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Publié par Christian Hivert

 

Four---painDurant ce temps sur la dalle des valeurs retrouvées, les « Milles » s’étaient restructurés, combattaient comme jamais, fédéraient, organisaient, contrôlaient et coordonnaient tout ce qui se trouvait à proximité de leur territoire.


Mais Miro, toujours plus pensif et taciturne à mesure que son influence grandissait se disait qu’ils étaient bien fragiles et vulnérables. Pour le moment aucune répression armée n’avait été menée à leur encontre depuis qu’ils avaient lancé leur mot d’ordre de désobéissance civile et de résistance solidaire.


C’était une chance à saisir pour aller le plus loin possible dans l’instauration de nouvelles règles de survie et de fraternité. Mais que le chemin semblait encore long et que le pouvoir d’anéantissement et de possible reprise de contrôle du processus semblait encore grand.


L’espoir qui pointait le nez, cette nouvelle aube de l’humanité solidaire lui donnait le vertige, et il avait des fois bien du mal à se ressaisir afin de continuer à faire progresser son environnement dans le sens qui leur paraissait le plus juste à lui et à ses compagnons.


Déjà le problème de la répartition des biens produits et des tâches à la production réapproprié suscitait joutes verbales, antagonismes et jalousies. Rien n’était vraiment simple.

 

Depuis leur fédération au syndicat des producteurs de la cité gardiénnée la question d’organisation posée était la suivante :

Comment comptabilisait-on l’utilité et le service rendu par un individu à la collectivité ? Comment répartissait-on les valeurs détenues par la collectivité entre ses membres ? Et que faisait-on par rapport aux individus qui n’auraient pu se rendre utiles à cette collectivité ?


Du fait du système oppressif de production de « valeurs » hérité du processus, disaient les uns, du fait de leur paresse et de leur parasitisme disaient les autres ! Et cette question était loin d’être réglée, voire dépassée historiquement pour l’ensemble de l’humanité. Mais Miro pensait, et il n’était heureusement pas le seul, que c’était là le challenge, leur challenge !

 

Lentement et progressivement, lui et ses compagnons tentaient de faire passer les idées qui allaient dans le sens de la plus grande solidarité possible. Et bien évidemment c’était un système qu’ils mettaient en place où il était demandé compte à chacun de ce qu’il pouvait raisonnablement faire pour améliorer le sort de la collectivité.


Des équipes de travail avaient été constituées, qui apprenaient à faire les réparations et les petites rénovations qui depuis trop longtemps n’étaient plus faites. La ruche bourdonnait en tout sens et chacun se proposait spontanément pour effectuer une des tâches décidées collectivement.

 

Des conseils, autonomes des institutions de gestion de la cité, avaient été mis en place et géraient d’une autre manière plus proche des gens. Une semaine plus tôt une grande décision avait été prise, dans plusieurs sens :

  Etaient dans l’ordre de priorité immédiate :

- les sans abris

- les fuyards des zones (quelques unes) réprimées

- les habitants de barres détruites qui devraient être rénovées

- les habitants en surnombre des appartements en état de fonctionnement

 

Chacun comptait sur chacun pour ne pas s’octroyer par fraude plus que le nécessaire. Les calculs les plus pessimistes indiquaient qu’en six mois de travail collectif sur cette question les problèmes les plus cruciaux de logement seraient résolus.

 

Les plus optimistes pensaient que 2 mois seraient largement suffisants. Ensuite on pourrait prendre tous les locaux et espaces vacants qui resteraient pour les attribuer aux diverses activités des conseils, des groupes où des individus, avec comme ordre de priorité

 

les activités productives indispensables au bon fonctionnement de la survie de la collectivité.

 

les activités d’apprentissage, de scolarité et de sport de la collectivité (qui viendraient en complément de celles qui éxistaient déjà et qui seraient maintenues et améliorées).

 

les activités de loisirs des groupes et individus.

 

les activités productives, collectives ou non, non indispensables à la survie de la collectivité.

 

Mais dés que cette charte avait été votée par acclamation , au cours d’un débat géant tenu pendant deux jours sur le boulevard des manifestations, que déjà des groupes et des organisations (dont certaines étaient notoirement connues comme étant mêlées à l’ancien fonctionnement lié au processus) contestaient les décisions qui avaient été prises et tentaient d’en empêcher l’application sur le terrain.

 

Déjà des accusations de détournement de valeurs collectives pour des usages personnels fusaient, fondées ou non !

 

Déjà de nombreuses personnes commençaient à se décourager, à penser et à dire que décidément jamais rien ne changerait, que tout serait toujours pareil, qu’il était inutile de dépenser tant d’énergie puisque de toutes façons tout serait récupéré par des bandits, et que l’on continuerait de toutes façons à trimer pour le bénéfice de quelques parasites.

 

Déjà Miro commençait à avoir la moutarde qui lui montait au nez, mais savait bien que justement c’était là le challenge, leur challenge.


En seraient-ils capables qu’ils auraient mérité alors de vivre en harmonie avec tous les êtres vivants sur cette planète. En seraient-ils incapables, qu’ils n’auraient qu’à s’en prendre à eux mêmes, à comprendre ce qui n’avait pu être dépassé, à découvrir pourquoi, et à continuer la lutte pour un monde meilleur.


Car Miro ne se faisait pas d’illusions sur l’importance de ce qui se jouait en cette période. C’était énorme, mais en même temps ce ne pouvait être qu’en tout petit début, et la bagarre, la guerre dont il faudrait être victorieux serait longue, très longue.

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