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Publié par Christian Hivert

 

Faut-souffler.jpg

Certaines maladies sur le coup paraissent moins mortelles que d'autres, et puis les modernistes, adorateurs du sang répandu par les foules impavides, ont toujours une étrange théorie où il est question du devenir commun des œufs et de leur frêle coquille dans la fricassée d'une omelette paysanne.

Maria eut la possibilité de rester vivre sans crainte une condition paysanne dans son village d'origine qu'elle en aurait eu de la satisfaction. Mais même après la révolution de 1974, alors que les villas de maçons immigrés enrichissaient l'avenir d'un pays encore pauvre, Maria ne quitta plus sa rue.

Durant ses premières années en France, Maria se débrouilla assez bien pour avoir des petits emplois de domestique à tout faire. Car si Maria savait se faire bien voir et se faire aider par des hommes célibataires sans rien leur laisser espérer de son corps en échange, elle connaissait les femmes.

Les deux premières années avaient été difficiles, elle n'avait pas tout de suite trouvé cette soupente auto construite dans cette arrière cour oubliée proche de la rue du Landy. Il lui avait fallu attendre le retour de Marx, peu après son deuxième. Son premier petit était casé par les services Français.

Maria ne savait même pas vraiment dire où, ni quel service. Tout français se doute bien qu'il s'agit de la Ddass, mais pour Maria il était question de bonnes sœurs, d'hôpital, de famille, de pension. Ce premier petit dont elle ne se souvenait plus très bien du prénom, Tonio, Antonio, nonio ?

Il lui restait le deuxième à « élever seule », elle en aurait pleuré parfois quand on lui parlait de son courage. C'est bien vrai cela, et la pièce était toute petite. Quand il y avait un homme avec elle, et des fois l'homme voulait, il fallait bien, elle rangeait le petit dans le placard sous l'évier de faïence.

Mais elle était toujours la mère, elle n'avait jamais abandonné ses petits. Elle pouvait aller voir son premier, le Nonio, quand elle le voulait, ce n'est pas parce qu'elle ne voulait pas le déranger, elle pouvait, elle avait les droits, c'était elle la mère, et eux s'en occupaient, c'était bien.

Parce qu'elle était seule vous comprenez. Tout le jour il fallait aller travailler, gagner beaucoup, un jour acheter un appartement, parce qu'avec une toute petite pièce là où elle était, et puis chère, c'est cher la France, et les Français, on fait le ménage, tout propre, tout bien, mais ils ne paient pas.

Quand Marx était réapparu dans sa vie Maria avait pu se calmer, elle angoissait moins, elle finissait par penser pouvoir garder Mendes auprès d'elle, trouver des solutions, s'arranger pour agrandir la pièce sur la cour, ne plus recevoir d'hommes, Marx trouverait peut –être quelque chose de plus grand.

Le 15 juin 1970, 600 baraques du bidonville du Franc-Moisin, à Saint-Denis, disparaissent dans la nuit lors d’un incendie, sans heureusement provoquer de décès. Une grande part de la population riveraine, habitant dans les HLM voisins, se relaie la nuit pour éteindre l’incendie

Passant ainsi d’une indifférence ou d’une hostilité diffuse à des gestes concrets de solidarité Au vu de son état Maria fut une des premières à être assistée. Le gouvernement se prend alors d'une subite urgence d’agir. Le 10 juillet 1970 est votée la loi Vivien dite de «résorption de l’habitat insalubre».

Les municipalités de la région parisienne, souvent communistes, vont collaborer activement avec les services préfectoraux et les bulldozers pour une éradication effective des bidonvilles. Mais la France des Trente glorieuses n'a jamais voulu endiguer les flots de bidonvilles, seulement les réguler.

Et cette France très à cheval sur la question des droits dans les pays de l'Est ne règlera jamais la totalité de ces graves problèmes de logement dans des taudis. L'Humanité pourra écrire : Il est vrai que depuis deux ans des travailleurs immigrés ont été relogés. Il est vrai que des foyers ont été construits.

