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Publié par Christian Hivert

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Le lendemain lorsqu’il n’y avait ni rendez-vous ni visite à n'effectuer nulle part, Arthur pouvait se lever très tard. A la proue de son navire il sentait Dominique Premier le regarder presque amoureusement. Elle était fière de son héro.

   Tes études, ça fini quand, et Stanford ?

    Tu sais où c'est ? 

   C'est loin à la nage.

   Où est tu Dominique ?

Il s'interrompait au milieu d'un geste comme souvent et ses lèvres remuaient en silence. Dominique, son absente. Heureusement personne ne s'en apercevait jamais. Dominique Premier était son secret recélé. La rencontrerait-il par hasard encore ? Comme au C.A.E.S. au concert de la « Dame Bleue » ?

Il mettait toujours une majuscule au Premier. Tous les Premiers lui ressuscitaient la douleur d’une affection partagée et niée. Tous les Premiers étaient sa peine et ses pleurs enfouis sous les éclats d’un rire tonitruant. Premier était Dominique, si rayonnante, si effleurée, si absente, obsessionnellement là.

   Reprends ton geste, on pourrait te voir ! Ne fais pas l'idiot ! Tu t'éclates bien ? Ne fais pas l'enfant !! Je suis plus qu'avec toi, je suis en toi ! Essaye toutes les femmes, tu verras bien si elles me valent ! Et laisse moi le nez dans ces kilomètres de polycopiés, tu échappes à ça !

   Bien sûr ma belle amie.

Il bougea lentement et pesamment un pied et respira fort. Quand même au C.A.E.S. (Centre Autonome d'Expérimentation Sociale) à Ris-Orangis, elle ne s'était même pas détournée pour s'intéresser un peu à ce qu'il devenait. D'accord les études c'est dur et long, mais bon, quand même !

Le C.A.E.S. était un grand squat de la banlieue parisienne ouvert par des militants aguerris de la vieille autonomie parisienne rescapée du tout début des années 80 du siècle dernier. Ceux qui s’étaient désintéressés de l’émeute permanente s’étaient emparés d’une subite promesse de transformation sociale.

Dans la foulée des expériences déjà abouties dans le milieu des squats allemands et Hollandais, des tentatives assez nombreuses de construction d’alternatives à la société marchande et capitaliste suscitent de multiples débats entre militants de la sphère radicale de la critique sociale en actes.

La plupart de ceux qui venaient brailler à U.S.I.N.E. faisaient parti de ceux qui réfutaient hargneusement ces initiatives. Arthur lui ne savait pas, ne savait pas assez, que s’était-il passé ces quatre dernières années où les tribus autonomes parisiennes s’étaient fait la guerre jusqu’à mort d’homme.

Il y avait ceux qui se revendiquaient d’un haut fait d’arme datant de manière quasi anniversaire de six ans plus tôt, le 23 Mars 1979, lors de la dernière grande manifestation des sidérurgistes lorrains, avant leur définitive mise au chômage. Arthur y était avec ces ouvriers en lutte pour leur survie.

En ces années là beaucoup avaient encore foi en un idéal révolutionnaire, c’est à dire de prise du pouvoir politique par la force rassemblée de tous les prolétaires et de leurs alliés, les théories américaines sur leur disparition et la fin de leur histoire n’étaient pas encore vulgarisées par les officines secrètes.

Deux ans plus tard la Cagoule collaborationniste du Capitalisme le plus ouvertement génocidaire, toujours en poste depuis les années 40 du siècle dernier, après avoir pris le contrôle politique des forces de gauche, prenait le contrôle du pays en leur nom, ce fut une euphorie cacophonique.

Durant tout ce temps Arthur avait été responsable du service de presse d’un petit mouvement autonome algérien combattant depuis la France la dictature de Boumediene puis de Chadli et pour la régularisation de ses militants, sans droits ici et là-bas,  il n’avait rien connu de ces embrouilles.

Néanmoins sa culture historique lui avait fait connaître le passé d’homme furieusement antisocial, et gestionnaire de tous les meurtres césariens du capitalisme de cet héritier de la Cagoule historique, qui faisait aboutir là son complot cinquantenaire contre ce qu’elle nommait « la gueuse ».

Alors Arthur n’avait pas été danser à la Bastille en Mai 81 et les années depuis passées lui avait tristement donné raison. Deux ans plus tôt, lors de la bataille héroïque des égosillés d’U.S.I.N.E., il était resté en compagnie des ouvriers en colère et avait ignoré l’aventure de ces tribus émeutières.

Arthur était donc novice tout en étant bien averti, sa culture politique était historique et puisait dans autant d’attaches familiales, ouvrières et paysannes, qu’amicales, ces rêveurs d’utopies des années 70, ou militantes, ses frères de lutte venus d’outre méditerranée construire la France.

Arthur ne comprenait pas la confusion qui avait pu s’emparer d’autant de militants sincères. Il devait bien le reconnaître, ils voulaient tous une aube nouvelle, de la justice, de l’équité, mais chacun défendait une manière d’y parvenir divergente et tous s’engueulaient jusqu’à l’aphonie comateuse.

Pour savoir qui était qui et qui voulait quoi il fallait être patient et savoir recevoir la confidence, puis trier les informations contradictoires, rejeter le fiel toxique des affrontements de frères ennemis, négliger les blessures des égos conjurés par la rivalité guerrière et le transfert mythomane de l’orgueil.

Tout prenait souvent une allure démesurée, dans la rage de convaincre et l’opprobre au bec les vilénies fusaient, les calomnies se répondaient, les énergies se fondaient, les désespoirs s’installaient et les cyniques se bardaient d’insolence. Arthur tentait l’impossible, comprendre et fédérer.

Arthur avait donc retrouvé au C.A.E.S. sa Dominique, son Premier, son amour alors qu’il se désespérait de ne jamais la revoir un jour, et que triste depuis, il devait bien reconnaître pour lui qu’il eut mieux valu ne jamais la revoir, l’avait-elle dévisagé, soupesé de la tête aux pieds, ignoré, snobé ?

Mais que faisait elle là au milieu de tous ces blousons noirs, elle était majeure désormais depuis peu, en compagnie de trois compagnons étudiants déguisé en petite bourgeoisie de sortie au concert, les oreilles baignant dans le rock de ceux qui ne sont pas encore la Mano Negra, les Hot Pants ?

C’était juste l’année précédente et la morsure de son indifférence le brûlait encore, elle ne voulait pas le revoir, il ne lui convenait pas, elle n’éprouvait pas les mêmes sentiments lui avait elle dit plusieurs années plus tôt, au moment de son désarroi majeur puis de son décrochage scolaire définitif.

Que faisait-elle dans cette caserne squattée trois ans plus tôt par une quinzaine de jeunes de banlieue munis d’un projet issu du rapport de Bertrand Schwartz à une époque où les cadres de la République cherchaient des solutions expérimentales pour remplacer la sécurité déjà condamnée du travail salarié.

Au sortir d’un cours relativement ardu de physique chimie, Dominique Premier avait interpellé Arthur, connaissant son engagement politique prolétarien l’avait tancé d’une remarque rapide avant de disparaître :

   Sait tu qu’il y a plusieurs sortes de Révolutions, la « Révolution Nationale » notamment.

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