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Publié par Christian Hivert

022Un jeune homme regardait le café au coin de la place ; peut-être était-ce lui et il se voyait lui-même comme dans un rêve où tout est plus réel que la réalité. Son baluchon aux pieds, il roulait une cigarette, était-il l'écrivain qui tentait laborieusement de décrire l'atmosphère par des mots d'encre .

 

L’écrivain roulerait-il sa clope, comme lui avec lassitude et envie, envie de la fumer ? Comment concevoir un homme, une histoire, une vie par des mots, et quel intérêt malsain de tenter de voir ce que l'on ne voit pas, de décrire ce qui n’existe pas, en employant les mots même qui servent à raconter ce qui existe ?

 

Cela faisait des jours qu'il marchait à l'écart des habitations et des paysages humains. La fatigue jouait avec lui, sans le mener, lui diluant son énergie, diminuant sa joie en plaisir, le fragilisait juste à point pour entrer dans ce village où le soleil même semblait suspendu, arrêté, immuable, définitif, il était bien.

 

Autour du village, hormis ce bois qu'il venait de traverser, la plaine et les collines s'étendaient géantes et dépouillées de toutes espèces d'arbres qui eût pu gêner la circulation linéaire des rouleaux compresseurs agro-alimentaires. Depuis des décennies que les banques vertes européennes contrôlaient tout.

 

Il ne subsistait que quelques zones franches, la loi sur ces terres se résumait à peu de choses : interdiction de circuler sur les territoires sauf autorisation spéciale pour une mission hors ville ou pour travailler sur les énormes machines sans jamais connaître l'étape suivante, la majeure partie de la  terre appartenait aux banques.

 

Au démarrage de cet empire, les luttes avaient été terribles, les exploitants agricoles, s'étaient unis contre les trusts, mais chaque région s'était parée de luttes spécifiques, par secteurs d'activités, et les différentes coordinations transnationales européennes n'étaient parvenues à une unité que lorsqu'il était trop tard.

 

Le processus était trop fortement implanté et protégé. Des concessions avaient été faites, les dernières régions rebelles avaient été déclarées par l'Ubavère (Union des Banques Vertes Européennes) "zones franches de circulation", c’était tous les territoires à l’abandon où se testaient les produits hors contrôle.

 

Mais comme tous les territoires hors ces zones lui appartenaient, les gens qui habitaient là avaient vite compris que leur liberté s'arrêtait  aux limites de leur demeure. Un certain esprit de résistance y était, malgré tout, toujours entretenu. Les techniques les plus avancées étaient apprises dés le plus jeune âge

 

L’Ubavère permettait aux jeunes qui le souhaitaient de réintégrer le processus selon des accords spéciaux avec les banques. Dans la plupart des zones franches, tous les moyens d'exploitation des produits terriens et toutes les structures de transformation de ces produits avait été mis en commun sous l’égide des computers.

 

Une sorte d'aristocratie composée des éléments les plus imaginatifs s'étaient peu à peu mise en place. Au début, une génération plus tôt, les jeunes qui finissaient leurs études étaient tous envoyés en stage pratique  sur les différents terrains économiques et technologiques des zones, franches, véritable lieux d’expérimentation.

 

Certains cadres de l'Ubavère y avaient envoyé leurs fils rebelles ou contestataires au Processus afin de leur faire un complément de formation avant de les réintégrer. Beaucoup d'échanges se nouaient, les imaginatifs du début avaient cédé le pas aux innovateurs programmés, puis aux rénovateurs calculateurs.

 

Et alors s’étaient instauré de petites baronnies capitalisées sous le regard bienveillant des banquiers et des psychopolitiques du Processus. Par la suite ceux des étudiants dont la révolte faiblissait se voyaient offrir le poste éminent correspondant à leurs longues études, leur conscience achetée par le confort aéré des villes.

 

D’autres, plus rares, conservant le souvenir des résistances, s'intégraient pour "attaquer de l'intérieur", ou bien allaient dans les villes-bidons tenter de transmettre les moyens de résistance les plus évolués. Certaines têtes en informatique avaient formulé un projet conspiratif dont la première phrase avait  réussi.

 

Les puissants ordinateurs de l'Ubavère avaient été muselés durant près de vingt-quatre heures et beaucoup de clandestins et de bannis s'étaient réinstallés en annulant les poursuites nominales les concernant, reprenant une identité ordinaire de citoyen soumis et non repertorié, cela avait duré plusieurs mois.

 

Et puis les psychopols avaient fait le travail pour lequel ils étaient programmés, et beaucoup avaient été découverts et envoyés mettre leur savoir au service des banques dans une des Stations d'Etudes et de Recherches Orbitales (S.E.R.O.). Ils étaient ravitaillés une fois par an et n'avaient quasiment aucun moyen d'évasion.

 

Ils n’avaient aucun moyen de connaître la globalité des recherches sur lesquels ils travaillaient. Chaque calcul était parcellisé à l'extrême, une équation biologique trouvait son application dans mille et uns secteurs différents, les puces electrobiologiques se combinant toutes entre elles, et la machine était Une

 

Malgré ces avanies diverses un réseau conspirant avait été constitué qui aurait échappé aux investigations bancaires...Le mégot brûlant de sa cigarette sur le bout de ses doigts le fit sortir Arthur le banni de sa rêverie. Un homme assez âgé sortait du café, son ombre s'allongeait sur la place. Le soir arrivait...

 

Il dévisagea un moment cette nouvelle tête qui, à la réflexion, ne lui paraissait pas si nouvelle. Un air de famille! Mais la famille à qui ? Voyons voir ? Par la fille de la voisine Amélie. Mais son fils est plus âgé ! Attends, voilà, ça y est, bien sûr, la ressemblance ! Oui, c'est cela ! Les mêmes manies du vieux.

 

Il restait à épier le monde en roulant un clope ! Vu l'âge c'était au moins le petit fils, remarques, non, c'était pas un enfant de vieux mais il était né tard, oui, ça ne peut être que lui, l'étudiant, la quarantaine, trente ans qu'il était parti avec sa mère vivre en "zone franche" comme ils appelaient les anciennes banlieues maintenant.

 

Oui, c'est bien cela, le fils à Gaston qui venait de mourir, roué par les ans, l'endettement à la banque et la perte de son monde. Un têtu celui-là, à vouloir rester indépendant et ne rien devoir à personne. C'est la banque qui l'avait eu, corps et âme. Peut-être bien, s'il avait voulu composer, faire un peu comme tout le monde.

 

Il se serait plié peu à peu, il y aurait moins perdu. C'est vrai que vers la fin des luttes, au début de la restitution partielle des terres, tout le monde s'était détourné du vieux, sa femme elle-même était partie tenter sa chance avec son jeune fils, c'était pour l'avenir du môme bien sûr ! Et pour fuir l’entêté rebelle.

 

Ah ! Mais qu'est-ce donc qu'il venait foutre là ! S'il tenait du père, c'était pour fout'le bordel et attaquer la banque, si c'était la mère qui avait gagné, il apparaîtrait fort des valeurs anoblies par les luttes passées mais tergiversant sans cesse pour ne pas prendre ses responsabilités, et fuyant enfin. Et si c'était autre chose encore !

 

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