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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

bienEt si c'est à toi que cela arrivait, moi,  je donne tout ce que j'ai et un avoir sur ce que je n'ai pas en prime, l'insécurité c'est la misère dans laquelle nous sommes, il faut bien qu'elle soit révélée d'une manière ou d'une autre, tu es devenu cynique, je suis devenu malheureux, renié même par toi.

 

J'te fume si tu cries", dans le même moment, il appuierait fort avec ses doigts tendus sur la bedaine du Monsieur en saisissant le portefeuille, le tout en moins d'une seconde, puis courir, ça il l'avait déjà expérimenté, tout au long de l'automne depuis sa rupture avec les sœurs et la fermeture du bar.

 

Depuis, ils se casaient où ils pouvaient, dormaient comme ils pouvaient. Parfois Arthur avait dormi dans le métro, pour ne pas se faire contrôler en dormant sur un banc, il s'installait dans une rame et allait jusqu'au bout de la ligne, il prenait les lignes les plus longues, avoir le temps d'un somme.

 

Ce soir-là, il s'étaient réfugiés chez Eric le surveillant de cantine, juste les anciens du bar, comme pour les réunions d'avant le bar, mais quelque chose était changé, un des amants de Reine leur avait dit un jour, "Vous avez changé, vous n'êtes plus aussi gentils, vous devenez rudes comme Paris."

 

"Vous ne parlez plus que de vol, de taxe, comme si la vie se situait exclusivement dans un combat permanent, vous ne proposez plus rien à construire, moi mon idéal, ce n'est pas de devenir voyou, je ne vous comprends plus, vous étiez si purs, si à l'écoute, et l'on vous sent durs, prêts à tout."

 

Arthur avait entendu le message, même si les autres s'étaient grassement moqués, mais il ne voyait pas comment enrayer le mouvement, il n'était pas question de retourner aux boulots désastreux et mal payés, et sans argent il n'avait pas d'autre solution, un squat pour le toit, voler pour manger.

 

Ils avaient éclusé moultes bières de toutes marques, il n'y avait plus rien à becqueter et personne n'avait plus d'argent, tout était bu, les placards de tous les potes chez qui ils passaient étaient vides, ils pensaient plus à s'offrir des tournées au bistrot qu'à faire leurs courses, des pauvres.


Arthur était à demi saoul, il laissa les autres le distancer et partir devant, il avisa une porte de boucherie chevaline en verre, il lui sembla y avoir un jeu important entre la porte et le montant d'aluminium, il pesa de toutes ses forces, rien n'y fit, chercha un outil improvisé du regard, ne vit rien.

 

La porte ne cédait pas, ils avaient tous faim et il voulait ramener quelque chose, il se sentait au pied du mur, il devait trouver la solution, sa morale avait fondu avec ses espoirs de vie nouvelle, alors il se recula au plus loin sur le trottoir, respira un grand coup et s'élança, dans la peau d'un taureau.

 

Il traversa la porte, la tête et l'épaule en avant, dans un éclaboussement spectaculaire de micro éclats de bris de verre sécurit, se reçu lourdement sur le sol javellisé du carrelage de la boucherie, s'égratignant les mains et les genoux sur le verre cassé, dans une longue glissade victorieuse.

 

Il n'en revenait pas il était passé et il n'avait rien, il ne s'était même pas fait mal, juste quelques micro-coupures parfaitement indolores tant il était saoul, il était dans la caverne d'Ali Baba, toute la boutique avait l'odeur de la viande de cheval et les étalages étaient pleins des victuailles espérées.

 

Tu vois Dominique, toujours vainqueur, à la rubrique fait-divers et chiens écrasés, bravo, ça c'est une destinée, nous avons faim Dominique, et ils n'ont pas encore osé rétablir la soupe populaire, il faut bien que l'on se serve, tous les prétextes sont bons, savoure donc ta victoire, sois fier de toi., allez

 

C'était là ma seule façon d'exister, tu pourrais en trouver une autre, pour le moment c'est la seule que tous vous me laissez, ne pas disparaître sans traces, continuer de faire parti de l'agitation universelle, nous ne sommes pas encore allongés transis et quasi morts sous vos pas empressés.

 

Le coup était totalement improvisé, une impulsion subite, il n'avait aucun sac à remplir, il prit tout ce qu'il put mettre dans les poches de sa veste, ses manches et son pull relevé en sac sur le ventre, il prit les saucissons, les cervelas, les légumes au naturel, les paquets de chips et il détala euphorique.


Ce fut la fête pendant une semaine, les autres étaient revenus avec des grands sacs de poubelle en plastique rafler tout ce qui restait, mais Arthur ne faisait pas cela tous les jours, cela s'était fait sous le coup de l'urgence et de la boisson, mais il ne se sentait pas capable d'en faire l'ordinaire de sa vie.

 

Il ne se sentait pas être en vie pour briser les vitres des petits commerçants, il ne pouvait le justifier moralement, il s'était laissé aller, il n'y avait pas eu mort d'homme et les dégâts étaient légers, mais il était hors de question d'en faire un fonctionnement régulier de sa vie, il n'était pas voyou.

 

Il ne comprenait même pas ce qui lui avait pris ce jour-là, l'idée d'être tous à court et d'avoir faim, l'alcool, ça lui avait prit d'un seul coup, en trente secondes, le temps de se faire distancer par les autres, sur une envolée foudroyante et inattendue, saine réaction de survie diraient certains.

 

Les autres au-devant ne s'en étaient même pas rendu compte, il avait agi seul, la part de l'incomparable de chacun d'entre nous. Par la suite, il avait encore une fois tenu à illustrer sa capacité personnelle à résoudre les problèmes alimentaires du groupe, plus par sport ou fanfaronnade  que par  plaisir.

 

Une fois encore il avait chaussé les baskets, avait demandé que l'un d'entre eux fasse mine d'être inopportunément dans le chemin si jamais il se faisait courser, à la devanture d'une boucherie volaille décorée de faisans emplumés, il avait saisi  à pleines mains deux pintades sur l'étal extérieur.

 

Elles faisaient cinq à six kilos chacune, il avait déguerpi du plus vite qu'il avait pu en remontant un escalier courant entre deux immeubles, personne n'avait songé à le suivre, joyeux Noël à toute la bande, les fêtes de fin d'année aiguisaient les appétits des nomades de la ville, ils couraient vite.

 

Mais il ne lui était jamais venu à l'idée de recommencer, et les autres non plus, il fallait trouver autre chose de moins sportif, risqué, de plus durable, il n'y avait pas encore de mode d'emploi du nouveau pauvre ni de parcours fléché, ni de revenu minimum, ni de taudis géré, ni de resto du coeur.

 

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