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Publié par Christian Hivert

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Le vilain capitalisme et sa barbarie

par Robert Kurz

Aucun ordre social n'a provoqué autant de guerres, de guerres aussi étendues et aussi dévastatrices au cours de son histoire que le capitalisme dans sa merveilleuse modernité. Aucun ordre social n'a attiré sur une aussi grande partie de l'humanité une telle misère matérielle et produit en même temps d'aussi considérables richesses [Robert Kurz distingue là la richesse matérielle de la richesse sociale historiquement spécifique au capitalisme, qu'est la valeur]. De même, jamais il n'a existé de système social capable de conduire l'humanité plus près de la destruction de son infrastructure naturelle à l'échelle planétaire. Jamais les hommes n'ont été plus socialisés, entretenant entre eux des rapports de dépendance, de répartition des fonctions et de médiation mondiale et jamais les individus sociaux n'ont été aussi atomisés dans leurs structures et se sont regardés avec autant d'indifférence, tels d'abstraites monades d'intérêts.

Ce ne sont ni des thèses ni des affirmations qu'il resterait à prouver. Toutes ces manifestations négatives, destructrices et catastrophiques sont visibles et d'une indéniable évidence historique et structurelle. Cela n'empêche pas les tranquilles apologistes démocratiques du capitalisme, comme des criminels récidivistes, de contester même ce qui a été mille fois prouvé et reconnu comme évident. Aujourd'hui, dans les centres mondiaux du « sujet automatique » [qu'est le capital], il appartient au sens commun des politiques, scientifiques, économistes et rédacteurs d'articles de chuchoter constamment et avec une remarquable ignorance, les mots « civilité » et « civilisation » à la vue des masses de pauvres du monde entier, des pays ruinés économiquement, des continents contaminés, des réserves naturelles en voie d'épuisement et des rapports concurrentiels de bêtes sauvages.

Le capitalisme nie sa propre histoire, les dévastations apportées par ses « risques et effets secondaires » quotidiens, ses potentiels de paupérisation et de destruction. Il projette sa propre nature négative sur un « extérieur » imaginaire de dictatures, d'abysses amoraux de l'âme humaine et de méchanceté subjective ; phénomènes, qui n'ont soi-disant aucun rapport avec lui, mais qui en réalité ne cessent de sortir de son sein. Tout ce que cette planète compte de pauvreté, de malheur et de violence, n'est jamais dû à un trop, mais toujours à un trop peu de capitalisme - voici l'infâme déformation des faits. Même en matière de mensonge, d'impudence et aussi d'auto-tromperie, l'ordre capitaliste est historiquement imbattable. Le capitalisme bat le record mondial, le record historique et le record humain de crises, destructions et guerres sociales - il est pour Borges, la vraie « histoire universelle de la bassesse ».

La « civilisation de l'argent » est une contradiction en soi, parce que le pouvoir des choses mortes sous forme de sujet automatique matérialisé ne peut pas créer de civilisation humaine et sociale. L'essentiel de ce qui vient des institutions et des mandarins du capital comme moralité de façade, réglementations abstraites et avertissements permanents exhortant au respect mutuel, à la dignité humaine et à la serviabilité etc. est repris de la religiosité des sociétés agraires pré-modernes ; comme l'a montré Marx avec acuité, la religiosité est devenue avec le capitalisme une affaire personnelle qui n'engage à rien. Dans le capitalisme l'homme doit être bon, non pas à cause, mais en dépit de l'ordre social structurel qui repose sur la plus vile concurrence, celle de chacun contre chacun. Les idéaux que le capitalisme a mis en avant, tels que la liberté individuelle et la souveraineté de la raison humaine, n'ont toujours été qu'une compilation de formules pompeuses servant à désigner le « libre » entre déchirement auquel se livrent les humains dans l'odieuse concurrence économique et la « liberté de l'homme solvable » d'une part, l'auto-soumission sans condition aux pseudo-lois naturelles concrètes du sujet automatique d'autre part - donc exactement le contraire de la liberté, de la raison et de la souveraineté.

