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Publié par Christian Hivert

20 000 000 DE MORTS SANS RAISON

tuerie.jpg

 

1923      L'ABC du communisme 

 

Un ouvrage qui servira de manuel de base aux militants communistes durant les années de formation des sections de l'Internationale Communiste.

 

 

N.I. Boukharine


3
Comment le développement du capitalisme a conduit à la révolution communiste
(L’impérialisme, la guerre et la faillite du capitalisme)


31 : La faillite du capitalisme et la classe ouvrière

Ainsi, la guerre favorisa au début la centralisation et l’organisation de l’économie capitaliste. L’œuvre que les syndicats, banques, trusts, entreprises combinées n’avaient pu achever, le capitalisme d’Etat s’efforça de la réaliser. Il créa tout un réseau d’organes, régularisant la production et la répartition et préparant ainsi le terrain pour que le prolétariat put entreprendre la grande production centralisée.

Mais la guerre, dont tout le poids retombait sur la classe ouvrière, allait déchaîner inévitablement le soulèvement des masses prolétariennes. La guerre fut avant tout une tuerie comme on n’en avait pas encore vu dans l’Histoire. La production des cadavres prenait un développement gigantesque. Le prolétariat était voué à l’extermination sur les champs de bataille. D’après certains calculs, le nombre des tués, blessés et disparus, rien que jusqu’en mars 1917, atteignait vingt-cinq millions d’hommes; le nombre des tués au 1er janvier 1918 était d’environ huit millions. En estimant le poids moyen d’un homme à 60 kilogrammes, on peut dire que les capitalistes ont produit, d’août 1914 à janvier 1918, 480.000.000 de kilogrammes de viande humaine en putréfaction. Pour évaluer exactement les pertes, il faudrait ajouter encore des millions de malades. La seule syphilis, qui a pris, pendant la guerre, une extension inouïe, ainfecté presque tout le genre humain. Les hommes, après la guerre, avaient perdu les deux tiers de leurs forces; les éléments les plus sains, les plus capables de travailler, la fleur des nations, ont été exterminés.

Et ce sont évidemment les ouvriers, les paysans, qui souffrirent le plus.

Dans les grands centres des Etats belligérants, il s’est même créé de petites agglomérations de soldats particulièrement défigurés et mutilés; le visage recouvert d’un masque, réduit à la boîte crânienne, ces malheureux tronçons végètent là, témoignages vivants de la « civilisation » bourgeoise.

Mais le prolétariat ne fut pas seulement immolé dans de sauvages combats. Des charges incroyables pèsent sur les épaules des survivants. La guerre exigea des dépenses folles. Et pendant que les fabricants et les usiniers touchaient des « bénéfices » fabuleux, on imposait aux ouvriers des impôts énormes, pour payer les frais formidables de la guerre. En 1919, à la Conférence de la Paix, le ministre des finances de la France déclara que la guerre avait coûté aux nations belligérantes un trillion de francs. Peu de gens savent ce que signifient de pareils chiffres. Autrefois, c’est avec des chiffres de ce genre qu’on calculait la distance d’une étoile à une autre. Et aujourd’hui, on calcule avec eux les dépenses de la tuerie scélérate. Un trillion, c’est un million de millions. D’après d’autres calculs, les dépenses de la guerre ont été les suivantes :

 

En millions de francs
Première année 236
Deuxième année 354,9
Troisième année 532,2
Première moitié de la quatrième année (jusqu’au 31 décembre 1917) 399,1
Total 1.522,2

Evidemment, les dépenses n’ont fait qu’augmenter après 1917. De pareilles dépenses exigeaient, pour être couvertes, des recettes folles. Et tout naturellement, les Etats capitalistes se sont mis à augmenter d’autant les impôts de la classe ouvrière : soit sous forme d’impôts directs, soit — pour faire payer quelque chose aussi à la bourgeoisie — par la hausse patriotique des prix. La cherté de la vie s’accentua. Et les fabricants — ceux surtout qui travaillaient pour la guerre — encaissèrent des bénéfices inouïs.

Les fabricants russes élevèrent leurs dividendes de plus du double, certaines entreprises en versèrent de fabuleux. Voici quelques chiffres : La Société du Naphte des frères Mirsoiev paya 40% de dividende; la Société par actions des frères Danichevsky, 30%; la Manufacture de tabacs de Kalfa, 30%, etc. En Allemagne, le bénéfice net des entreprises qui était, en 1913-1914, pour quatre branches (chimie, explosifs, métallurgie, automobiles), de 133 millions, passa, en 1915- 1916, à 259 millions, c’est-à-dire qu’il doubla en une seule année. Aux Etats-Unis, les bénéfices du trust de l’acier triplèrent de 1915 à 1916. De 1915 à 1917, ils montèrent de 98 millions à 478 millions de dollars! Les dividendes de 200% n’étaient pas rares. Tout aussi formidable a été l’augmentation des profits des banques. Les gros requins s’enrichirent de manière incroyable, les petites gens se ruinèrent et le prolétariat tomba sous le joug des impôts et de la vie chère.