 Mais à côté se développe et grandit chaque jour un habitat insalubre où l'on entasse dans des caves et greniers des centaines d'hommes les uns sur les autres, au mépris de l'hygiène la plus élémentaire. Les taudis sont certes moins voyants, moins scandaleusement criants que les bidonvilles. Ils sont plus nombreux.

Il était débrouillard Marx, il l'avait sorti du bidonville dont une bonne partie avait brûlé. Comme sinistrée de l'incendie et enceinte de Mendes, elle avait eu le droit à quelques égards. Maria aimait bien accoucher, L'hôpital était blanc, propre, calme, tout le monde prenait soin d'elle, elle était bien.

Le problème était là, juste après l'accouchement, que faire du petit ? Les services Français avaient toutes sortes de solutions. On venait la voir et lui posait plein de questions. Non l'homme n'était pas resté, ne reconnaissait pas l'enfant, c'était un homme qui voulait, vous comprenez, quand un homme le veut ?

Même en faisant un gros effort Maria n'aurait pas pu donner le nom du père, des pères. Ni la contraception ni la connaissance de son existence n'était diffusée largement dans les populations pauvres et chrétiennes. Maria, parfois, avait bien voulu de ce que les hommes voulaient.

Tout de suite installée dans le cabanon abandonné, aidée des deux amis et de quelque voisins émoustillés, elle avait su se rendre utile à nombre de célibataires, cela lui avait fourni sa pitance, elle était femme toutes mains, cuisinait, lavait rapiéçait, elle n'avait plus peur de son père.

Ni les deux amis ni Marx ne lui avaient jamais fait la moindre proposition offensante. Les deux amis parce qu'ils n'en avaient pas l'envie, et Marx parce qu'il n'en avait pas l'idée. Pour Marx, Maria était une petite frangine à protéger, cette gamine l'avait sauvé, il devait l'aider.

Mais pour ce qui était de l'organisation de sa vie, Maria faisait comme bon lui semblait, il suffisait à Marx de la savoir à l'abri sous un toit et avoir de quoi manger et il était rassuré, il pouvait alors retourner à sa chambre de bonne et ses universités, devenir quelqu'un dans le devenir du Portugal.

C'était justement par la fréquentation de ses amis étudiants et révolutionnaires qu'il avait déniché cette occasion en or suite à l'incendie du Francs Moisin. Un vieil anar espagnol avait trouvé à s'installer mieux dans la rue des Vignoles, Paris Vingtième, et laissait sa piécette libre.

— Vous savez Marx, je ne sais pas si c'est un vrai cadeau, ce sera démoli sans doute prochainement, c'est une bicoque bâtie en dur sur les terrains d'un maraicher. C'était il y a longtemps, avant guerre, je suis propriétaire des murs, s'il vend son terrain la maison sera rasée, je n'y pourrais rien.

Mais comme l'avait écrit l'Humanité, c'était un taudis un peu plus coquet que les cabanons alignés des bidonvilles, et d'un aspect extérieur discret, au fond d'une courette, au bord de la rue du Landy. Le passage avait un nom en lettres de peinture lessivées par le temps sur une palissade « Bois-doré » .

Maria en avait profité pour agrandir ses activités. Elle était devenue la cantinière de cette armée paisible de travailleurs en déroute. Elle était parvenue à se procurer hebdomadairement des produits frais du Portugal, la courette se métamorphosait discrètement en auberge sauvage à chaque repas.

Et en dehors des repas, le soir notamment, les hommes esseulés revenant de leur travail venaient faire un peu de conversation, sans penser à mal, si ce n'est au mal de se faire du bien. Certains prenaient l'habitude d'être assidus, n'avaient d'autre famille, et parfois ils voulaient, que voulez vous ?

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