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Publié par Christian Hivert

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Dans la pièce jouxtant la grande salle de répétition, Arthur vit Pierre et Olivier, la tête penchée sur un bricolage commun, l'un était sculpteur, l'autre peintre, ils travaillaient ensemble et avaient leurs ateliers côte à côte, Arthur passa devant eux sans les déranger, respect du travail de l'art.

 

Le principe d'occupation était simple, il fallait contribuer à l'entretien du lieu et à sa valorisation à l'extérieur, défendre à l'intérieur et promouvoir, et les artistes s'étaient investis sans problème, ils étaient le collectif de développement de la contre culture, comme le groupe de théâtre.

 

Ils avaient construit le bar du rez-de-chaussée, ouvert au public tous les samedis, sans licence ni autorisation et dont le faible produit financier payait les tracts et les affiches concernant les luttes en cours, dans la discrétion ils assuraient une efficacité  au fonctionnement collectif.

 

La structure sur laquelle ils étaient penchés était une tête géante devant servir de décor à la pièce de théâtre, Claire, l'initiatrice du projet théatral s'était mis en tête de faire descendre toute l'équipe au festival off d'Avignon pour présenter leur travail, il leur restait moins d'un mois.

 

Arthur doutait, au vu de l'inaboutissement de leurs travaux, mais en aucune manière il ne se considérait le droit de décourager l'équipe du théâtre, ils proposaient une pièce alambiquée au titre ronflant et ironique, "Il faut bien que genèse se passe", du Prévert sauce lettriste.

 

Arthur en avait compris le thème, Dieu cet escroc, réclamait un loyer pour l'occupation de la terre dont il avait fait visiter l'appartement témoin, le paradis, et désormais il faudrait gagner sa vie à la perdre, le Premier promoteur, le serpent, était prêt à tout pour encaisser le loyer.

 

Les deux mots d'ordre répétitifs "J'veux pas bosser" et "Payer le loyer? Payer le loyer?" avaient conquis les squatters Autonomes et les punks, le voyage pour Avignon se préparait et chaque possesseur de voiture était sondé sur sa disponibilité au début du mois de Juillet.


Une autre occupante préparait un spectacle de danse, un groupe de musique faisait des percussions sur des bidons, des poubelles et des ferrailles diverses et les squatteurs d'Aubervilliers venaient se donner des airs de gros durs et de méchants rebelles de banlieue au cours de Vô Vietnam.

 

Si la contre-culture les animant avait été tournée vers d'autres arts considérés comme bourgeois, on eut aisément dit qu'ils sur-jouaient leur rôle, le moindre des lascars de banlieue enfoncé dans la mouise de survie au quotidien les eut traité élégamment mais définitivement de mytho.

 

Robin, de son nom de guerre, rencontré un an plus tôt à l'issue des manifestations du 1er Mai au Père-Lachaise et associé du bar des Vignoles, était reparu épisodiquement, déposant son éternel sac de couchage, indicatif de sa condition de fier routard, sur le plancher de l'un des ateliers.

 

Au niveau culturel, il tenait à rester local, c'est à dire Français, sans être fascho pour autant, mais la canne de combat valait tout les arts martiaux réunis, et il se faisait fort d'en apprendre tous les rudiments, secrets et mystères aux braves avides d'autonomie dans leurs moyens de défense.

 

Nul doute qu'avec tous ces enseignements guerriers, le lieu de contre culture et de propagande par le fait dénommé U.S.I.N.E. ne se rendrait qu'après un âpre combat aux injonctions d'évacuation de la société, de l'état,  de sa justice, de ses forces de l'ordre, oser lutter, oser vaincre, sans répit.

 

Dans un des ateliers où l'on venait d'obturer l'entré par une planche afin de signifier le caractère de délibération secrète de la réunion clandestine, les vociférations du provocateur particulier des renseignements généraux se faisaient entendre à quiconque dur d'oreille, discrètement.

 

La conjuration des ego réunissait ce jour, outre Camille Malo dont le nom mérite d'être cité sans fard pour ses services rendus à l'Etat en opération commandée, des italiens, dit camarades, protégés au plus haut niveau de la République et des clandestins ouvertement déclarés, donc connus.


Ces clandestins étaient par ailleurs très intéressants à observer, avec leur manière ineffable de vouloir indiquer au plus large nombre l'occulté de leur vie dans les moindres gestes et  les plus délicates des attitudes, le réel problème était de se démarquer du danger de leur fréquentation.

 

Arthur ne pouvait rien empêcher ni combattre, tout serait su et publié des années plus tard, lorsqu'il avait osé émettre des doutes, il s'était fait entouré par une horde échevelée lui enjoignant de présenter des excuses et lui interdisant d'accuser de valeureux combattants sans preuve, il s'était tu.

 

En attendant que le commissaire des renseignements généraux, impliqué dans la disparition du pasteur défenseur des sexualités différentes, n'écrive ses mémoires, il fallait réfléchir aux moyens de la lutte et tenir le cap avec cette donnée, le squat était naturellement infiltré au plus haut niveau.

 

Les forces infiltrantes venaient du plus haut niveau des institutions en charge de la sécurité publique des personnes et des biens, c'était donc une permanente communion discrète dont la cible directe était la ruine des possibilités de résistance aux iniquités, la scission des vigueurs.

 

Les apprentis guerriers en grande frustration d'actes révolutionnaires se laissaient subjuguer un temps par la voix bégayante et forte de l'agitateur professionnel téléguidé, "les armes, les explosifs, ça se trouve, differ des tracts c'est bidon, il faut aller plus loin, il faut frapper un grand coup".

 

Arthur savait ce qu'il fallait savoir et connaîtrait tous les membres de la réunion, que chacun accomplisse son destin, mais il se sentait en mesure d'en dissuader plus d'un, aucun n'était réellement guerrier dans l'âme, il savait pouvoir en débattre, inutile de dénoncer la manipulation.

 

L'immense majorité des militants investis dans les différents collectifs de lutte étaient solides dans leurs convictions et ne se laisseraient jamais tenter par le trublion, le débat sur l'action clandestine et violente était clos depuis longtemps et les services secrets d'Action Directe éloignés.

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