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Publié par Christian Hivert

Christian au chapeau64) Qu'est-ce que le collectif Utilisation subversive des intérêts nuisibles aux espaces (USINE) ?


CH : Ce collectif est une proposition autonome de réintervenir dans tous les débats et sur tous les sujets de lutte avec un point de vue Autonome de réappropriation des espaces et des moyens de vie, au rang desquels la culture et les concerts autoproduits et à participation libre


65) Quelles étaient les relations du collectif USINE avec les autres squats, comme ceux du XXème, Pali-Kao, les Cascades, rue des Villins, etc... ?


CH : Il ne pouvait y avoir comme relation entre ceux d’Usine et les autres cités, qu’entre les anciens des uns et les nouveaux venus d’Usine.


Lorsque le collectif Usine s’est constitué, il y avait deux personnes du groupe libertaire autonome Germinal, un ancien squatteur associatif ayant commencé en vendant la Cause du Peuple et mis l’argent dans sa poche, viré de la GP après autocritique, moi plutôt communiste libertaire autonome, un punk, un ancien squatteur associatif punk et musicien, une ancienne occupant rénovateur, trois copains résiduels du Progres, un ancien du CAO (Centre Autonome Occupé), un ancien du CAT ( centre autonome Tolbiac), un qui allait à tous les concerts de Pali-kao, un squatteur lyonnais rédacteur de Kanaï, fanzine punk autonome, deux étudiants des collectifs de Jussieu (en arrêt momentané d’études, ils les reprendront plusieurs années plus tard).


Mais tous les anciens de tous les collectifs parisiens et d’ailleurs sont passés à Usine, les anciens de la bande à Gilles, ceux que dans Schiffres on nomme la bande de Rueil Malmaison, proches des fossoyeurs venaient s’entrainer au Vô-vietnam au deuxième étage, et nous renforcions leurs rangs à chaque apparition devant les prisons en soutien aux luttes de détenus qu’ils organisaient, nous avions une émission permanente sur Radio Mouvance, nous organisions des actions de soutien avec le Caio, Collectif antimilitariste insoumission objection, nous avions des liens avec les travailleurs d’une filiale de Sanofi-elf aquitaine en lutte contre la fermeture, nous avons fait des portes ouvertes en soutien aux résidents Sonacotra en grève de loyer etc.


Mais à l’ouverture d’Usine rue Kléber à Montreuil en Février 1985, toutes les autres expériences autonomes citées étaient finies depuis plusieurs années.


J’étais très ami avec d’anciens des Cascades et des Vilins, notamment ceux qui avaient fait fonctionné le « mal-famé » bar sauvage de la rue des Vilins, alors que j’habitais en appart loué à deux pas de chez eux en 1982-83, et que je ne les ai jamais rencontré à ce moment là, j’étais avec les algériens au 78 Bd de Belleville.


66) Quels étaient vos rapports avec les autorités, la mairie, la police ou les habitants du quartier ?


CH : Les habitants du quartier étaient les bienvenus, mais très peu sont venus, sauf ceux qui étaient déjà engagés dans des luttes sur Montreuil, notamment le collectif antifasciste avec qui nous avons fusionné pour donner le collectif Prolos qui évoluera par la suite en collectif des sans cravates après une nouvelle fusion avec Narbé l’Hermite.


Il faut bien comprendre que tous les Autonomes étaient très mouvants, un coup ici un coup là, on changeait de collectif au grés d’éventuelles coucheries ou fâcheries, certains se connaissaient depuis l’enfance d’autres étaient de la même famille, on recroisait des perdus de vue d’enfance, tout cela fluctuait terriblement, j’y ai même retrouvé des élèves de Claude Monet, mon lycée, alors que l’on ne s’étaient pas revus depuis dix ans et qu’à l’époque du lycée on se connaissait à peine.


Aucun rapport avec les autorités et la mairie faisait tout ce qu’elle pouvait pour obtenir notre expulsion, les flics nous coffraient plusieurs fois par semaine, quelques heures jamais plus, et jamais tous ensemble.


67) Le collectif USINE était un collectif autonome ?


CH : Plus qu’autonome, autonome.


68) A quelles luttes, le collectif a-t-il apporté son soutien ? Et Comment ?


CH : Toutes les luttes disponibles du moment, avec un point de vue non inféodé aux partis politiques, donc des kanaks aux insoumis, des réfugiés italiens aux dissidents de l’IRA INLA, les en lutte des foyers Sonacotra etc.


