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Publié par Christian Hivert

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Arthur était un cérébral émotif, un pensif. Il tacha de se représenter ce que cela avait pu être, ces villages boueux de cabanes auto construites avec les déchets industriels des friches avoisinantes. Les photos des années soixante affichées à U.S.I.N.E. étaient en noir et blanc, plus tristes.

Il tenta pendant un moment de superposer l'image à ce monde de couleurs et d'odeurs qu'il avait devant les yeux, imaginer les premières années d'arrivée en France de Maria De Sousa que Simon voulait lui présenter. Les barres grises de logements sociaux n'étaient pas déjà construites.

C'était encore un chantier semblant prolonger le gigantesque village de cabanes de planches, palettes et tôles ondulées. Maria avait failli brûler dans le grand incendie des Francs Moisins de Juin 1970, cela avait déclenché les contractions et Mendes était né cette nuit là, Maria hospitalisée d'urgence.

Les deux amis de Marx avaient été redoutables d'efficacité. Maintenant il n'y avait plus de cabanes, que des résidus noircis d'une occupation humaine misérable, des tas de vêtements fumants dans les matins désolés de l'horreur. Elle n'avait même pas été blessée. Ils avaient en toute hâte prévenu Marx.

Car Marx avait trouvé une chambre de bonne à louer, son alcôve plaisantait-il, à Barbes. Il était venu la voir à l'hôpital du plus vite qu'il avait pu. Elle était devenue sa petite sœur. Il l'avait prise sous son aile depuis qu'elle l'avait sauvé du capitaine tortionnaire de la PIDE, il l'avait aidée à fuir.

Encore il lui avait trouvé cette petite case au bidonville des Francs Moisins, sous la protection amicale et bienveillante des deux amis s'aimant beaucoup et ayant fui l'homophobie agissante des vieilles populations fortement imbibées de préceptes religieux et promptes à l'opprobre dénonciatrice.

Le pays où ils débarquaient était entièrement dirigé par tous les collaborateurs de l'occupant Allemand, non parce qu'il était Allemand mais parce qu'il était Nazi, donc violement anticommuniste. L'épisode de résistance de l'après guerre et du programme du CNR était refermé, les colonies bouillaient.

La population pauvre française avait tant pris l'habitude de détourner son attention des déshonneurs massifs, durant ces longues années de guerre, ignorante des rafles et des enfants en pleurs, jugeant et soupesant le degré de propreté de ceux à qui l'on réservait la boue et les sales boulots, dédaigneuse.

Arthur était un militant des causes perdues comme disait sa mère, la Rouge de la famille. Il se savait issu culturellement et familialement, pour ne pas dire idéologiquement, de ce monde de taiseux révoltés, de laborieux indignés, souvent dans la misère, toujours dans la solidarité, rebelles.

Des centaines de milliers d'hommes et de femmes seront déplacés d'un pays à l'autre en fonction des besoins de main d'œuvre, sans aucune compassion pour les difficultés rencontrées, sans aucune considération pour les conditions de vie, reçus dans des terrains vagues boueux loin de tout, oubliés.

Cette exploitation moderne n'est peut-être pas pire que d'autres vagues déferlantes d'exploitation du travail humain pour la construction des empires, mais elle se déroulait au moment même de l'officialisation et définition internationale des droits humains, ne regardez pas sous les tapis de l'histoire

.Alors Arthur voulait bien que l'on s'occupa du jeune fugueur Mendes, rejeton de l'infamie mondiale, habitant non visible des caches et des vides interstitiels de la société moderne. Mais légalement il fallait demander à sa mère et être supervisé par un juge pour enfant connu du père Hervet, prêtre efficace.

Pour cela il avait rendez vous avec Simon voulant se faire le guide pour accéder à la bienveillance de la Maman de Mendes. Un numéro l'avait prévenu Simon. La Sagres était bien fraiche, il lui suffisait d'attendre et de voir. D'où venait donc le petit Mendes et que fuyait-il donc depuis ses six ans ?

A l'âge où d'autres bambins exhibent fièrement leurs cartables neufs et leurs divers attributs de scolarisation prochaine, Mendes avait disparu et avait déjoué des années durant toutes les tentatives de l'intégrer à la moindre structure éducative ou même simplement d'accueil. Il avait fui, fui, fui.

Raisonnablement, redoutablement, efficacement fui. C'était devenu un exemple extrême de la difficulté de l'exercice d'intégration des jeunes en difficulté. Toutes les obédiences éducatives et toutes les écoles de Chicago et ailleurs s'y étaient cassées la rhétorique, le petit les avait savamment déjoué.

Qu'avait-il donc bien pu faire toutes ses années là ? Quel avait été ce parcours hachuré ? Quelles blessures avaient été reçues, quels savoirs avaient été acquis ? Quelle était donc cette mère ne sachant retenir son enfant ? Et que pouvait-on faire de lui à quatorze ans, sans formation et illettré ?

Car il apparaissait de suite que le jeune Mendes avait défié toutes les lois républicaines et laïques. Il n'était jamais rentré dans une école de son plein gré, et il en ressortait dès qu'il le pouvait. La surveillance exercée sur lui ne pouvant être constante, c'était souvent. Alors où errait-il ?

Et sa mère, arrivée à seize ans, directement de la boue de son village à la boue du terrain vague mis à disposition aux Francs Moisins, après un long et périlleux voyage aux conditions antiques de transport de fortune. Elle n'avait pas pu payer les passeurs, elle s'était faufilée grâce à Marx.

En France c'était les trente glorieuses avaleuses de main d'œuvre. Les Trente Glorieuses les avaient attirés, les Trente Piteuses les refouleraient. Cette autoroute qu'ils avaient construite menait à l'avion du Bourget qu'ils ne prendraient jamais, et mènerait leurs voitures les ramenant au Pays.

En une décennie, de 1960 à 1970, le nombre de Portugais en France est passé de 50 000 à plus de 700 000. Leurs bidonvilles et artifices de survie en contrée lointaine s'évanouiraient dans l'oubli des générations suivantes, ainsi sont les peuples laborieux. Les vaincus n'ont pas d'Histoire.

Ce petit pays perd un dixième de sa population, une hémorragie. La France gagne des travailleurs non syndiqués et très motivés, prêts aux travaux les plus durs, une aubaine. Les sociétés émergeant de la guerre sont des camps de misère. Maria De Sousa en profita alors pour tenter sa chance.

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