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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

cc2.jpgAu petit matin s’échangeaient les petits potins. Parfois l’actualité était furieuse et développait ses chapitres en parties : les info militantes, les nouvelles de la zone mondiale autour de la Fontaine des Innocents aux Halles, les concerts ou les manifs ; parfois une manif devenait concert : les Bérus sur un camion plateau.

A la dernière manifestation de chômeurs, les CRS avaient chargé le cortège autour du camion plateau et les Béruriers avaient bien cru y perdre leur matériel ; en fait personne se sût quelle était le but de l’opération : tout le monde fugua comme une volée de moineaux avant de se reformer quelque mètres plus loin.

Cela fut commenté à l’infini et à peu près dans toutes les langues vernaculaires, ou plus académiques, parlées par les dalles de béton et les trottoirs, de Paris canaille à Banlieue racaille ; les lascars n’était pas encore caillera et les bandes  débutaient juste dans le Hip Hop : le Rap n’était encore qu’une traduction sans fard.

Arthur parfois devait participer à des réunions de préparation l’empêchant de rendre à une manifestation sur un sujet suivi pas les bandes et les collectifs : il lui suffisait de venir s’installer auprès des deux pipelettes tenant salon jour après jour et souvent tout le jour, autour des tables assemblées du self universitaire le plus proche.

Chaparov avait suivi toute l’histoire de la bande du Lycée Autogéré issue du squat Paul Baudry et Gina les avait rencontrés dans les concerts et les tournages de clip underground comme « Mala Vida »  de la Mano Negra, où elle avait joué la fille qui court. Elles étaient les passeuses de nouvelles, favorites de Arthur, il aimait leur humour.

Ce fut Gina qui amorça ce jour :

— Alors quoi, on rend les gamins malheureux, y a du suicide dans la fabrique, c’est quoi l’histoire ? Les pompiers sont venus cette nuit ?

— Ah ouais Gina, t‘aurais vu ce barouf, tous les énervés qui voulaient pas les laisser entrer, et personne n’a rien vu, rien su, rien compris. J’attends Simon qui doit encore être à l’hôpital, il a dû passer ce matin, vu qu’il y a des croissants.

Gina : c’était la gouaille du faubourg, alliée à une « élégance de hérisson ». Elle connaissait toutes les bandes de musiciens, assumait quelque rôle bénévole, des pas encore « Garçons Bouchers » aux futures « Négresses Vertes », de groupie active de l’un à manager passive de l’autre, elle trainait son ironie et Chaparov.

Pour ne pas vivre cependant exclusivement d’eau fraîche, Gina se dépensait sans compter en prêtant sa voix pour émoustiller en ligne des hommes libidineux et imaginatifs ; elle avait trouvé une combine complétement nouvelle en ce temps là : elle était animatrice de téléphone rose, cela rapportait bien et ne demandait trop.

Elle en faisait la recension quasi exhaustive à Chaparov, c’est à dire un peu chaque jour –  elle n’officiait qu’en soirée et jusqu’à passé minuit, aux heures de rut les plus habituelles aux solitaires et autres exclus des faveurs et délices de l’échange sexué – :

— À l’heure des putes, affirmait-elle, volontiers provocatrice

Chaparov écoutait, l’œil luisant de convoitise, émoustillée, cela lui donnait des idées sympas. Elle s'aimait bien dans son rôle de perverse coquine dans un monde d'adultes vicieux. Elle laissait flotter son regard à travers la salle. Il lui semblait qu'aucune limite humaine, aucune création, aucun mur, aucune table, aucune chaise ne pourrait l'arrêter.

Fétu de paille, poussière d'ange :

— Pucelle et c'est ma gloire ! pensa-t-elle.

Une angoisse venait de se dissiper lui laissant l'esprit plus libre. Son regard se posa sur Simon venant d’entrer. Elle ne le sentait pas. Aucun fluide n'émanait de lui. Elle eut la sensation étrange qu'il n'existait pas, sortilège ?

Chaparov ne buvait pas, ne fumait pas, ne se droguait pas : elle riait la plupart du temps jusqu’au fou rire, par saccades victorieuses. Au détour d’une arrestation collective pour collage d’affiche, tous étaient placés en garde à vue quelques heures : sauf elle, relâchée dans l’heure ; on apprenait alors qu’elle était mineure.

Les policiers n’avaient pas le droit de la garder, et Arthur apprenait par la même occasion que la demoiselle les avaient tous bernés, lorsqu’ils avaient dit les mineures ne passent pas leurs nuits à USINE, elle avait dit Oui…Oui… Et elle passait régulièrement ses nuits à chahuter avec Ricks, c’en était une habitude.

Chaparov n’avait guère de souhaits, elle aimait bien ces courses échevelées de petits punks se faisant peur ou de jeune militant lâchant du terrain devant les gros cordons de CRS. Elle aimait ceux qui résistent, ceux qui fédèrent, elle aimait Arthur, elle aimait les chevaliers, elle aimait encore mieux les avoir à ses pieds, or elle n’était pas si belle.

À maintes reprises elle avait tenté du contact cajolant avec Arthur, lorsqu’il téléphonait à un commissariat pour avoir des nouvelles de copains, elle se collait à lui comme pour se rapprocher de l’écouteur, mais Arthur était sérieux, si sérieux, était-il possible de le dérider, était-il méfiant à ce point, que craignait-il ?

Chaparov aimait tant lorsqu’elle sentait une lueur d’interrogation possessive dans l’œil d’un jeune mâle ; elle aimait lui échauffer les ardeurs, le laisser s’imaginer la planète bleue aux origines de la vie, les voluptés promises par son corps juvénile : elle souriait, cajolait de loin, laissait s’approcher et disparaissait brusquement.

Si le petit mâle devenait triste et taciturne, elle savait avoir compté pour quelqu’un, mais pucelle : c’était un bon statut ; elle ne souhaitait pas vraiment que l’on touchât à sa peau, lorsqu’ils chahutaient dans le lit avec Ricks, il était entendu que les vêtements ne seraient pas ôtés : se frotter, se chatouiller, s’embrasser même, pas plus.

Parfois l’un des garçons oublié en pleine montée d’adrénaline, au détour d’une soirée, se rebellait et tentait de rechercher, de coincer l’adolescente, d’en obtenir joies et faveurs crues : alors le sourire carnassier de la lionne comblée éclairait le visage et arrondissait ses ombres anguleuses habituelles ; elle domptait l’animal : ne se rendait pas.

Elle profitait bien videment de la protection anti machiste la plus large : nul évacué n’aurait pu tenter la moindre agression sans risquer de solides rétorsions ; l’esprit de solidarité des bandes n’était pas un leurre : si on en touchait un ou une c’était tous qui se sentaient touchés. Chaparov en profitait pour vivres ses fantasmes.

 

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