L'homme capitaliste a été affranchi de l'étroitesse et des contraintes des ordres agraires et religieux, consanguins et autres, non pas positivement, mais négativement : c'est-àdire en sujet abstrait et désinhibé d'une lutte permanente pour la survie sociale attisée artificiellement. Une socialisation aussi poussée, basée sur l'insociabilité stupide de ses membres porte nécessairement en elle un potentiel de barbarie, plus encore : elle est déjà barbarie dans ses propres structures. Par ironie du sort, les empires occidentaux du capital ont emprunté à l'Antiquité l'idée de barbarie et de barbare pour dénoncer, comme les arrogants empires d'antan, tout caractère social ne correspondant pas à leur nature et s'en distancer. Pourtant, le capitalisme surpasse de loin en cruauté, en déshumanisation et, en même temps, en infantilisme toutes les cultures de l'âge de pierre, des peuples dits primitifs, des tribus et tous les grands rois et rois-dieux de l'histoire.

Et qu'aurait dit Marx de cette tirade ? Le Marx exotérique [celui du marxisme] se serait voilé la face et aurait et aurait invoqué - une fois de plus - l'instance inventée autrefois par la philosophie des Lumières bourgeoise et le libéralisme : la « nécessité historique ». « Nous dégustons le nectar dans les crânes des vaincus ». Ce progrès atteint en piétinant les champs de ruines et les cadavres, ce progrès que l'on recommence aujourd'hui à appeler, au point d'en être moralement écoeuré, le « prix social inévitable de la modernisation », doit être si possible payé par « les autres » quels qu'ils soient. Là encore, dans le cas de cette grande fête bourgeoise de la mythologie du progrès, le Marx ésotérique contrecarre le théoricien exotérique de la modernisation, en ne se laissant pas aveugler par une prétendue inéluctabilité historique et dénonce la barbarie du détestable capitalisme sans l'épargner.

Si l'on prend au sérieux cette critique de la barbarie capitaliste qui transparaît chez Marx à travers l'indignation historique ainsi qu'à travers l'analyse de la notion de fétichisme moderne, ce système-fin en soi capitaliste de production marchande n'apparaît plus comme une étape inévitable, même s'il reste une étape négative et destructrice et la seule forme possible de développement des forces productives dans le processus historique téléologique. Il apparaît maintenant comme une erreur d'évolution ou un grave accident de l'histoire, le pire imaginable, le dépassement du capitalisme serait alors moins le couronnement de l'histoire du progrès et, de ce fait, simplement l'apogée de la mythologie de l'histoire des Lumières, libérale et bourgeoise dans ses propres catégories (dont l'accomplissement du prochain stade plus élevé « objectivement » attendu, selon les lois historiques abstraites), qu'en quelque sorte le fait de tirer le signal d'alarme, métaphore que l'on retrouve en gros dans la philosophie de l'histoire, négative, de Walter Benjamin.

Toutefois, dans ce jugement de principe historique indirect du capitalisme, une chose est également exclue du Marx ésotérique : la transfiguration romantique et littéralement réactionnaire des sociétés agraires pré-capitalistes avec leurs structures de dépendance personnelle et leurs formes de fétichisme social transmis par la religion. Sur ce point, le Marx exotérique avec son héritage libéral agit comme une sorte de correctif qui empêche la critique du capitalisme de tomber dans l'irrationalisme romantique et surtout autoritaire. On ne peut dire qu'une chose : une poursuite - peut-être plus lente, mais plus circonspecte - du développement des forces productives, tel qu'il a déjà eu lieu antérieurement au capitalisme, n'aurait pas forcément nécessité la logique démente d'un capitalisme en tant que fin en soi ; les nombreuses batailles défensives sociales des temps modernes, qui furent loin de laisser intacts les hommes des mouvements sociaux en présence, auraient pu, en principe également aiguiller l'histoire dans une autre direction . La victoire du « factuel » remportée par la force, qui nous préoccupe, n'est pas un argument contre une possibilité alternative qui n'a jamais pu se concrétiser et qui est encore inédite dans le factuel de l'histoire. Certes, la roue du temps ne peut ni ne doit être inversée, mais peut-être faut-il refuser toute légitimité historique du capitalisme, nier totalement le prétendu progrès qu'il aurait représenté à tout point de vue, pour pouvoir s'en débarrasser à jamais.

