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Publié par Christian Hivert

bien

Les cloisons ne montaient pas jusqu'au plafond industriel de plaques minérales carrées enchâssées dans leurs suspentes d'aluminium anodisé, ce qui se disait dans la première de ces cellules pouvait être entendu, sans beaucoup tendre l'oreille, à l'autre bout du grand espace d'habitation.

 

Le collectif des habitants savait chuchoter et s'entendait bien, les organisateurs étaient dénoncés par les autres comme politiques, donc preneurs de tête, donc chefs à abattre, donc militants, donc fachos ou gauchistes, constructeurs et promoteurs d'une future société à combattre.

 

Les colonnes de Minute et du Figaro développaient les mêmes arguments, et les différentes fédérations du Parti Socialiste s'accoutumaient à les reprendre à leur compte, ceux qui utilisaient ces mots à U.S.I.N.E., pour contrecarrer les organisateurs, se considéraient comme rebelles, Autonomes.

 

Arthur était donc au deuxième étage d'U.S.I.N.E., il regardait la répétition de la pièce de théâtre, se demandant ce que cela pourrait bien donner une fois fini, les acteurs, metteurs en scène et rédacteurs s'engueulaient souvent dans un foisonnement imaginatif décousu, de l'impeccable lettrisme.

 

Au moins ils étaient vivants et faisaient quelque chose, ils venaient quasiment tous les jours, cela ne paraissait pas avancer beaucoup, mais cela contribuait efficacement à faire vivre le lieu, ils s'intéressaient aux prises de position et décisions collectives, donnaient de leur temps.

 

Ils étaient toujours les Premiers à venir animer la diffusion hebdomadaire des tracts le dimanche matin, jour de marché à Croix de Chavaux, à deux cent mètres du squat, en compagnie des militants du collectif anti-fasciste de Montreuil, tous travailleurs, syndiqués, et frondeurs, Autonomes.

 

La rédaction de ces tracts prévus pour le dimanche avait lieu tout au long de la semaine et s'efforçait d'être collective, la coloration du texte dépendait fortement de la présence irrégulière des uns ou des autres, si le tract n'était pas prêt à temps le collectif reprenait celui de la semaine passée.


Parfois l'un des membres d'un collectif de lutte extérieur passant épisodiquement au squat influait fortement sur la rédaction, ainsi tous les sujets de lutte furent abordés, et le groupe de théâtre rythmait ces interventions au marché local en jouant des bribes du spectacle visibles en public.

 

Depuis  cinq mois, le squat avait pris une importance capitale dans la sphère des tribus dispersées de l'extrême gauche inorganisée de Paris, tout un camaïeu de groupes luttant conte les prisons, pour l'insoumission au service national, des squatteurs, des punks, des rebelles, des Autonomes.

 

Des collectifs de travailleurs immigrés en grève de loyers dans leurs foyers Sonacotra venaient faire des journées d'information sur les conditions catastrophiques de logement réservées aux migrants, ces journées-là était décrétées portes ouvertes, il y avait du monde.

 

Des marginaux itinérants tentaient toujours de venir poser leur sac à dos et leur valise d'embrouilles de misère, ils étaient reçus, puis ils fatiguaient, il leur était gentiment demandé de bien vouloir avoir un projet d'ouverture de squat dans les plus brefs délais, ils seraient aidés avec plaisir.

 

Tous les résidus de ce qui avait été  nommé par les journalistes l'Autonomie Parisienne, depuis le haut fait de guerre du mois de Mars 1979 à la gare Saint-Lazare, venaient vociférer leurs faits d'armes et empêcher toute discussion sur le moindre projet d'avenir, ivres de gloire et de bière.

 

Leur passé était si lourd à porter, si empli de guerre fratricide, de bagarre démoniaque, il y avait eu mort d'homme deux ans plus tôt, les explications n'étaient pas finies, Arthur se refusait à entendre et défendait le point de vue de l'oubli du passé, laissant les brouilles à la porte.

 

Des anticapitalistes et des réfugiés politiques italiens, des militants indépendantistes canaques, guadeloupéens, irlandais, corses, des animateurs de Radio Mouvance, la radio anticapitaliste, antiautoritaire et antifasciste, de Parloir Libre ou de Radio Libertaire, tous passaient.


U.S.I.N.E. avait gagné son nom et était devenue un centre de contestation à la normalisation des conflits sociaux, minoritaire et marginalisée parmi les forces de gauche de gestion et d'accompagnement du capital, mais incontournable, le pari initial était réussi, Arthur voyait son rêve.

 

Alors ça y est, tu es aux cœurs des luttes, tu vas renverser le cours de l'histoire, tiens même sa Dominique Premier se faisait plus discrète, il s'activait sur tous les sujets, elle était moins présente, des jeunes filles se rapprochaient de lui, les souvenirs douloureux s'estompaient lentement.

 

Je pense toujours tellement à toi, oui et puis tu m'oublies quand une jeune fille t'approche, aucune ne me fera t'oublier, c'est bien triste, je t'ai abandonné pour des études et une carrière florissante, je serai avec les maîtres du monde et tu seras toujours victime, tu étais perdu d'avance.

 

Je suis sûr que nos luttes sont utiles, je l'espère pour toi, ce serait bien malheureux sinon, mais je ne comprends pas en quoi cela nous empêche de nous voir, de nous donner des nouvelles, je ne peux pas Arthur, c'est au dessus de mes forces, il faudrait que je reconnaisse mes injustices.

 

C'est si difficile de faire taire ses sentiments et de mêler sa vie aux intérêts des puissants, de défendre des intérêts d'une classe comme si l'on en faisait partie, alors que ce n'est que notre force de travail qui compte pour eux, que nous les rendions plus puissants encore, je joue contre toi.

 

C'est bien cela sans doute qui me rends le plus triste, Dominique, tu ne veux plus te souvenir de tes indignations, oui tu es de l'autre bord, du côté des puissants, et je t'aime encore, et il me semble que je t'aimerais toujours, comment est-ce possible, comment oublier ton parfum de caramel?

 

Ce n'est pas quand même que cela, pourquoi aurait-tu l'impression de m'avoir trahi, on peut être chercheur émérite et se battre contre les injustices, cela s'est vu souvent, vouloir et construire un monde meilleur Dominique, en es tu sûr Arthur, pourquoi ne l'as tu pas fait alors, tu avais le niveau?

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