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Publié par Christian Hivert

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Arthur savait comment joindre Dominique Premier, il lui suffisait de prendre l'annuaire et de téléphoner à ses parents, ou bien de la rechercher à la faculté de Jussieu, mais il s'était promis de ne pas la harceler, de respecter son choix, ses études et une carrière, il ne faisait pas le poids.

 

Arthur n'avait pas voulu suivre ce chemin, il était du niveau, mais il se refusait de participer au monde sous cet angle là, un professeur d'histoire leur avait dit un jour, vous êtes destinés à devenir l'élite de la nation, Arthur de ce jour avait longtemps tergiversé, puis il avait fui.

 

Dominique était restée dans le circuit, elle n'avait jamais souhaité rester en contact, Arthur n'avait pas eu le cœur d'insister, c'était sa tristesse permanente, ses pleurs figés pour la vie, sa toile de fond empesée, il espérait la revoir, il n'y croyait pas, il lui parlait tous les jours.

 

Que peut-on faire des chemins que l'on n'a pas pris, de ces chemins qui ne peuvent plus se croiser, de ces chemins nécessairement tenus éloignés, les forts et les puissants ne supporteraient pas de voir se côtoyer les différentes strates de leur édifice social, ils voulaient l'apartheid.

 

Et Dominique Premier se sentait irrésistiblement attirée vers le sommet du gâteau, prête à toutes les concessions, elle ne pouvait plus décemment supporter la présence d'Arthur à ses côtés ou dans son entourage, elle se serait fait repérée, il lui fallait faire couleur caméléon, se fondre.

 

Arthur se sentit encore attiré par Reine, était-ce l'odeur de sa peau surnageant des relents de l'orge fermenté de leurs demis bus, le soleil la rendait chaude, Reine souriait, elle se sentait bien, Arthur était fier de cela, elle se sentait bien avec lui, elle écarta les cuisses et sa robe noire se creusa.

 

Arthur eut une poussée d'adrénaline et un début d'érection, Reine le coquinait-il, non, c'était là ses tenues habituelles, des passants se retournèrent l'œil sur les cuisses et les bras dénudés, Arthur sourit et Reine se moqua, c'est l'immeuble qui te plait, je ne me fais pas d'illusions, on va le fumer ce pétard.


Alors ils cheminèrent un moment en silence en direction du soixante-sept, cela tombait bien, Arthur pourrait commencer sa tournée des copains autonomes pour constituer une équipe d'ouverture, il faudrait ensuite qu'il passe à la Villa Claude Monet voir sa copine Béatrice et coordonner l'occupation prochaine.

 

Il faudrait déterminer qui logerait sur place, Arthur n'était pas disponible puisqu'il voulait ouvrir le garage autogéré, le nom était trouvé, "Les Belles de Javel", faisant allusion aux anciennes usines Citroën des quai de Javel proche de son futur squat,  et puis voir quelles familles.

 

Pour cela Arthur voulait voir avec le comité des mal-logés, et que le choix des cas les plus urgents se fasse en discussion générale et ouverte et non dans le secret manipulateur des petit-blancs chefs, que l'immeuble soit réellement autogéré en réunion hebdomadaire, sans chefs, sans arrogance.

 

Dominique Premier souffla, allez va te droguer, c'est ma douce défonce, ça et l'alcool, je t'ai vu dans des états, je ne suis pas montrable dans ton monde, je sais, il y a toute l'histoire des classes sociales entre nous, hélas, tu me voyais faire mes études au milieu de tes squats, Béatrice le fait bien.

 

Au détour d'un virage d'angle de rue, Arthur frôla une rondeur émouvante de Reine, et Dominique rugit, mais ne te troubles pas vas-y, soubresautes là, tu es bien primesautière parfois, et toi tu es donc toujours bien puceau, ah non Michèle a bien fait les choses, dans la succulence des corps.

 

Arthur avait senti chez Béatrice une immédiate affection, faite d'estime et de douceur, elle relevait le débat culturel parfois mis à mal par les beuglements hystéro-théoriques des militants en phase de débat nocturnes et alcoolisés, elle sortait alors le trivial-poursuit, cela calmait la soirée.

 

Elle était en année de licence et se dirigeait tranquillement vers le doctorat, en n'oubliant pas de voyager, elle revenait d'Afrique, Arthur avait ouvert le squat, où elle logeait avec quatre autres filles, en prévision de son retour, c'était dans les allées résidentielles du 19e, non loin des Buttes-Chaumont.


Arthur entrevoyait de se payer une bonne après-midi de défonce et de se finir glorieusement dans le squat de Béa en mettant au point les derniers détails des futures opérations d'ouverture au milieu des canettes de bière et des cadavres de bouteilles de vins, ivre et vainqueur.

 

Dominique Premier eut son petit sourire triste à faire vibrer l'univers, tu vas encore te mettre minable, il faut bien que je noie mes pleurs, dans l'euphorie des alcools je t'oublie parfois, tu ne quittes jamais mon front, à l'intérieur, dans mes hurlements convaincus j'efface ma douleur de ton absence.

 

Arthur avait commencé la plus longue dérive d'un être humain engendré dans une société européenne, depuis son adolescence, il se souvenait, quand Dominique Premier avait répondu négativement à sa lettre, c'était la dernière fois où il avouerait ses émotions, il fuirait.

 

Lorsqu'on l'attendrait à pleurer, il sourirait, lorsqu'on l'attendrait à rugir, il éclaterait de rire, ses pleurs intérieurs jamais plus n'apparaîtraient, jamais plus il ne courberait la tête malheureux homme bafoué, jamais plus son genou ne toucherait terre, il avait aimé la seule, l'unique.

 

Lorsque dans la maison des pleurs, apeuré par les enfants plus âgés, irrité par les pleurs permanents des bébés, intrigué par le ballet des biberons, seul au milieu des cris des poupons, Arthur tenait en échec une armée d'auxiliaires de service et de soignants en blouse blanche, on ne lui disait pas je t'aime.

 

De cette habitude hébétée venait chez lui l'effroi de l'émotion, l'effroi de l'échec, le sentiment que la terre tombait dans le vide, en suivant Reine Arthur était heureux d'être vu à ses côtés, il se retenait de lui parler, il l'aimait toujours et ne lui dirait pas, à quoi joues tu Arthur, Dominique s'étranglait.

 

Tu m'aimais comme cela, je n'aimais que toi, tu sortais avec des garçons plus âgés, nous connaissons cette histoire, et maintenant Reine, je t'aime et tu n'es pas là, alors met lui la main, oh ça va, tu ne penses qu'à ça, tu sais que non, que lui veux-tu, être amis, amants, frères, sœurs, ne plus souffrir.

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