Pendant la guerre, on fabriqua surtout des shrapnells, des grenades, de la dynamite, des canons, des autos blindées, des aéroplanes, des gaz asphyxiants, de la poudre, etc… Aux Etats- Unis, il surgit des villes entières bâties hâtivement autour de poudrières construites si vite que souvent elles sautaient, tant on était pressé de fabriquer de la poudre et de gagner de l’argent. Les fabricants de canons et d’obus réalisèrent des profits formidables. Mais la situation du peuple n’en devenait que plus mauvaise. Car les véritables produits, ceux qui servent à l’alimentation, à l’habillement, etc., se fabriquaient de moins en moins. Avec de la poudre et des balles, on peut tirer et détruire; mais on ne peut ni se nourrir, ni se vêtir. Et toutes les forces économiques étaient absorbées par la fabrication de la poudre et des engins de destruction. La production normale et utile disparaissait de plus en plus. La main-d’œuvre passait dans l’armée et toute l’industrie travaillait pour la guerre. Les marchandises utiles devenaient de plus en plus rares, amenant la famine et la vie chère. Manque de pain, manque de charbon, manque de tous les objets utiles, et par-dessus le marché disette mondiale et épuisement général de l’humanité, telles sont les conséquences de la criminelle tuerie impérialiste.

En France, la production agricole, dans les premières années de la guerre, diminua de la façon suivante :
      En quintaux
    1914   1916
Blé   42.272.500   15.300.000
Plantes à racines   46.639.000   15.260.000
Plantes industrielles   59.429.000   20.448.000
Légumes   -   374.500



En Angleterre, les stocks de minerais étaient évalués :
Vers la fin de 1912, à 241.000 tonnes;
Vers la fin de 1913, à 138.000 tonnes;
Vers la fin de 1914, à 108.000 tonnes;
Vers la fin de 1915, à 113.000 tonnes;
Vers la fin de 1916, à 3.000 tonnes;
Vers la fin de 1917, à 600 tonnes;
En Allemagne, la production de la fonte qui était, en 1913, de 19,3 millions de tonnes, descendit en 1916 à 13,3 millions, en 1917 à 13,1, en 1918, à 12 millions, et en 1919 encore à moins.
Le manque de charbon mit toute l’industrie mondiale dans la situation la plus désespérée. En Europe, le fournisseur de charbon était l’Angleterre. Mais en Angleterre, dès le milieu de 1915, la production avait diminué de 13%; en 1917, les industries essentielles n’avaient presque plus de charbon; les usines électrotechniques ne recevaient que le sixième du charbon nécessaire; les entreprises textiles, onze fois moins qu’avant la guerre. Lors de la Conférence de la « Paix » à Versailles, presque tous les pays subissaient une terrible crise charbonnière; les fabriques fermaient faute de combustible, la circulation sur les chemins de fer était réduite, ce qui désorganisa toute l’industrie des transports.
En Russie, la situation était la même. Déjà en 1917, grâce à la guerre, l’extraction du charbon se faisait très mal. Le rayon de Moscou ayant besoin de 12 millions de pouds [1] par mois, le gouvernement de Kerensky en promit six millions (la moitié). Mais, en réalité, il fut seulement fourni : en janvier 1917, 1,8 millions de pouds; en février, 1,3 millions; en mars, 0,8 million. L’industrie russe, évidemment, ne put que péricliter. En Russie, comme dans le monde entier, commençait la désagrégation du Capitalisme.
En 1917 (au temps de Kerensky), voici le nombre des fabriques qui fermèrent :
  Entreprises   Ouvriers 
Mars  74 6.646
Avril  55 2.816
Mai  108 8.701
Juin  125 38.455
Juillet 206 47.754
La décadence se précipitait.
Pour se rendre compte du renchérissement de la vie provoqué par l’insuffisance des marchandises et par l’abondance du papier-monnaie, il suffit d’observer le pays qui, avec l’Amérique, a le moins souffert de la guerre, l’Angleterre. Voici les prix moyens des cinq principales denrées :
  Thé, sucre   Pain, viande, beurre 
En 1901-1905 500 300
Fin juillet 1914 579 350
Fin janvier 1915 786 413
Fin janvier 1916 946,5 465
Fin janvier 1917 1.310 561
Fin janvier 1918 1.221,5 681
Fin mai 1918 1.247 777,5



