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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 18:59
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comme-la-chanson.jpg Et après ça, quoi dire ? Soyons mirobolants ou soyons médiocres, la trace de l'air que nous déplaçons est la même, toutes catégories confondues !

 

Et alors voilà ! On se disait... Que pouvait-on bien se dire. Les vacances avalées. Paris luisait encore de scories émouvantes.


Dans l'histoire même de nos émotions récentes. Et alors qu'un vieil air de jazz nous rappelait que les rythmes sont de tous les temps, en tirant sur une cigarette au mélange voluptueusement langoureux de l'herbe à rêver, les portes d'un inconnu à créer, inventer, écrire, s'ouvrait et des langues de mélancolie se brûlaient au fort goût d'un alcool de Grappa.


Ca le brûla, au fond de sa tête, il avait rendez-vous demain. Il finit son verre, il y allait. Ernest sorti, après la pluie. Du soleil dans les flaques. Son chapeau sur la tête, il courait un peu. Après la barre de fer, il avait rendez-vous tout au bout de la plage. C'était demain, il rentra chez lui la nuit, après un autre verre, il rêvait encore à ça. Du coin de la rue, il n'y a pas si loin, déjà il l'avait pressenti.


Qu'il s'appela Ernest ou Ernesto, quand ses parents l'avaient appelé il y a bien longtemps, rien ne pouvait l'empêcher de tirer sur son cigare et d'y penser à nouveau. Son karma avait beau n'être pas entièrement tracé, ça ne l'empêcha pas de s'attarder, comme de sa libre volonté, au dessous d'une fenêtre à demi-éclairée, dont l'air, échappé par son ouverture, laissait passer des sons qui faisaient tressaillir nécessairement celui qui se sentait  appelé à les écouter. Selon quels critères ?


Le karma, l'histoire inventée, le carcan de l'écriture spontanée pourraient-ils le dire ? Lui, elle aussi d'ailleurs, mais lui, il aimait bien regarder chez les gens la nuit. Les maisons, dedans quand il y avait de la lumière, les livres, les murs, les gens, la télé, et inventer une histoire, un bout d'histoire.


Quand ça bougeait c'était bien. Des fois, il ne faisait que passer, à d'autres maisons ou pouvait rester, griller une cigarette le long du mur et rester.

 

Rester à sentir, observer dans le silence, comme dans ces silences de Bretagne, quand seul le vent venu des vagues de la mer semble murmurer des secrets que lui seul, et quelques mouettes de passage, courant après quelque menu poisson, pourrait percevoir et ne pouvoir décrire.


Décrit-on une odeur de varech sur des rochers encore mouillés de la marée qui vient de se retirer. Décrit-on les moules prisonnières de leur essaim, au milieu de ces bigorneaux noirs et bruns qui se dessèchent, avec pour seule compagnie, une étoile de mer dans l'enfance se prélassant au soleil.


Et ne le décrivant pas qu'on le décrit déjà. De ces plages cachées avec leurs cryptes émerveillées de quelques dizaines de centimètres carrés au creux de rochers matés par la douce masse éternelle de l'océan allant et venant.

 

Ca lui faisait penser aussi à la vase, dans laquelle on s'enfonce à marée basse. Il devait bouger, autrement sa tête allait dégouliner devant toutes ces fenêtres éclairées, ça le faisait rire au bout d'un moment; ça le rendait joyeux.


C'était chaud, alors c'était trop chaud, ça lui faisait penser à l'odeur de soupe dans l'escalier, quand il rentrait chez ses parents le soir et ça lui foutait le cafard. Alors là, il pouvait bouger. Il partit à droite, en haut de la rue, après les villas et l'escalier, on voyait la mer.

 

Cette mer qui venait fidèlement baigner la plage où il mouillait les pieds. Cette plage dont il était l'invité permanent, qu'elle soit de sable, de vase ensemencée de varech, de rochers agrippés par des moules, coquillages, huîtres, ou de galets, ou bordée de falaises enfleurées de toutes couleurs, qui lui était familière quelle qu'elle soit, bienfaisante et paisible.


Et l'océan, vaguelette après vaguelettes, apparemment dompté, imposait puissamment son immense masse aux structures de la côte, poussant une vague en avant, afin qu'en épuisant ses forces, elle recule, et forte d'avoir indiqué un chemin, elle redescende grossir la vague suivante qui irait plus loin !

 

Il descendit l'escalier, bientôt arrivé, pour se prendre un dernier bain de pied de mer et puis demain, oui demain, ce rendez-vous.

 


Par Christian Hivert - Publié dans : ne peut être vendu - Ecrire un commentaire
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