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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

beaubourg insoumis

Arthur se demandait comment Mendes avait pu se débrouiller pour vivre seul dans la rue pendant de si longues périodes, pour manger, pour se mettre à l'abri de la pluie, pour échapper aux attentions intrusives d'adultes s'apercevant de sa situation particulière de mineur en fugue, donc en danger.

Par quelle genre de rencontres était-il passé ? Simon racontait par bribes et Mendes était muet, parlait peu à Arthur. Celui-ci devait se faire une idée de ce qu'avait pu vivre Mendes par la réflexion, la déduction en comparaison avec sa propre expérience, ou des témoignages d'autres mineurs.

Il tentait de faire revenir à sa mémoire les différentes situations où il avait pu se retrouver dans le même genre de situation. Son enfance, quoique particulière, s'était passé à peu près sans problème, il avait réellement commencé à décrocher au moment du lycée, il pouvait se faire une petite idée.

Il avait eu le sentiment d’être débordé. Il avait perdu l'estime de lui-même et ressenti une impression de désaffiliation de son groupe. Il attendait les lettres et retiraient celles signalant ses absences, puis les motivaient en imitant la signature de ses parents, les renvoyaient, se couvrait, se cachait.

Il dissimulait et cette dissimulation lui rongeait les tripes. Il ne se sentait plus dans son corps, il se sentait dédoublé, à apprendre l'atroce liberté de gérer son propre temps sans ne plus en rendre compte. Il se rendait au Lycée et devant la porte repartait soulagé, encore une journée dehors.

Puis il avait tout lâché, lentement, comme on se défait de vieux papiers, un jour de rangement, comme on se découvre peu à peu avant d'aller affronter les flots lors de paisibles vacances, il s'était défait du lui-même habituel, abandonné rythmes et plannings de classe, égaré cahiers, cartables.

Mendes enfant avait-il eu l'intuition de toujours être muni d'un cartable à certaines heures où l'absence de cartable eut pu le faire remarquer, avait il découvert les endroits où sa présence ne soit incongrue, passé une certaine heure, où se cachait-il des ombres de nuit et mauvaises intentions ?

On ne pouvait passer sa vie à se cacher et fuir toute rencontre. Arthur trouvait plus exténuant de faire semblant, mais il errait en pleine sidération, ne savait plus que faire, ne pouvait faire ce qu'il aurait dû, ne pouvait plus physiquement entrer s'asseoir dans une salle de classe, ni rien faire d'autre.

Quand il était parti de chez ses parents à la fin de son adolescence en prenant la décision enfin, après avoir tergiversé des semaines durant errant dans le quartier autour du lycée, Arthur se souvenait de l'effroyable soulagement de se trouver livré à lui-même. Mendes était beaucoup plus jeune.

C'est à dire également beaucoup plus repérable, et moins armé. Arthur avait fait le tour des éphémères hébergements de nuit chez les copains, c'est à dire leurs parents, mais il était presque majeur. Mendes venait d'un espace social défavorisé, et il était mineur, sa mère le couvrait, savait où il était ?

Avait-il tenté les halls d'immeuble, les longues siestes dans le métro d'un bout de ligne à l'autre, les bouches d'égouts abrité des passages, les chantiers désaffectés et les terrains vagues protégés de palissades ? Maintenant il avait quatorze ans et peut-être plus de connaissances, voire de facilités .

Le ramenait-on toujours à sa mère ? Comment le recevait-elle ? D'après Simon, c'était une mère absente, elle attendait la majorité de Mendes et s'en remettait à l'éducateur judiciaire. Car Mendes était très fier de lister les individus divers chargés de l'accompagner vers le devoir vivre ensemble.

Un projet de vie professionnelle pouvait-il être mis en œuvre avec la mère ? Se défaussait-elle toujours sur l'éducateur du moment ? Était-ce toujours le même juge, comment intervenait l'assistance sociale ? Chaque fugueur avait son histoire. Un jeune ne quitte pas l’école du jour au lendemain.

Arthur se souvenait de ses escapades pour aller rejoindre son meilleur copain de l'époque, Élté qui chantait avec Pierre Selos. Ils avaient déjà enregistré deux disques en microsillon, c'était en 1973, ils avaient tous les deux douze ans et des problématiques existentielles réservées à plus âgés.

Pierre Selos, en dehors d'être le chanteur des années soixante en voie d'oubli pour non conformisme communicationnel et commercial, était aussi un grand pote de trente ans à qui ils pouvaient se confier et qui les épaulaient, ce n'était pas véritablement une fugue, cela restait clandestin.

Arthur ni Élté n'étaient là où leurs parents auraient pensé les trouver, définition légale d'une fugue. Ils profitaient de l'après midi des Jeudis sans surveillance ni scolaire ni familiale, mais ils rentraient sagement chez eux le soir. Pierre était proche du mouvement pour les écoles différentes.

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