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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

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Les uns souhaitaient construire le lieu de l'intérieur, lentement, efficacement, et ouvrir les portes du lieu occupé à des collectifs de proposition d'activités, s'approprier l'espace. Les autres, au nom d'une prétendue protection par le nombre, battaient le rappel large de toute tribu oisive.

Les débats générés par ces volontés opposées s’alcoolisaient tard dans les nuits froides de cet hiver venu de l’année 1984 que tous prévoyaient fatidique. Orwell était leur guide et leur théoricien, ils décelaient de la novlangue dans chaque parole de politicien, Arthur avait du mal à se réveiller.

Ce rêve étrange et récurant qu’Arthur faisait souvent au démarrage de chaque histoire importante de sa vie, comme une prémonition onirique, quel était donc cet échafaudage improbable de tabouret jaunes, cet entremêlement hétéroclite de groupements militants et d’intentions politiques.

Cela annonçait il une guerre avec la Chine ? Il est vrai qu’en cette époque là l’espace idéologique des anticommunistes militant sous couverture humanitaire et militaire ne s’était pas encore résorbé. En cette fin d’hiver le monde ébahi n’avait encore constaté les nouvelles manières américaines.

Il y avait bien eu des bateaux pour le Vietnam et des « îles de lumière » pour réfugiés faméliques mais cela n’avait pas vraiment pris cette forme moderne d’impérialisme fait d’amalgames et de chantages moraux véreux en vue de destruction de pays souverains et insoumis.

Toutes les troupes de paumés, marginaux, ex squatters Autonomes, groupes de réfractaires, publics de concerts de rock Punk, buveurs de bières, anarchisants et anticapitalistes, empêtrés de controverses floues et vindicatifs sur tous les sujets, défilaient soir et nuit et ronflaient au matin.

Les Premiers, dont Arthur faisait partie, tentaient résolument de refermer les portes trop largement ouvertes et de faire respecter une sérénité d'habitation. Ils essayaient de distinguer les égosillés permanents de ceux, plus discrets, porteurs d'un projet Autonome, capables d'organiser et de créer.

En bons responsables de la destinée d'un espace de subversion et de rébellion, ils avaient une vision plus planificatrice et directoriale. Ils appelaient à des réunions de gestion des lieux, demandaient des comptes, concédaient les espaces inoccupés en fonction de leur possible utilisation concrète.

 

Ils choisissaient parmi les nombreux projets présentés ceux, rares, s'intégrant de manière prometteuse dans le projet collectif défini avant même d'avoir ouvert l'entrepôt du 15 de la rue Kléber, lors des réunions tumultueuses du 17 de la rue des Vignoles, et étaient combattus par les autres.

La ligne de traverse générale se situait entre l'aménagement des taches, ce qui n'est pas une organisation politique, et la confusion générale pour échapper aux travers des organisations politiques. Cette ligne de traverse se retrouvait dans tous les mouvements anarchistes ou communistes.

Les uns considéraient qu'il ne fallait rien organiser, que l'organisation était la source et la reproduction du désordre de la société, que seul le chaos et le tumulte, voir l'émeute permanente, pouvaient créer les secousses nécessaires au renversement de tout le système corrompu d'exploitation.

Il suffisait de laisser tout le monde s'exprimer, sans se prendre la tête, accueillir tout le monde et ne juger personne, chacun avait ses propres critères et ses propres valeurs. Aucun collectif de gestion et d'organisation ne pouvait être mandaté par l'ensemble des rebelles de Paris et Banlieue.

Quiconque mettait les pieds pour la Première fois dans le lieu était submergé par la turbulence générale inspirée par les tribus des Halles de Paris et des Banlieues. Ils avaient donné une tonalité initiale et définitive au squat U.S.I.N.E. de Montreuil, jusqu'au fin fond des campagnes de France.

Les journées d'afflux, souvent, la petite porte en fer du rez-de-chaussée était inlassablement ouverte. Elle donnait sur le hall du bas, en général désert, dépouillé. « Vive les Wampas » accueillait les visiteurs. Les Punks venaient pisser là leur bière, refusant l'usage conformiste de l'émail blanc.

La façade extérieure était maculée de graffitis dont l’évident « Ni dieu Ni maitre » d'un mètre de haut, et à l'intérieur un redoutable « Ni Flikcs Ni Dieleur » tracé sur un mur blanc immaculé à la peinture rouge et dégoulinante par un dyslexique militant, invitait à monter le large escalier de bois.

Quelqu'un avait rajouté au-dessous le nom de son groupe musical fétiche de Punk anglais « The Monks » . L'escalier de bois menant au Premier entourait la cage du monte charge, remis en fonction. Dès les Premières marches le ton était donné. Des jeunes filles lycéennes roulaient leur pétard.

Elles étaient assises, affalées sur les marches, obstruant continuellement le passage. Elles partageaient leurs bières avec des jeunes hommes ébouriffés, aux chevelures peinturlurées, dans une désinvolture crâne. Il fallait gravir l'escalier en rusant avec les paires de Dr Martens rutilantes.

Si l'on parvenait au Premier étage sans avoir stoppé la démarche dégringolante d'un Punk gavé de bière, parti à la recherche d'une recharge au supermarché du coin, les plus sociaux n'urinaient que sur le trottoir devant la porte, si l'on ne se sentait pas de trop, on pouvait parvenir au Premier étage.

On pouvait pénétrer dans la salle de défouloir permanent pour un spectacle incessant de délires les plus abscons. Durant toute la nuit jusqu'au Premier métro le lendemain vers six heures ! Était-on venu en curieux ? Avait-on quelque chose à y faire ? À y trouver ? Quelqu'un à rencontrer ?

Les derniers noceurs franchissaient les rideaux de la nuit vers leurs voitures garées au loin, dans le noir des friches industrielles. Arthur comme d'habitude s'armait d'un gros sac-poubelle et sortait ramasser toutes les canettes de bières abandonnées sur la voie publique. Simon descendait l'escalier.

   Qu'est-ce que tu fous ?

    Je ramassais les canettes dehors.

   Tu fais le boulot de la mairie maintenant ?

   Donner une meilleure impression de notre squat aux voisins du quartier limitrophe n'entre justement pas dans les attributions de la mairie ! Je m'y colle.

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