Pendant la guerre, les prix, même en Angleterre, ont plus que doublé, tandis que les salaires n’ont augmenté que de 18%. Les prix augmentèrent donc six fois plus que les salaires. La situation empira surtout en Russie, où la guerre, dévastant le pays, fit de lui, par la grâce de Messieurs les capitalistes, un pauvre mendiant en haillons.
Même en Amérique, le pays qui a le moins souffert de la guerre, le prix des 16 produits les plus importants a augmenté, de 1913 à 1918 inclusivement, de 160% et les salaires de 80% seulement.

Le manque de charbon, d’acier, de tout le nécessaire finit par bouleverser la production de guerre elle-même. Tous les pays, à l’exception de l’Amérique, s’appauvrissaient continuellement. La famine, la destruction, le froid marchaient triomphalement sur la terre. Et tous ces maux frappaient surtout la classe ouvrière. Elle tenta bien de protester, mais la guerre dressait contre elle toute la puissance capitaliste de l’Etat de rapine. La classe ouvrière, dans tous les pays, aussi bien monarchiques que républicains, subit des persécutions inouïes. Les ouvriers furent privés non seulement du droit de grève, mais la moindre tentative protestataire fut impitoyablement réprimée. La domination du capitalisme conduisit ainsi à la guerre civile entre les classes.

Les persécutions des ouvriers pendant la guerre sont très bien exposés dans la résolution de l’Internationale Communiste concernant la terreur blanche : « Dès le commencement de la guerre — y est-il dit — les classes dirigeantes qui ont fait tuer et mutiler sur les champs de bataille plus de 10 millions d’hommes, ont introduit, à l’intérieur de leurs pays, le régime de la dictature sanglante (de la bourgeoisie). Le gouvernement tsariste russe a fusillé et pendu les ouvriers et il a organisé des pogromes juifs. La monarchie autrichienne a noyé dans le sang le soulèvement des paysans et des ouvriers ukrainiens et tchèques. La bourgeoisie anglaise a exécuté les meilleurs représentants du peuple irlandais. L’impérialisme allemand sévit à l’intérieur du pays et les matelots révolutionnaires ont été les premières victimes de cette bête sauvage. En France, on fusilla les soldats russes qui ne voulaient pas défendre les intérêts des bourgeois français. En Amérique, la bourgeoisie lyncha les internationalistes, condamna les meilleurs éléments du prolétariat à 20 ans de travaux forcés et fusilla les ouvriers en grève. »

Le régime capitaliste craquait de toutes parts, L’anarchie de la production avait conduit à la guerre, et celle-ci avait provoqué une exaspération sans exemple des antagonismes entre les classes; ainsi la guerre menait à la Révolution. Le capitalisme se mit à se désagréger dans deux directions principales [2]. La faillite du capitalisme commençait.

Examinons de plus près cette faillite.

La société capitaliste était entièrement fondue dans un seul moule : l’usine était organisée exactement de la même manière qu’un ministère ou un régiment; en haut, les riches, qui dirigent, en bas, les pauvres, les ouvriers et les employés, qui obéissent; dans l’entre-deux, les ingénieurs, les sous-officiers, les employés supérieurs. On voit que la société capitaliste ne peut durer qu’aussi longtemps que le soldat ouvrier obéit au propriétaire, général ou officier issu de la noblesse ou de la bourgeoisie, et tant que l’ouvrier de fabrique exécute l’ordre de Monsieur le Directeur richement appointé ou du fabricant, suceur de plus-value ouvrière. Mais, aussitôt que les masses laborieuses refusent d’être de simples pions entre les mains de leurs ennemis, les fils qui relient le soldat au général, l’ouvrier au fabricant commencent à se rompre. Les ouvriers cessent d’obéir à leurs patrons, les soldats à leurs officiers, les employés à leur chefs. C’est la décadence de l’ancienne discipline, où les riches dominaient les pauvres et où la bourgeoisie maltraitait le prolétariat. Cette période durera inévitablement jusqu'à ce que la nouvelle classe, le prolétariat, ait soumis la bourgeoisie, l’ait contrainte à servir les travailleurs et ait organisé la discipline nouvelle. Cette période de confusion, où l’ordre ancien étant déjà détruit, l’ordre nouveau n’est pas encore créé, ne peut finir qu’avec la victoire complète du prolétariat dans la guerre civile.

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