café. Il entama la discussion sur les rues fantômes trouvées aux alentours. Il se réchauffait, il avait trouvé, la conversation l’enchantait.

Il eut bientôt plus de renseignements qu'il lui était possible de noter en un seul mouvement sans attirer l'éveil. Tout concordait, les lieux étaient vacants depuis plus d'un an. Il nota les coordonnées du propriétaire. Le lieu était compact, fermé, facile à défendre contre vigiles, fachos, flics, propriétaires en colère.

Il lui restait désormais à visiter. Comment s'y prendre ? Il se coula dans la peau du personnage qu'il s'était choisi d'être. Responsable d'association culturelle cherchant un local ? N'était-ce pas un peu ce qu'il était ? Avait-il trouvé l'endroit idéal, recherché, rêvé en moins d'une heure ? Il avait suffit de s’y mettre.

La chaleur du café longuement siroté s'estompait un peu. Il commença à ressentir de nouveau le froid cisaillant. Il y était presque, ne restait plus à trouver l'entrée la plus discrète, et le dossier serait bouclé. Affaire rondement menée, allez, hop, pas d'hésitation ! Il faisait froid, il avait hâte de rentrer au chaud chez Fernand.

Par une ouverture de la palissade du terrain vague contigu il vit un chemin possible pour entrer. Le terrain se prolongeait jusqu'à la rue parallèle et il y avait caché par les hautes herbes un passage derrière le bâtiment. Il fit le tour, escalada vivement la palissade, trouva la porte de derrière que quelques détritus maintenaient.

Personne ne l'avait vu, après la végétation le masquait. Il escalada un petit muret de briques et la porte en bois lui tendit les bras. Elle était ouverte, il suffisait de pousser. Cinq minutes après être sorti du petit bistrot il le voyait par les carreaux sales du Premier étage. Il était dans la place, le projet démarrait.

L'ancien dépôt de vente de meubles était désaffecté depuis deux ans. Il explora les lieux. L'électricité était en bon état. Au Premier étage des sanitaires et des douches propres les attendait. Une série de lavabos suivis de deux immenses pièces de cent mètres carrés. La plomberie était saine.

Au deuxième étage des ateliers potentiels superbement éclairés étaient desservis par un monte-charge descendant aux caves de la même surface. C'était cela, il avait trouvé. Il ne fallait plus perdre de temps. Il voyait déjà un bar sauvage au rez-de-chaussée près de la petite porte d'entrée. Des volutes de ravissement l’envahirent.

La clé était au sol. Il s'en saisit comme d’un joyau et l'essaya tout de suite. C'était la bonne, l’extase. Derrière lui un garage donnant sur la rue avec un quai de déchargement. Il ressortit par la porte de la rue, referma la porte et s'en fut la clé de la future USINE de Montreuil dans la poche. Il se sentit léger.

*/*

Un quart d'heure plus tard, muni des croissants adéquats, il sirotait un café chez Fernand et Patrice vasouillait en plein réveil. Un pétard au bec Fernand était sceptique et amusé par l'exaltation d'Arthur.

   N'oublie pas les nerfs de bœufs au petit matin, petit malin comme à Bagnolet.

   Non, Fernand, là c'est beaucoup plus grand que Bagnolet, et nous sommes plus nombreux, c'est géant ! C'est une usine en bon état, huit cent mètres carrés minimum !

   Ho là là ! Tu me fais rêver !  Ce n'est pas possible, c'est trop beau ! Si vous y arrivez, c'est génial ! Je n'y crois pas, c'est un conte de fée, vous n'avez pas la baguette magique, elle est où ta baguette magique ?

   La force c'est le nombre, ils ne t'ont pas appris cela les camarades de l'Huma !

   Laisses tomber mes camarades de l'Huma, occupes toi des tiens, tu verras bien !

   Et toi ça ne t'intéresserait pas de participer à ce coup là ?

   Non  tu ne vas pas m'embarquer dans un truc qui n'existe pas encore ! Quand vous aurez pris le pouvoir, je veux bien vous éclairer de mes conseils, ministre à vie pas moins, tu connais nos pratiques, non ? En plus les camarades du Parti, ils n'arrêtent pas de me tanner pour que j'anime la cellule de la cité. S'ils croient que j'ai le temps, mon travail militant je le fais déjà à l'Huma, ça suffit, après il faut que j'ai du temps pour moi, pour écrire, pour être chez moi, tranquille, l'Autonomie est partout. Tu sais quand j'habitais dans le foyer de jeunes travailleurs de la rue de Tlemcen, je connaissais Momo le frère de tes deux sœurs, de Nora et Reine, avec ses jeans volés et ses combines, je venais d'arriver en France, en direct de la Martinique, je me sentais seul, j'étais toujours dans les bouquins au squat. Les gars, ils étaient toujours à monter un coup, moi, on savait que je n'étais pas doué, c'est tout juste si on me demandait de faire le pet, et là, c'est les jeunes communistes qui sont venus me parler en Premier, dans la rue, je partageais leur avis, et ça m'a fait un bien fou, j'ai pris ma carte. Depuis je travaille à l'Huma, c'est ma manière de militer à l'intérieur du parti, les choses changent, regarde Juquin, et il y en a d'autres, on ne peut être partout,  je suis avec vous bien sûr, je souhaite que vous réussissiez !

   C'est bon, c'est bon, ne te fâche pas,  tu passeras nous voir ?

Arthur s'allongea un moment, la tête emplie du pétard et de ses espoirs. La porte s'ouvrait à nouveau devant lui. Michèle ou Fernand l'hébergeraient le temps des préparatifs. Il ne leur faudrait pas plus d'une semaine pour rassembler tout le monde. Tout était prêt, il n'y avait rien à casser, juste occuper et s’occuper.

Il lui fallait passer quelque coup de téléphone pour que tous soient là ce soir. Ils visiteraient l'endroit à la lueur des lampes de poches. Il n'y avait que cinq stations de métro entre les deux locaux. La réunion d'ouverture aurait lieu sur place. Régler les derniers détails pour l'occupation, être discrets.

*/*

— Ça y est, tu l'as ton repaire de conspirateurs ?

Dominique Premier était heureuse pour lui. Dominique ne pouvait que se réjouir de ses succès puisque Dominique avait dédaigné toute reprise de contact. Puisqu'elle ne voulait plus le revoir elle ne pouvait que souhaiter son bonheur, même de loin.

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