Cela pouvait des fois n’être que la rédaction d’un trac autonome pour les kanaks à une manif organisée par la gauche, ou une banderoles « peuple kanak, tes exploiteurs sont les nôtres », ou des réunions d’infos, ou des meetings d’info avec des canaques, nous avons fait un concert sauvage des Bérus à Beaubourg en soutien aux insoumis emprisonnés etc.


Cette effervescence a duré cinq mois, au retour d’un boulot de colos d’handicapés au mois d’Août, le collectif s’est auto-dissous, et la majeure partie des habitants a quitté le lieu, lassitude et désir d’évoluer au sein d’autres collectifs, j’ai poursuivi à Prolos, où nous avons continué environ la même chose.


C’est à ce moment que ceux qui voulaient utiliser le lieu pour faire des concerts de Rock Alternatif se sont imposés, j’étais contre à cause des entrées payantes, même pas cher ( 20 FR) ce n’était pas dans les principes de participation libre, et de plus ils nous ont imposé un Service d’Ordre à l’entrée.


Un jour j’étais colère, bourré, j’ai voulu foutre le feu au bâtiment, et mes potes anciens fos et Usine m’ont retenu et m’ont porté au lit, ils se connaissaient tous, et l’asso qui faisait fonctionner les groupes et organisait les concerts tous les samedi était également une asso de réinsertion et de formation aux métiers du spectacle, ils avaient tous été d’accord, ils y avaient tous intérêt.

 

Et tous les responsables de l’asso Aspect (Association Spectacles) étaient d’anciens autonomes, est- ce qu’ils se considéraient toujours comme tels, je l’ignore, des fos, des gars qui avaient été proches des squats d’AD, des anciens de la goutte d’or, des anciens de la Bande à Gilles, etc.

 

Je tenais donc le premier étage et organisais la grande foire du back stage réservé aux anciens ou aux connus des anciens, cela me permettait de faire rentrer les potes qui voulaient gratter le prix d’entrée, noble et vénérable tache de tout autonome de l’époque, forcer l’entrée aux concerts.


69) En dehors de ces actions et concerts de soutien, quelles actions avez-vous mené avec le collectif USINE ?


CH : Beaucoup de chapardages alimentaires nocturnes, des ouvertures d’autres squat, des bagarres avec des fachos violeurs de copines, des actions anti-prison, ou contre la double peine, des rédactions collectives pour des fanzines, animations d’émission de radio, un sabotage de la Fête Bleu Blanc Rouge de la Courneuve, il suffisait qu’un type, connu de nous bien sûr arrive un matin avec une idée sympa, et on partait à dix, vingt, cinq, ceux qui étaient là.

 

Certaines opérations étaient plus programmées avec de nombreuses réunions préalables, nous avions une AG tout les Mercredis soirs, et des réunions tous les jours, nous étions souvent pintés et chichonnés.


C’est un état très désinhibé.


70) Pourquoi le collectif se divise en septembre 1985 ?


CH : Le collectif ne s’est pas divisé, il s’est interrompu, fatigue, voyage (des départs pour l’Inde, à leur retour le blakos était de qualité supérieure, rendez nous l’afghan), désir de changement, et attrait pour la proposition des autonomes d’Aspect


71) Pourquoi les autonomes se sont-ils impliqués dans le développement du rock alternatif ? Selon vous, les autonomes ont joué un rôle important dans le développement du rock alternatif ?


CH : Le tout premier rôle, il n’y avait aucune différence, le rock alternatif était l’expression culturelle des rebelles et des autonomes.


Tous les responsables des organisations de concert rock alternatif de cette époque, même l’asso concurrente de Rockalusine qui faisait les concert dans un vieux cinéma de quartier à Belleville, je ne me souvient plus des noms mais cela doit se retrouver, sont issus de l’Autonomie Parisienne


72) Quels groupes alternatifs étaient proches des autonomes et tournaient autour de l'Usine ?


CH : Tous, garçons bouchers, hot pants, chihuahuas, (qui deviendront la Mano), les Bérus, les endimanchés, parmi les groupis de ces deux groupes qui montaient sur scène pour faire les cœurs et le spectacle, se trouvait Elno et son frère Ritier, (Les futures Negresses vertes,) les lucrates milk, les Nonnes Troppos, j’en oublie, il y a eu un concert par semaine avec plusieurs groupes pendant environ trois mois, peut-être plus.


