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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

cc.jpgMaintenant, au cœur de la lutte, au cœur d’une zone temporairement libérée du joug général comme se complaisaient certains à le dire, un môme, un de ces inutiles dont les sociétés modernes ne savait que faire après en avoir produit à profusion, l’un de ces tombés du nid directement dans le ruisseau tentait de se suicider.

Aucun d’entre eux, ni ceux qui chahutaient abondement avec Mendes, fiers d’être des grands frères, ni ceux dont l’appétit central était de toujours rassembler, toujours motiver pour épauler les luttes, avertir, informer, diffuser analyses et informations, personne n’avait rien décelé, rien vu venir, le petit était seul au milieu de leur foule.

Arthur se leva ce matin là ; parfois quel qu’évènement particulier favorisait l’usage habituel d’une nuit dans sa fonction non plus de fête échevelée entre punks alcoolisés mais dans sa fonction plus commune de moment de détente, repos, sommeil. Du coup Arthur disposait d’une vision plus large des heures de la journée.

Ces jours là il croisait le versant des énergies constructrices qui géraient les activités et les salles de répétition ou de sport. Claire, régulièrement la première arrivée, juste après avoir emmené sa gamine à l’école, déboulait avec une baguette de pain frais et mettait le café en route, ces matins là étaient calmes dans le squat endormi.

Souvent c’était le moment des rêvasseries devant les bols de café et les tartines de confiture ; parfois en rentrant tôt d’une de leurs virées nocturnes, Simon et Arthur ramenaient des croissants et diverses viennoiseries chipées à l’arrière d’une camionnette Boulevard Davout, toujours la même, toujours ouverte.

Ils faisaient attention à ne pas tout prendre mais en prenaient bien un bon quart. Le vieux tube Citroën laissait gentiment son haillon arrière s’ouvrir sans même grincer et les viennoiseries était sur de grands plateaux disposées au sommet d’un monticule de ravitaillement pour petite épicerie de quartier.

Il suffisait d’y être aux alentours de deux heures du matin, la fournée avait été disposée – ce devait être la première fournée de nuit d’un boulanger du secteur – ; l’épicier ouvrait tôt sur les coup de sept heures et vendait le première restauration aux prolétaires les plus tôt montés sur le pont : s’apercevait-il de ces disparitions régulières ?

Ce chapardage dura des années et jamais le moindre empêchement ou piège ne vint déjouer cette gourmandise matinale ; le petit épicier de quartier semblait faire là son offrande à la pauvreté : se doutait-il de ces contentements et gloussements lors de l’absorption des pains au chocolat ou aux raisins par des affamés matinaux ?

Arthur aimait bien ces moments : à peine réveillé, encore embrumé de la chaleur d’une couette, dans le souvenir d’un contact charnel – parfois Maïté, jeune adolescente yougoslave rencontrée dans le métro venait passer sa nuit dans le lit de Arthur – ; le calme des ronflements lointains berçait la confidence de leur langueur.

Chaparov souvent rompait la nuit passée avec Ricks et venait s’attabler avec Gina, elles refaisaient leur monde et sardonisaient tout échange, toute remarque. La critique acidulée du comportement humain observée en spectateur permanent est bien souvent jouissive :

— On fait terrasse et on regarde passer le monde ? quand ils avaient un billet en poche…

 Chaparov en bout de table eut tout d'un coup une vision du monde, de l'univers même. Elle s'angoissa. Cette vision ne lui venait pas d'elle même, elle le sentait bien. Elle avait en elle l'assurance absolue d’appréhender et d'absorber une infinité de choses en projetant un regard désabusé et superficiel autour d'elle.

Elle savait qu'elle pouvait voir. En général elle ne prenait pas cette peine. Elle se contentait de reconnaître le fluide global émanant des gens sans approfondir. Il ne lui en fallait pas plus. Elle savait ne pas abuser de son don et évitait ainsi que la confusion ne dissipe son esprit. Et puis les échanges entre elles et Gina tenaient parfois du sketch.

Mais  cette image approfondie et détaillée, infinie et disloquée qu'elle venait d'avoir et qu'elle n'avait pas désirée. D'où venait-elle ? Manquait-elle donc de contrôle d'elle-même ? Non, elle se l'était prouvée à maintes reprises. Son angoisse lui venait d'être si infiniment, définitivement petite, inutile, même pas aimée

Elle eut peur de USINE, de ces vies décousues, de ces interrogations. Chaparov restait bouche bée. Au-dehors des anonymes passaient et repassaient. Que pouvait-il y avoir au bout de leur chemin ? Elle voyait tous ces gens engagés dans ce tunnel nommé la vie, long couloir de métro d'où l'on ne pouvait sortir que morts, par définition.

Elles goûtaient les délices de la séparation, du bon goût, de l’entre soi, de l’autosatisfaction. Leurs dérisions étaient des échappatoires et des réponses aux sentiments paranoïaques et réciproques de méfiance ou de condescendance habituellement associés à ce type de position extérieure au monde courant : si peu dans leur légèreté.

 

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