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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

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"do it, c'est bien , t'y crois, fait ta vie, tu verra bien , chacun son expérience, en attendant le grand soir on va quand même se faire un bon café, j'ai déjà la baguette de pain, et j'ai un super bon gouli d'afgan, tu vas me goûter ça, après tu sauras pourquoi tu rêves, just do it."

 

Il est pas mal ton post beatnik, mais ce n'est pas un peu démodé tous vos trucs ? Allons, allons, Dominique, tu ne vas pas me sortir tout ton bréviaire prétendu moderne contenu dans "Actuel", la misère n'est malheureusement jamais démodée, la puissance massacrante des riches non plus.

 

Nous n'avons pas tous envie de réussir ni de gagner, car à chercher du pouvoir ou de l'argent, ce n'est jamais que l'argent et le pouvoir qui gagnent, je veux réussir autre chose, de plus grande valeur Dominique, ah quoi? Elle minaudait comme à son habitude, je veux me réussir moi.

 

Julio referma sa porte déglinguée à l'aide d'un antivol de mobylette et un gros cadenas, il lui fallait faire des nœuds spéciaux avant de poser le cadenas, ajustant ainsi impeccablement le bois de la porte rapiécée et le ciment de l'enduit de façade des murs lépreux de moellons.

 

"Tu vois je me méfie des rats, des rats à deux pattes, il n'y a rien à prendre chez moi, mais ils viendraient bien quand même y faire un petit tour pour grignoter, et je ne supporte pas que l'on touche à mes affaires, tout ce que je possède je l'ai sur moi, mais c'est mes affaires".

 

Nul doigt furtif, nul œil disgracieux ne pourrait s'immiscer dans le faible interstice irrégulier courant le long des planches et Julio estimait de ce fait avoir correctement protégé son intimité, une grande claque vive au milieu des planches éprouva la solidité de la fermeture.

 

Julio frappa un grand coup à la porte de Jean-Pierre et de Marylou, ils étaient les Premiers à s'êtres installés dans les anciennes baraques à outils et les ateliers artisanaux abandonnés, ils étaient complètement junkies, mais ils n'essayaient pas d'arnaquer le monde, ils allaient crever.


On entendit la voix moribonde de Marylou répondre, lasse et sans impulsion, "Oui c'est toi Julio, tapes pas si fort, je t'ai déjà dit, on se voit tout à l'heure", ils étaient au bout du rouleau et personne ne pouvait plus rien pour eux, ils restaient là avachis à attendre l'extinction finale.

 

Les très modernistes de cette époque avaient trouvé mieux que les camps d'exterminations et les guerres du passé pour se débarrasser de leurs populations gênantes, il y avait là le tiers d'une génération sacrifiée aux intérêts de la restructuration mondiale du capital.

 

Bientôt ils se feraient tous expulser de leurs taudis rapiécés et d'autres familles aisées se trouveraient un appartement neuf sur les ruines et les décombres des impasses démolies et reconstruites, il suffisait que la drogue, ce nouveau Zyklon B, ait suffisamment fait ses ravages.

 

Ils s'étaient installés dans la pénombre du local, pouvant voir par la baie vitrée nue les allées et venus de la rue, le café avait été fumant et le pétard avait tourné, entre deux bouchées de tartine, Julio l'entretenait de choses cosmiques, mais n'apaisait pas le désarroi amoureux d'Arthur.

 

Julio l'entretenait de Tchi (Qi), souffle vital, de puissances cosmiques terribles, puissamment terrifiantes et douces, de masses lourdes comme des milliards de fois la terre dont le déplacement lent dans l'univers ne parvenait à nous faire frissonner la nuit, imaginez donc.

 

Alors que la promenade de ces masses nous atteignait au plus profond de notre pulsation cardiaque, à notre insu, et que la vibration des ailes d'un papillon déclanchait tornades et tempête à l'autre bout du monde, et tout est dans tout, et inversement conclu Arthur, philosophe.

 

Arthur était volontairement ironique à l'énoncé de grandes théories, que l'on ne puisse cueillir ici une fleur sans qu'au ciel une étoile ne scintille l'amusait, la phrase avait son charme, il feignait d'écouter, de s'intéresser, voire de relancer la discussion au bon moment, pour le sourire.


Mais il était perdu, éperdu, Dominique en était navrée, il le souhaitait ainsi, même si elle n'avait pas voulu de lui, même si elle le mettait à l'écart de sa vie, même si jamais elle ne chercherait à le contacter, il avait toujours le souvenirs des effluves de caramel de ses boucles de jais sur le cou.

 

Et maintenant le parfum avait changé et les boucles de jais de même, Reine lui refuserait-elle la gentillesse comme le fit Dominique? Mais moi, je ne pouvais pas, il y avait mes parents, j'étais mineure, il y avait mes études, oui Dominique, et il y aura ta carrière, et il y aura tes maris.

 

Arthur s'entêtait, s'enivrait à tenter de se souvenir des moindres détails pour les soupeser, les défroisser, les flairer, les étudier, qu'y avait-il eu, que n'y avait- il pas eu, entre Reine et lui, maintenant que la rupture était consommée, qu'il n'en démordrait pas, qu'elle n'y reviendrait plus.

 

Encore une qui ne veux pas de toi visiblement, Dominique semblait s'amuser de son désarroi et de sa tristesse, en tout cas elle avait toujours paru indifférente à ses émois, le blindage avait tenu, Reine aussi se blindait-elle? Quelle pouvait donc être cette vie à l'abri de toute atteinte?

 

Quelle était donc l'épaisseur de leur rencontre, à quoi survivrait-elle, se souviendrait-elle de lui dans un mois, six mois, dix ans, aurait-elle la même émotion douce et implacable, lourde et sereine, lovée dans les moindres replis de son corps, Arthur s'enivrait, il se souvenait.

 

Il lui avait semblé être parvenu à une relation fortement affective avec Reine, alors qu'elle n'était qu'implacable dans la rupture, froidement indifférente, s'était-elle amusée de lui, il lui revenait de tels moments de délicatesse instinctive, que cela ne lui semblait pas possible, elle l'aimait.

 

Mais enfin il y a tant de façons d'aimer, oui Dominique, mais l'absence de l'autre en est une des plus étranges, que fuis-tu quand tu me fuis, te reverrais-je, rétabliras-tu un jour notre tendre complicité, te réconcilieras-tu avec tes souvenirs, avec la jeune fille que tu étais, que tu es?

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