L'avènement du capitalisme fut loin d'être idyllique, philanthrope et pacifique. C'est ce que montre Marx dans le célèbre chapitre du « Capital » sur ce qu'il nomme l' « accumulation primitive » qui précéda le mode de production capitaliste à partir du XVIe siècle et créa les conditions de son apparition. Bien loin de la mythologie officielle, encore en vigueur aujourd'hui, d'un capitalisme né d'une extension pacifique et amiable du commerce et de la circulation de l'argent, « favorisant la prospérité », Marx dessine une image complètement opposée : celle de l'histoire violente, sanglante et cruelle d'hommes séparés de leurs moyens de production, de l'expulsion de la population paysanne littéralement chassée de ses maisons et de ses fermes, pour être transformée en « pauvres » déracinés et finalement en ouvriers salariés « libres » potentiels.

L'histoire de la constitution du capital est faite des crimes que celui-ci a perpétrés pour se constituer. C'est ici que se trouve le noyau de violence de la société moderne. Il n'a toujours pas disparu des démocraties de la fin du XXe siècle et continue à exister dans l'administration démocratique des hommes, assurée en dernière instance par la force de l'Etat. La tâche essentielle de cette administration consiste à maintenir les individus séparés des moyens de production depuis longtemps socialisés et à conférer au capital son aspect objectif. Et ce crime originel capitaliste, comme « figé » dans cette objectivation, se perpétue aujourd'hui encore, de jour en jour, dans les grandes régions de la périphérie capitaliste, dans le « far south » et le « far east » du capital mondial. Cette violence immédiate et éhontée de l'accumulation primitive proliférante constitue le premier niveau de barbarie capitaliste.

Le second niveau est déterminé par la barbarie structurelle du capitalisme dans son cours « normal » des choses, sur le terrain de sa situation déjà consolidée et intériorisée. Cette barbarie structurelle naît d'une part indirectement et involontairement du concours aveugle des marchés et de la rationalité de la gestion d'entreprise, elle est la conséquence des risques et effets secondaires encourus dans la lutte concurrentielle universelle et permanente. Tous, les jours, ce sont des masses de gens qui souffrent de privations pour la seule raison que leur existence est inintéressante pour les marchés. La faim et la misère, malgré un fonds encore jamais égalé de moyens de production, de moyens techniques, médicaux et autres, sont d'une barbarie d'autant plus atroce qu'elle n'a pas d'auteur. D'autre part, cette barbarie structurelle a aussi un aspect subjectif : c'est aussi bien la délinquance légale (par exemple, le travail des enfants resté notoire dans le capitalisme mondial, voire réapparu dans les centres industriels) que l'entremêlement du capitalisme et du crime organisé. Une tendance qui n'a cessé d'augmenter au long de l'histoire et semble aujourd'hui atteindre un point culminant. Pour avoir fait du « toujours plus », le propre de l'aspiration humaine et de la concurrence de tous contre tous une situation normale, le capitalisme ne peut faire autrement qu'encourager et faire prospérer le crime quel qu'il soit.
Le troisième niveau de la barbarie capitaliste est constitué par ce que l'on appelle depuis le XIXe siècle, « état d'exception », « état de siège » ou « état d'urgence ». Un tel système fétichiste paranoïde ne cessant de provoquer des crises et catastrophes, des flambées sociales, de violents conflits intérieurs et extérieurs etc., il est périodiquement obligé d'extérioriser son noyau de violence et de le manifester. Alors, quand on attaque la substance, que l'on s'en prend ou prétend s'en prendre au mode de production capitaliste même, les piliers capitalistes de la société, c'est-à-dire les notables bourgeois ne connaissent plus ni limite ni pitié. Ils se changent en bêtes féroces allant jusqu'à piétiner toute moralité, voire leur propre loi. Pinochet représente le libéralisme en état d'exception, donc son véritable visage. Cette histoire de la barbarie capitaliste en état d'exception ou de crise a si souvent été jouée et rejouée jusqu'à présent que l'on peut difficilement attendre autre chose de l'avenir. Cela ne console pas beaucoup de voir régulièrement les soutiens de la société, les élites de fonction du capitalisme également cannibalisés par les esprits qu'ils ont invoqués. Mais ces « fanatiques de la valorisation de la valeur » préfèrent se laisser massacrer par des démons que de remettre leur aveuglement social en question.

