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Ne peut être vendu

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Publié par Christian Hivert

P1150890_Louvre_stele_de_victoire_Akkad_AO2678_rwk.jpgIl arrivait là l'aventure absurde des hommes à travers les âges. Dès que la force collective apparaissait les puissances s'alliaient pour y mettre fin tandis que les résistants s'opposaient entre eux et se divisaient, se fragmentaient en plusieurs bandes désirant chacune l'hégémonie sur les autres : bandes contre bandes et le pouvoir régnait.

La somme d'erreurs de débutants commises par des vieux de la vieille laissait à penser à Arthur que les choses n'étaient en définitive pas si simples. Encore mieux, on pouvait s'apercevoir que certaines bévues coïncidaient étrangement avec des intérêts occultes d'arrangement avec le pouvoir, des postes de responsables à pourvoir.

Chaque petite coterie avait un petit intérêt à négocier, une petite tranquillité à s'assurer, sur le dos des mal-logés indisciplinés pourquoi pas ? Ainsi ce que l'autonomie de la lutte semblait pouvoir permettre, le refus d'une compromission, d'une récupération, se faisait rattraper dès les Premiers heurs, les traitres étaient les anciens compagnons.

Déjà le numéro de téléphone d'urgence de défense des squats agressés par les vigiles et les forces de l'ordre fonctionnait moins bien. De moins en moins de personnes se déplaçaient suite à une chaîne de coup de fil en cascade dont le centre était rue du Tunnel, le dernier squat collectif ouvert par Arthur et Jean-Philippe.

Quelques semaines plus tôt plusieurs squats avaient ainsi pu être sauvés par une réaction massive et rapide devant leurs portes. Déjà des séparations s'étaient faites jour, tout le monde ne voulait pas défendre tout le monde. Arthur défendait l'inverse, il était combattu, il était du comité des mal-logés, il n’était plus des leurs.

Notamment ceux du squat de la rue de Romainville en passe de devenir la plaque tournante des échanges de substances psychotropes. Reine y trouvait refuge et came, elle y trouva également un couple de compagnons. Le trio des défoncés, son rêve de Jules et Jim en se réalisant devenait citrouille, la gadoue pour espoir.

Entre les vindicatifs « On ne défends pas les camés ! » et les non moins vindicatifs « Arrêtez vos hypocrisies, tout le monde se défonce ! », Arthur eut le plus grand mal à entraîner un soutien efficace pour contrer l'agression physique de ce squat par des vigiles sans papiers d'origine yougoslave, ce squat fut repris de justesse.

L'attaque des squats par des vigiles était de plus en plus répandue. C'était déjà le troisième en un mois. Les soutiens s'essoufflaient et les officines de ces gros bras renvoyaient aux allées du pouvoir Mitterrandien par le truchement d'huissiers liés aux affaires les plus troubles de la Gauche de pouvoir, des écrivains le citèrent dans leurs livres oubliés.

Arthur avait trouvé une astuce pour pallier momentanément aux défaillances de réaction des soutiens matinaux. Il se rendait dans un café, demandait à téléphoner et en cinq minutes alertait le SAMU, les pompiers, la police, prétextant des échauffourées sanglantes. Les sirènes calmaient les assaillants, faisaient place nette.

Cela laissait le temps aux jeunes troupes d'arriver et de défendre efficacement le squat, éventuellement de le reprendre. Depuis plusieurs semaines les appels d'urgence devenaient de plus en plus nombreux et les disponibilités des uns et des autres fondaient. Arthur fatiguait, il lui fallait penser à sa propre vie, c’était foutu.

De plus en plus chacun se pensant à tort fort de ses propres ressources cherchait à se dissocier de l'ensemble, prétendait que le regroupement des forces était contradictoire avec l'idéal d'autonomie, sans préciser ce que se devait d'être une telle autonomie, en construction de toute puissance, comme des mômes insolents.

De jeunes étudiants en quête de reconnaissance de leurs talents artistiques se dissociaient ouvertement des collectifs de luttes, n'hésitant pas à maculer les portes de leurs locaux de croix gammées et d'insultes grossières considérant que toute lutte collective menait à l'embrigadement sectaire, était en soit un fascisme.

Certains s'en étaient pris à Arthur de la manière la plus outrageante qui soit :

— Que sais-tu de ce qui se passe et que peux-tu comprendre à la situation ? Tu n'as même pas fait d'études ! Nous quand même on est diplômés, on sait de quoi on parle ! Tu ferais mieux d'écouter ceux qui savent !

Arthur en avait été estomaqué. Comment pouvait-on en arriver à de tels raisonnements ? Quelle stupide arrogance ! Au travers de ces manifestations d'animosité Arthur s'aperçut que le visage des occupants de squat avait changé. Ils ne s'adressaient plus aux véritables mal-logés, une époque de lutte était révolue, jusqu’aux suivantes.

Ceux là disposaient depuis leur enfance de tout le confort immobilier moderne et avait bu au biberon toute l'arrogance de leur caste sociale d'origine. Il était de leur intérêt vital de futurs chefs de ne pas laisser se développer une force autonome composée de démunis, de travailleurs, ils le firent avec finesse et érudition.

Aussi sûr que les particules des cyclotrons ou les bactéries des boites de Pétri sont conscientes du mouvement des observateurs et autres nobles chercheurs, Arthur savait désormais qu’ils avaient été utilisés comme des animaux de laboratoire au sein d’une gigantesque expérimentation sociale ; comme les particules, ils trichèrent, disparurent.

Mendes avait dix-huit ans, il revint chercher son chien un soir, il était majeur désormais. Il avait retrouvé son frère, devenu serveur dans un bar glauque de Saint Denis :

— Il a un flingue, il me l’a montré, on va faire des braquages ensemble !

Arthur ne revit plus jamais ni le chien ni Mendes, n’en n’eut pas de nouvelles non plus : il ne lisait pas les journaux !

FIN


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