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Publié par Christian Hivert

safe_image.jpgAu cours de ces journées sans apanage et confondues en amas de périodes ne laissant nulle trace ni souvenir, parfois Chaparov goûtait d’une intimité apaisée, restant volontiers seule avec Arthur dans le grand squat, quasi désert à certains moments, où ne retentissait plus que les coups sourds des sportifs du second étage sur le plancher.

C’était parfois un moment d’échange et de confidences, Arthur ne tentait le moindre rapprochement de la gamine qu’il avait vue opérer avec des petits Skins de la bande en train de se constituer autour des Béruriers, l’un d’eux, le Roadie du moment s’était fait salement rabroué :

   Ça va Pierrot j’t’ai rien promis, range ta queue !

Arthur avait assisté de loin aux échanges peu amènes. Ce qui était étonnant était que Chaparov n’avait pas un grand charme ni une beauté évidente ; il fallait la connaître un peu mieux et dans de multiples occasions, le charme physique devenait visible et pouvait opérer, et cela ne pouvait venir que si elle allait chercher le garçon.

Dès que l’un d’eux était soudainement ferré, au cours d’un concert, après quelques frottements ou des paroles ambigües, elle le promenait gentiment dans les flots tumultueux des œillades et des sourires de loin lancées, elle les faisait tourner, espérer, elle disparaissait et réapparaissait indifférente, comme pour mieux tester son pouvoir.

Elle attendait d’être sûre, elle attendait la souffrance de l’autre, et voir si même en souffrance de cette frustration il maintenait ses prétentions à posséder son corps. Chaparov éclatait de rire à l’intérieur d’elle même, ils croyaient pouvoir toucher un jour son corps de jeune pucelle, ces petits prétentieux, qu’ils aillent se branler !

Aussi Chaparov avait besoin de solides appuis, pour faire tampon à la fureur du taureau chauffé à blanc, elle prenait garde à ne jamais prendre de trop gros morceaux à gérer, ni des fous ni de vrais méchants, et puis elle les dépeçaient, gentiment cruelle. Ricks était un premier appui, elle le laissait jouer, ils avaient grandi au CAO.

Ils avaient parfait leurs connaissances émotives du corps de l’autre dans le grand lit collectif – ils dormaient chaque nuit à une dizaine sur les matelas assemblés dans la petite pièce du squat « Baudry » –, tout s’y faisait tranquillement sous les grandes couettes ; Ricks avait toujours respecté ses volontés virginales, juste chahuter.

Arthur ne comprenait pas toujours les désirs ténus et les jeux des femmes, lorsqu’elles mettaient tout leur art de plaire en forme de pouvoir et en jouissance de domination ; en avait-elles vraiment un plaisir si intense, en observant les jeux de Chaparov avec ces petits Skins amoureux transis, usant de l’espoir d’user de son sexe.

Une année plus tôt Arthur avait trainé ses guêtres avec Petit-Bonhomme, rescapé des squats de Barbés du début des années 80, ancien colocataire de membres visibles d’Action Directe, avant leur grand plongeon, une amie opportunément en vacances leur avait prété son petit appartement sur le Boulevard de Ménilmontant .

C’était petit, coquet, et par cette période de l’été nécessairement aéré à fenêtres grandement béantes, donc bruyant, c’est-à-dire très parisien, le souvenir venait de là, du vent frais et du soleil dans le nez, lorsqu’il s’était effondré en larmes comme un moufflet rudement sanctionné par erreur, garçonnet sans défense.

Il était assis à la table ronde, tentant de ravaler ses pleurs, l’esprit déculotté, le coeur électrochoqué, l’estomac retourné, Arthur accepta ce souvenir de souffrance tel un pèlerinage aux fantômes du passé, cela ne lui coûtait plus rien, heureusement, c’était il y a bien longtemps, et Chaparov était pareille, une cruelle.

Reine, sa reine, dont ils étaient tous amoureux, Reine se faisait lentement pousser sur les glissières de la jouissance par son nouvel amant, là, dans la pièce à côté, sur le lit non défait, elle avait voulu qu’il en soit le témoin involontaire et pris au dépourvu, mystère d’un phantasme féminin, elle savait qu’il l’aimait.

Il n’avait même pas pensé à souffler la chandelle et à sortir de l’appartement, cela avait commencé par des petits gémissements, il s’était précipité par la porte entr’ouverte, elle l’avait appelé, se leurrait-il, ne devait-il pas la protéger, garder la porte de la chambre, puisqu’il l’aimait, puisqu’il ne comprenait rien ?

Il s’était arrêté, net sur le seuil, devant la vision de Bablous de dos jouant le missionnaire triomphant sur le ventre étalé de Reine, haletante, la tête renversée, râlant en cadence, sa méprise le surprit, comment avait-il pu confondre, l’amoureux est aveugle, et de plus sourd, il ne s’agissait que de copulation méthodique.

Sa pudeur vivement heurtée, rougissant de honte et de désir, il se recula et tira la porte en douceur, une bouffée de désespoir absurde l’avait promptement assis sur la première chaise venue, accoudé à la table, respirant difficilement, moralement asphyxié, englouti, démembré, abruti. Comment n’avait-il pas vu ce jeu.

Les cris s’amplifiaient, elle jouissait bruyamment maintenant, le grincement de la porte poussée par Arthur l’avait déclenchée, elle n’était venue que pour cela visiblement, s’envoyer en l’air devant Petit Bonhomme et lui, cela renforçait-il son plaisir, Petit Bonhomme n’en menait pas large non plus, pourquoi ?

Il faisait la sieste dans le canapé et s’efforçait de se donner l’air endormi, cela lui paraissait incongru, qu’en avait-il à faire qu’elle se fît hussarder quasiment sous ses yeux, c’était son plaisir à elle, non le sien, alors, pourquoi ces larmes d’enfant châtié, incongru chuchotis mouillé de dépit, elle vint s’installer sur ses genoux.

Mais pourquoi ne l’avait-elle pas désigné, pourquoi ne faisait-il pas parti de son jeu, Arthur ne parvenait pas à comprendre, les rejets odorants de la salle de bain lui moisissaient cœur et âme, il avait eu le sentiment d’une exclusion, qu’avait- elle voulu lui dire, que lui avait-elle demandé ? Elle avait regardé le fond de ses yeux souffrant.

La raison au bord de l'immensité cosmique, son entendement était submergé par des réflexions confuses sur le bien-fondé de l’amour possessif, il chassa le souvenir d’un mouvement de sourcils et se secoua, s’il aimait Reine à ce point, que ne chérissait-il son extase, et son amant, puis elle fila se faire prendre à nouveau.

Arthur était encore puceau, au physique et dans l’âme. Chaparov visiblement faisait le même jeu en différent, elle ne couchait pas, elle attirait l’attention sur elle, jouait, câlinait, laissait entrevoir et espérer, bougeait ses cuisses fines en des sourires et des poses ambigües, puis soudainement elle s’indifférait sans appel : souffrance garantie.

 

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