Tout ceci soulève naturellement le problème de la responsabilité. La conception simple du monde du marxisme du mouvement ouvrier distinguait encore nettement le « nous » et les « autres », le « bien » a priori et le « mal » a priori dans ce que voulaient les classes sociales. Mais si le complexe commun constitué par le travail abstrait, la forme marchandise, la citoyenneté, etc. entre dans le champ de la critique, où se trouve alors la responsabilité ? Peut on rendre un complexe de structures aveugle, peut-on rendre le sujet automatique responsable de quoi que ce soit, même s'il s'agit du pire des crimes ? Inversement : si finalement la barbarie capitaliste est présente dans les contraintes silencieuses de la concurrence, les exactions des méchants managers, du sale politicien, du bureaucrate affecté à la gestion de crises, du boucher entaché de sang de l'état d'exception ne sont-elles pas excusées d'une certaine façon, parce que toujours conditionnées et causées par les lois structurelles de la « seconde nature » ?

Une telle argumentation oublie que la notion de sujet automatique [du capital] est une métaphore paradoxale pour un rapport social paradoxal. Le sujet automatique n'est pas une existence à part se cachant quelque part dehors, mais il est la sphère d'influence sociale qui oblige les hommes à subordonner leurs propres agissements à l'automatisme de l'argent capitalisé. Mais ne sont-ce pas toujours les individus qui agissent ? La concurrence, la lutte pour une survie artificiellement suscitée, les crises, etc. font apparaître la force de la barbarie. Cependant en pratique, il faut bien que cette barbarie soit le fait d'acteurs humains, donc qu'elle passe à travers leur conscience. Voilà pourquoi les individus sont subjectivement responsables de leurs actes, autant le méchant manager et le sale politicien que, de l'autre côté, le chômeur raciste et la mère célibataire antisémite.

Tous les jours il faut que soit surmonté l'énorme potentiel de peur et de menace qui pèse sur cette société. A chaque instant, les individus prennent des décisions qui ne sont jamais complètement dénuées d'alternative - ni à la petite échelle de la vie quotidienne ni à la grande échelle de la société et de l'histoire. Personne n'est qu'une marionnette sans volonté, tout le monde doit se libérer des effarantes contradictions, des angoisses et des souffrances de cette emprise de la peur. Il n'y a rien d'absurde à concentrer l'indispensable critique de la société sur le niveau des structures sociales générales, sur le travail abstrait et le sujet automatique [du capital], mais, en même temps, à rendre les individus agissants responsables de leurs actes, même si leur statut social leur vaut l'état d'irresponsabilité.

Marx a évoqué tous les niveaux de la barbarie capitaliste. Mais que ce soit justement le Marx ésotérique qui associe la critique catégorique des formes sociales capitalistes à l'indignation provoquée par les actes de barbarie et accuse les responsables avec une rare violence est ce qui rend sa lecture aussi alarmante. En effet, on se rend compte là, avec inquiétude, que c'est le capital, parce qu'il n'est justement pas un simple rapport subjectif de volonté, qui, par son caractère de fétiche irrationnel, engendre la mauvaise volonté - l'irresponsabilité des responsables et la responsabilité des irresponsables.

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