Mais tous les musiciens et tous les chanteurs de ces groupes à cette époque là étaient anti commerce et anti majors, ils étaient tous autonomes et pour l’autoprod, c’est juste après que cela s’est gâté, par contre je ne sais pas pourquoi vraiment, le succès foudroyant de certains sans doute. Les Bérus ont refusé cette évolution là. J’étais plus collectif de soutien à des luttes sur le matériel que groupi du rock alterno.


73) A part le rock, on pouvait écouter d'autres styles musicaux à l'USINE ?


CH : Oui, au deuxième étage où se trouvaient les salles des artistes et la grande salle de répet et d’entrainement, canne, bâtons, vo vietnam, danse, théâtre, « il faut bien que genèse se passe » est descendue à Avignon en Off The Off, avec toute la tribu d’Usine en soutien, un certain camping et les magos avoisinants n’en sont toujours pas revenus.


74) Qu'est-ce que Rock a l'Usine ?


CH : Rockalusine est le nom civil et scénique de l’asso Aspect, ce sont les mêmes, mais je ne les ai jamais suivi, je ne les aimais pas du tout.


75) Pouvez vous me parlez du fanzine du même nom ?


CH : Je ne sais, je ne connaissais pas


76) C'était un fanzine politique ou musical ?


CH : Je ne sais


77) Quel type de public venait assisté aux concerts de Rock à l'USINE ?


CH : De tout, du rebelle anti papa maman au vieux babos reconverti et tous les collectifs autonomes actifs sur les luttes du moment, au concert des Bérus il y avait deux mille personnes, impossible de les connaître tous, mais c’était là un pic.


Beaucoup étaient très jeunes, et le niveau de conscience politique relativement bas pour la plupart, on s’arrachait les cheveux parfois devant des répliques du style : « ici c’est un squat, ça doit être ouvert, j’y suis chez moi, j’ai le droit d’y faire ce que je veux », c’est cela mais t’arrête de chier au milieu de ma chambre connard. Certains n’étaient que des petits beaufs remplis de bière et à la mentalité d’enfant gâté au sommet de sa toute puissance, mais ce n’était pas la norme non plus.


Au concert de LSD (La Sourie Déglinguée) ayant viré à l’émeute pour cause d’expulsion, il y avait trois cent personnes.


78) Qu'est-ce que l'ASPECT, l'Association d'insertion par les métiers du spectacle ?


CH : D’anciens autonomes et pro-situs qui voulaient toucher de la fraiche rapidement et sans trop bosser, qui plus est en faisant ce qu’ils aimaient, cela permettait à certains d’accéder à l’intermittence, noble statut.


79) Qu'est-ce que le collectif Projet Résolument Ouvert de Luttes Ouvrières et Sociales (PROLOS) ?


CH : La fusion du collectif antifasciste de Montreuil avec les reste du collectif U.S.I .N.E., nous avons continué le programme initié par Usine.


80) Comment se déroule l'expulsion d'avril 1986 ?


CH : Chaudement


Le Parisien Libéré a titré « Ils refont Mai 68 à Montreuil », comme je me suis blessé à la jambe (quinze point de suture) en allant réouvrir l’Usine par l’arrière alors qu’elle avait été murée la veille du concert, je n’ai pas été témoin de la confrontation générale.

 

Lorsque je suis parti me faire recoudre chez un médecin ami, nous n’avions pas la sécu pour la plupart, les Crs bloquaient l’accès de la rue devant le squat, et les autonomes passés par l’arrière avec moi démuraient de l’intérieur, les autonomes commençaient à remplir l’usine par l’arrière, quand je suis revenu cela sentait la lacrimo, deux voitures, un abri bus et une cabine de téléphone finissaient de brûler, et les lieux étaient tenus par les CRS.


On m’a raconté par la suite que cent trente copains se sont fait arrêter et ont été relâchés toute la nuit tous les kilomètres jusqu’à Beauvais, une copine était gravement blessée au visage, des punks se sont fait courser et arrêter jusqu’aux Halles.


Ceux qui réussissaient à se fondre dans le décor m’ont dit qu’ils avaient vu des CRS taper sur tout le monde même des passants, l’ordre était clair, il fallait faire disparaître ce lieu de regroupement d’autonomes et punks .

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