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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

InaEdu01074.jpgEn Décembre 1986 la ville de Paris avait mené ses opérations tambour battant. Expulsé sans ménagement les habitants précaires, sous locataires, locataires de meublés, occupants sans titre, et relogé le moins possible à Paris ; sur Saint-Denis, la Courneuve, dans le patrimoine HLM, loin, très loin de la ville : qu’ils soient invisibles !

Elle les renvoyait toujours sur la banlieue, ce qui provoquait bien sûr l’exaspération des maires de municipalités, pour la plupart communistes. C'était cette période de montée du racisme et de la xénophobie en France, instrumenté par les autorités du parti socialiste dans un démentiel calcul de stratégie électorale : le borgne gagna.

Dans la foulée de l'occupation du 67 rue des Vignoles, un mouvement plus large se construit sur le 20ème arrondissement pour l’ensemble des sinistrés, soutenu par le mouvement associatif, très dense dans le 20ème. Une nouvelle ouverture s'avère nécessaire, fuite en avant n'est pas solution, dormir à la rue non plus ; les Puissants pas plus.

— Vois tu Dominique, je sais que je ne pouvais figurer une seule seconde dans le monde vers lequel tu te diriges ! Couronné de ton amour je me serais détourné de certains chemins ! Et bien, ce que je vis m'aurait manqué, sans doute autant que tu me manques, puisque ma vie est un manque, une surenchère de dépendances, un gouffre absurde !

Une forte cohésion sociale soulignait l'attachement de tous à leur quartier, héritier dégradé, déclassé d’un quartier ouvrier des années soixante : place de la Réunion. Une même volonté d’amélioration des conditions de logement prenait des formes revendicatives différentes suivant les groupes engagés, les bonnes volontés s’assemblaient.

Le danger permanent était de généraliser des particularismes isolés et de vouloir le développement d’une vie de quartier et des relations privilégiées de proximité : position gestionnaire des petits propriétaires se démarquant nettement de celles du comité des mal-logés à vocation militante, plus unitaire, offensive, illégale.

La charte du comité des mal-logés définissait un logement décent comme spacieux, proche du lieu de travail, dont le loyer n’excède pas le cinquième du salaire. Depuis février 1987, naissance du comité, s'enchaînèrent manifestations, procès, résistances à l’expulsion, réquisitions populaires, de victoires en victoires.

Cela consistait à investir des logements du parc locatif public repérés comme vacants, pour y placer des familles qui réglaient ensuite régulièrement le montant de leurs loyers mensuels, 20% de leurs revenus. Pour une réquisition le rendez-vous avait lieu de bonne heure le matin à la sortie d’un métro, dans la discrétion.

L’adresse exacte de l’immeuble n’était connue que par une petite minorité des militants. Quand le groupe était suffisamment important, une centaine de personnes, il se dirigeaient vers le lieu à investir. Les uns ouvraient les portes pendant que les autres surveillaient l’entrée. La banderole était mise en place.

Les familles investissaient leurs nouveaux logements. Plusieurs militants restaient à garder l’immeuble deux ou trois jours le temps de vérifier que les autorités n’envisageaient pas une intervention musclée et que les habitants règlent entre eux les détails de l'organisation interne de l'immeuble, puis les assemblées autonomes se constituaient.

L’enjeu était et reste actuellement de taille. Il s’agit d’observer les grandes mutations de notre capitale et du devenir des quartiers populaires. La région île de France vivait et vit une crise du logement grave touchant particulièrement les couches sociales les plus démunies, et désormais les classes moyennes, maintenant on occupe les canaux…

Deux mois plus tard, lorsque Arthur ressortit de prison, il ne lui restait vraiment plus d’autre solution que d’ouvrir un autre squat ; durant son absence Ricks avait bien travaillé et fait son travail de sape : il était devenu l’imbécile militant aux yeux de tous, leur radicalisme s’offusquait de leurs succès :

— Ben Arthur que deviens-tu ? Cela fait deux mois…

— Je sors de taule tout juste aujourd’hui…

— Ah excuse-moi, je ne savais pas, je croyais que tu étais sur les positions de Ricks et que c’était pour cela que l’on ne te revoyait plus…

— Laisse tomber, ils ne veulent plus me voir là-bas, faut que j’ouvre de nouveau, ils ne me parlent même plus…

— Oui, mais ça, tu sais faire, ouvrir des maisons, pour toi et pour les autres…

Elle lui fit la bise du coup. Tout le monde dans leur milieu ou presque était passé par cette case là. La compassion pour les sortants était automatique et la solidarité pour les entaulés était une base commune à tous. Dans la majeure partie des squats une caisse « zonzon » alimentait les mandats envoyés, on demandait des permis de visite.

— Et bien, on peut dire que tu arrives à pic, nous allons profiter de la fête pour faire notre Première assemblée générale du comité des mal-logés, cela va démarrer dans quelques minutes !

Arthur en avait le vertige, tout se passait en même temps. Des jours passés à être figé et d'un coup l'embellie.

Un grand Malien en djellaba de couleurs vives et à la barbe blanche réclama le silence et l'attention. Tous les présents se turent et firent un cercle vide au centre.

— Je vous prie de bien vouloir excuser le tranchant de ma parole, à l'avance permettez moi de vous demander de pardonner la dureté…

Le grand Malien développa quelques minutes sa prise de parole et présenta le projet du comité, fédération d'immeubles en lutte et regroupement de mal-logés habitants de taudis.

— Ça y est la révolution commence !

— Tais toi Dominique, planche sur ta thèse et concentre toi sur ton doctorat…

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