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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

images-1-copie-5.jpgArthur rentra au milieu des hurlements hystériques d’un jeune Punk voulant tout défoncer autour de lui :

— Si on ne me rend pas mon fric, je vous jure que je pète tout le squat…

Et pour être plus convaincant il se jetait contre les cloisons en bois de l’espace des chambres.

Un large cercle s’était formé tout autour de lui et le barouf avait réveillé Krad dormant dans la première cellule monacale aux parois résonantes de bois, passé la petite porte au fond du couloir du premier étage, et le keupon lançait ses lourds poings et ses pieds chaussés de randjos militaires en avant comme pour un pogo solitaire.

Au dessus de leur tête on entendait comme si l’on y était et même amplifié par le plancher intermédiaire en pin les talons se reposant avec détermination au sol de quelque apprenti boxeur ou de future espoir de la danse contemporaine en train de s’exercer, les beuglements du keupon ils les inquiéteraient-ils, tant c’était la norme des lieux.

C’était une bonne période très agitée, mais chaque époque possède ses moments d'agitation. Le keupon était-il en colère vraiment ou était-ce encore un jeu ? Il y avait tellement de mise en scène et leurs affrontements étaient si symboliques la plupart du temps qu’à chaque démarrage chacun pensait à un sur-jeu, un bluf violent.

Krad chuchota à l’oreille de Arthur :

— Il avait mis de côté pas mal de blé pour partir visiter les squats punks anglais, avec sa copine, et je ne sais pas ce qui s’est passé mais en se levant tout à l’heure il n’a pas retrouvé son blé, il est fou de rage depuis une demi-heure…

— Qu’est-ce qu’on peut faire ? Il va se faire du mal ou du mal à quelqu’un !

— Il n’y qu’à pas l’approcher, il va se calmer tout seul, il va fatiguer forcément…

Le show était vraiment impressionnant, il y avait souvent des cris et des hurlements dans le lieu : des Punks défoncés à la colle à rustine respirée dans un grand sac plastique tenaient des délires confondants de brutalité et de rage incontrôlée ; cette fois ci, cela avait l’air d’être sans l’énergie dopante d’un produit si ce n’est la frustration d’avoir été dépouillé.

Ces voyages en Angleterre étaient quasiment anoblissant pour les petits Punks français, il fallait aller voir aux sources, ramener de l’authentique vêtement vendu dans les boutiques prestigieuses et faisant parti du folklore, depuis un moment ils s’étaient tous mis aux tissus écossais, déclinés en kilt, jupettes, pantalons, casquettes, bonnet, so british

Krad lui s’était passé les cheveux au peroxyde, avait laissé sur le devant une houppette à la Tintin et portait une casquette blanche, trouvait ses nippes aux puces, trouvait que le métro c’était bien suffisant comme voyage, pensait que ce n’était pas la peine de s’énerver, tout le monde peut tout contrôler, affrontait gentiment les critiques.

Car il fallait constamment justifier de la justesse idéologique de la moindre pièce de l’accoutrement général ; Krad se plaisait à être souvent en décalage, il passait ses nuits dans les bars à noctambules et les boites à sons : les friqués de l’époque s’amusaient bourse ouverte, certains avaient des noms dans l’univers de la mode.

Avec ses cheveux peroxydés et son béret blanc, il assumait d’être traité de « Psychédélique » – redoutable suspicion propre à le dénoncer traitre aux bandes de Punks radicaux authentiques – ; comme il organisait les chœurs des Bérus, l’embrouille cessait assez vite, devant ses sourires et ses explications courtoises.

Arthur le trouvait toujours calme et posé, de bon conseil, ne se mêlant guère aux embrouilles temporelles agitant sporadiquement tout ce petit monde – comme une fuite contre l’ennui –, aussi, ce jour là, derrière la porte d’entrée de l’espace privatif, il lui demanda de lui enseigner rapidement une prise d’immobilisation efficace.

— Non mais laisse tomber Arthur, il te rend vingt kilos au moins, il suffit d’attendre, y a pas de matos dans la pièce, il va bien se calmer, de toute façons furax ou pas, c’est pas ça qui va ramener son blé, il n’avait qu’à pas le montrer, c’est un squat ici, y a que des pauvres, et certains on les connaît, rien ne les arrête, attends un peu…

Devant l’insistance d’Arthur, Krad consentit à faire le professeur express : il lui montra une prise dorsale où les épaules étant prises, l’immobilisation ne réclamait pas trop de force. Arthur qui n’était pas bien épais, mais à qui cette violence triste faisait mal, s’en empara et la mis à exécution dans la foulée ; cela fonctionna : le géant tomba.

Arthur avait juste oublié de demander la suite des opérations, et l’assistance était tellement sous le choc des vociférations rageuses qu’Arthur dû subir l’affront d’être soulevé de terre par le mastodonte qui en s’ébrouant le secoua tant qu’il chût au sol et la masse en furie recommença son pogo hargneux, jusqu’à la barre de fer.

Arthur vit le coup partir et dû convenir que la frappe fut retenue et mesurée, mais une belle estafilade fit couler le sang à travers la chevelure hirsute : le costaux tomba à nouveau cette fois-ci sonné, et calmé ; le tumulte et les commentaires liés à l’histoire durèrent une partie de la nuit, tandis que les copines le pansaient.

La soirée enfin repris un léger soupçon de calme, enfin pour des Punks, c’était calme. Virginie avait fait admirer ses œuvres de l’après-midi, il était question de prendre d’assaut la plateforme Beaubourg un jour d’affluence ; François, Loran et la boite à rythme jailliraient d’une camionnette au milieu d’un troupeau d’rock et d’Endimanchés.

Virginie était contente, elle avait été utile à l’opération programmée ; elle venait d’emménager dans une chambrette libre par l’abandon aux points de Jean-Philippe, renonçant au nettoyage des vomissures et autres excréments de Punks défoncés – : Virginie installait sa couette et son matériel en chantonnant, sa chambre en face de celle d’Arthur.

Arthur voyait d’un coup une embolie d’actions, dans l’après midi, il avait commencé à mettre au point un projet concernant plusieurs collectifs pour attaquer un meeting du front national « Bleu Blanc Rouge » devant se tenir au Bourget, il fallait qu’il rapporte la teneur de la réunion et qu’il collecte les avis et les idées.

 

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